DE LA CREATIOJV. \IJ
atFectioiis et nos péchés, nos tombes et les perspectives de notre immortalité. Rien alors n^étonne ni dans nos souvenirs ni dans nos espérances; l'univers s'illumine de bonheur, et de l'homme à l'archange se prolonge cette chaîne immense de reconnaissance et de joie. En quelque temps à travers les âges, en quelque lieu à travers les mondes, que notre piété se transporte, elle ne voit qu'un Dieu tout bon, et des créatures heureuses selon leurs facultés et selon leur obéissance; et alors elle ne peut que redire ces magnifiques paroles du poète sacré : Bénissez l'Eternel, vous toutes ses oeuvres par tous les lieux de sa domination ; mon âme, bénis l'Eternel.... Mon âme, bénis l'Éternel!... Oui, car nous qui ne sommes que poudre et que cendre, nous ne sommes pas exclus de la commune loi; c'est aussi pour le bonheur que Dieu nous a créés, et notre gratitude doit se mêler à celle de toutes ses créatures, et notre voix doit parler avec la voix de
l'univers M. F., lorsque, recherchant le secret
de la création, il ne s'agissait encore que de vérité et non de reconnaissance, ce n'était pas le moment de l'humilité; ce n'était pas le moment de dire; l'homme est si peu de chose dans l'univers que Dieu pouvait l'oublier. Mais à présent que les faits sont éclaircis, à présent que l'intention divine est reconnue et justifiée, voici, voici le moment de l'humilité; voici le moment de s'abattre devant Dieu le front dans la poussière, de laisser là dans cette poussière qui enivre ou aveugle, une froide philo-
Sophie qui n'admet devant Dieu ni force ni faiblesse^ ni petitesse ni grandeur, et de s'écrier: Qu'est-ce que l'homme pour que Dieu le visite , et le fils de l'homme pour que Dieu se souvienne de lui! Et cette parole d'humilité et d'adoration, cette parole qui rend grâce et qui rend gloire à la fois, il était juste de la prononcer le lendemain de la création quand l'âme de l'homme pur encore s'inondait de bonheur; et il est juste de la redire aujourd'hui que l'âme du fidèle s'exalte à l'espérance du salut; car le salut d'un monde pécheur est une oeuvre aussi miséricordieuse et aussi sainte que la création d'un monde innocent.
En harmonie parfaite avec la foi en Christ, voyez enfin combien ce grand principe vient à l'appui du commandement nom>eau enseigné par le Seigneur, du second commandement semblable au premier, du commandement de la charité. Laissez-moi ainsi ramener tout ce discours à une question de devoir, le rapprocher de nous et l'introduire en quelque sorte au milieu des choses familières de la vie. Si Dieu a créé pour rendre heureux , quiconque verse un chagrin dans le coeur d'un de ses frères, quiconque lui arrache une larme qu'il pouvait ne pas répandre, celui-là met obstacle au déploiement de la bonté divine, dresse de sa main impie une barrière entre l'homme et son céleste bienfaiteur, se met en état de guerre contre Dieu , et donne à son frère le droit de lui dire: Dieu veut que je sois heureux, et tu ne le veux pas!... Entendez-le donc,
DE L.V CKKATiOiV.
pères et mères de famille, chefs d'instituts, d'ateliers et d'établissemens, vous tous à qui Dieu confie le sort de quelques-uns de vos semblables: Dieu a créé pour rendre heureux! que cette pensée présente à votre esprit vous tienne en garde contre toute inutile sévérité, toute capricieuse exigeance, toute sombre dureté, et vous rappelle sans cesse que les fronts épanouis de l'enfance, et les heures de repos du pauvre ouvrier, et les pures émotions des joies domestiques, sont autant de véritables hommages à l'Éternel!... Entendez-le, Rois, Princes, Pontifes, Sénats, vous tous de qui dépend la destinée des nations, et que ma voix, s'il se peut, arrive jusqu'à vous: Dieu a créé pour rendre heureux! Si ce mot-là était la première hgne de toutes les chartes, de tous les codes, de tous les traités, que d'oppressions, que de despotismes, que de guerres de moins il y aurait dans ce monde; que de paix et de liberté de plus! Oui, Chrétiens, quiconque sème des afflictions sur la tète de ses frères, amasse des péchés sur la sienne; ces chagrins tôt ou tard retomberont sur lui, et cette pensée, que Dieu a créé pour rendre heureux, est une accusation permanente contre les méchans. Mais aussi quel charme doit trouver dans cette pensée le fidèle
qui sait aimer son prochain comme lui-même
Entendez-le donc aussi, vous tous, nobles bienfaiteurs de l'humanité, généreux amis de la patrie, généreux soutiens de la religion , quand vous faites du bien à vos frères: vous secondez Dieu, vous par-
aGo LE BUT DE LA. CREATION.
tagez ses vues, vous appuyez sa providence et sa grâce, vous aidez sa bonté; vous êtes ce que S^Paul exige que vous soyez, vous êtes les imitateurs de Dieu, coouvriers avec lui... O. M. F., vivons donc en nous allégeant mutuellement autant que possible le poids de la vie; sachons embellir, adoucir, sanctifier autant que possible notre monde, et contribuer ainsi pour notre part à remplir le but de la création, arriver mieux à ce jour promis où notre reconnaissance pour le temps ira se perdre dans notre reconnaissance pour l'éternité... Au commencement Dieu créa les cieux et la terre, et il a dît que tout ce qu'il avait fait était bon. Mais dans cette nouvelle terre et ces nouveaux cieux où habitera la justice, au jour où sous un seul pasteur le bercail de l'immortalité s'ouvrira pour un seul troupeau. Dieu sera tout en tous, et, gardant le silence, il laissera dire à l'assemblée des saints: Dieu est charité!