DE LA CREATION
i'univers; çlle explique la Providence: Dieu créant pour rendre heureux ne pouvait se fier qu'à lui seul du soin de veiller sur son ouvrage; elle explique l'immortalité: Dieu créant pour rendre heureux ne pouvait donner moins qu'un immortel bonheur; elle explique enfin comment sa charité est au-dessus de toutes ses oeuvres, et comment il a promis d'être un jour tout en tous.
Mais hélas! à mesure que j'avance au milieu de ces douces pensées, je vois s'amasser contre cette doctrine les tristes difficultés qu'elle rencontre toujours; j'entends, j'entends gronder soudainement les fatales objections qu'elle soulève... Dieu a créé pour rendre heureux, et l'homme sans doute est entré pour sa part dans ce plan de bonté et d'amoiu\ Mais qu'est devenu son bonheur? comment est-il sorti de l'état heureux et paisible où Dieu l'avait mis? Une vie d'épreuves, d'incertitudes et de combats, voilà son sort dans ce monde, et pour en sortir, il n'y a que la mort, la mort plus triste que la vie. Qu'est devenu son bonheur?... M. F., la question, sous quelque aspect qu'on l'envisage, revient toujours à demander si l'homme l'a perdu ou si Dieu le lui a ravi. Vous dites: qu'est devenu son bonheur? Il faut dire qu'est devenue son innocence? Créé pour le vrai, ne s'est-il pas détourné vers le mensonge? Créé pour le bien, ne s'est-il pas égaré vers le mal? Crée pour l'amour, n'a-t-il pas indignement prostitué sa divine sensibilité; n'a-t-il pas cessé à la fois et de savoir bien aimer sur la
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terre et de savoir aimer Dieu? Ces deux flammeii saintes qui réchauffaient son coeur se sont éteintes ensemble, et l'ont laissé dans les ténèbres de ce froid égoïsme, où il ne savait plus aimer que luimême et des idoles. Et l'on s'étonne que le mal aît enfanté le malheur! L'on s'étonne que, cessant de marcher de progrès en progrès, l'homme, qui ne peut s'arrêter, aît marché de chute en chute! L'on s'étonne que, s'éloignant de la source inépuisable de toute grâce et de tout don parfait, ces grâces et ces dons, l'homme ait cessé de les trouver sur son chemin!... O M. F., il serait bien plus étrange que notre félicité fut parfaite, notre sainteté ne l'étant pas; et si dans ce monde tel que le péché l'a fait, la vie et la mort n'étaient pas tristes et difficiles, c'est alors qu'il serait juste d'éclater en blasphèmes, et de demander à Dieu s'il a encore la justice et V équité pour fondemcns de son trône. Dieu ne pouvait pas rendre l'homme heureux malgré lui; Dieu ne l'a pas créé esclave d'un vil instinct ou d'une nécessité inexorable; il l'a créé maître de son sort et doué d'une noble liberté. L'homme s'est mal servi de ses facultés, dont il pouvait bien se servir; et que pouvait faire de plus le Créateur, que de donner â l'homme tous les moyens d'être heureux, à la seule condition d'être fidèle? Être moral et responsable, son bonheur ne pouvait être fondé qufe sur sa fidélité, et cela est si vrai, que s'il nous reste encore dans notre chute profonde quelques pures joies, c'est qu'il nous reste quelques
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faibles vertus. Son bonheur ne pouvait être que celui d'une créature faite à l'image de Dieu, lui disant dans la rectitude de sa conscience: Je V ai juré ^ fohseiverai les commandemens de ta justice, et non le bonheur d'une plante qui s'entr'ouvre mollement sous les rayons d'une douce lumière, ou de l'agneau bondissant sur l'herbe tendre de la prairie. Parfait et bienheureux, tel il était à son origine; et roi de la terre, il a entraîné dans sa chute son empire; en introduisant le mal dans son coeur, il l'a introduit dans le monde, il l'a trainé partout avec lui; et le dernier progrès de la philosophie, peut-être même le dernier de la foi, est de reconnaître qu'un lien mystérieux et indissoluble unit le mal physique et le mal moral, et que le pécheur s'est préparé lui-même le châtiment de son péché. Mais la grande explication de la création demeure incontestable; Dieu a créé pour rendre heureux: voilà Fliistoire, en un seul mot, de tous les mondes qui ont conservé leur sainteté primitive. Seulement, pour un monde tel que le notre, il faut ajouter que Dieu a fait le mal à F opposite du bien , afin que F on ne trouve rien a redire après lui.
Il n'y a rien de trop dans ces dernières idées. Elles ne me conduiront pas à vous dire que l'homme est si peu de chose dans le système de la création et tient si peu de place dans l'univers, que toutes ses souffrances ne forment pas une difficulté et ne valent pas la peine d'être comptées en religion; cette vaine humilité rabaisse la nature humaine,
sans justifier la puissance divine; nulle créature n'est indifférente aux yeux du Créateur, et assez petite pour qu'il l'oublie. Mais l'homme est-il donc la seule créature raisonnable et sensible de Dieu ; cette terre est-elle le seul monde qu'il ait peuplé d'enfans formés à son image; n'y a-t-il d'intelligence dans l'univers que notre intelligence?... Ah! pour rétrécir ainsi les domaines de la vie, il faudrait n'avoir jamais admiré une nuit étoilée; il faudrait effacer tous ces sublimes tableaux des livres saints, qui nous montrent les cieux et les cieux des cieux, comme autant de sanctuaires où l'homme est attendu, où Dieu est adoré; il faudrait imposer silence à la voix qui nous crie malgré tout notre orgueil, que l'univers est trop grand pour nous seuls et que c'est assez d'un soleil pour l'humanité... et ces pensées admises,... M. F., tandis qu'attachés à la poudre de cette terre, nous disputons sur la bonté divine, tandis que nos souffrances semblent déposer contre elle et qu'il nous faut le sentiment de nos péchés pour nous expliquer l'amertume de nos douleurs, qui sait combien d'enfans de Dieu, dans des sphères plus saintes et plus pures, heureux parce qu'ils sont demeurés fidèles, reconnaissent à leur bonheur quel est le but de la création, adorent Dieu comme père sans le craindre comme juge, et contemplent sans nuage sa bonté souveraine! C'est par leur propre expérience qu'ils savent que Dieu a créé pour rendre heureux; et nous, hélas! nous le savons surtout par nos re-
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mords ; nos pertes et nos regrets!... Mais que dis-je? nous le savons aussi par notre espérance. J'arrive ici à la preuve la plus certaine et la plus douce que Dieu nous a donné l'existence pour nous donner le bonheur; et si ce n'est pas là le but de la création, quel est donc le but de la rédemption en Christ? qu'est donc venu faire Jésus dans notre monde? quel besoin Dieu avait-il de nous envoyer son divin Fils? Quel fruit a-t-il retiré pour luimême de sa mission? Et si Dieu ne nous a pas créés pour la félicité, que ne nous laissait-il dans notre malheur? D'où vient qu'il a pris à notre sort un intérêt qu'il n'éprouvait pas à notre origine, et pourquoi, dès l'instant de la chute, a-t-il promis le rétablissement? Il est si évident qu'un seul et même motif d'amour a décidé et la création et la rédemption; que Dieu a dans sa justice, toujours d'accord avec sa bonté, attaché la même condition au bonheur donné à l'homme innocent et au bonheur offert à l'homme racheté, la sainteté, la fidélité, la foi. D'après ce rapprochement sublime et simple, d'après cette ressemblance du sort de l'humanité avant le péché et depuis la rédemption , tout s'explique; une harmonie céleste unit le don de l'existence et celui du salut; les ombrages d'Éden et de Gethsémané rendent le même témoignage, et je comprends pourquoi les saints sont nommés aussi les bienheureux. Jésus a tout accompli; il a donc accompli ce qu'Adam avait violé; Jésus, semblable à nous en toutes choses excepté le péché , est
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l'homme tel qu'il aurait dû être toujours; en sa faveur Dieu nous fait grâce, et rendus conformes à Jésus dans sa vie et sa mort, nous le serons dans l'immortalité; dans l'immortalité, son bonheur sera notre bonheur. Ainsi, la première intention du Créateur en nous appelant à la vie sera réalisée; ainsi tout se lie dans les conseils de la bonté suprême. Le jour où Dieu a dit : Celui-ci est mon Fils hien-aimc; écoutez-le, se rattache au jour où il a déclaré que tout ce quil avait fait était très-bon y et toujours le même dans sa sagesse, sa puissance et sa bonté, au commencement Dieu créa les cieux et la terre, et en ces derniers temps il les a renouvelés par son Fils, qui seul a pu nous dire: Vous
croyez en Dieu, croyez en moi. Oui, nous
croyons en Dieu, qui nous a créés pour le bonheur, et ce bonheur s'étant perdu dans le péché, nous croyons en Christ, qui nous le rendra.
Au moment de clore cette humble méditation sur un sujet si solennel, je m'arrête irrésolu devant toutes les pensées qui se présentent en foule. Quelles vastes et sublimes conséquences l'on peut déduire d'un principe si fécond! quels tableaux de bonté et de bonheur l'on peut se tracer en examinant sous ce point de vue les créations de l'Eternel! Cette vérité: Dieu n'a créé que pour rendre heureux, devient en quelque sorte un flambeau à l'aide duquel on peut parcourir l'univers et qui éclaire d'une splendeur également vive nos joies et nos peines, nos