L INSUFFISANCE
sa science désespérante à comparer les cadavres des brutes et des hommes, à demander en quoi ils diffèrent , et qui croit ce parallèle favorable à ses doctrines de néant ou de dispersion. Oui, celui qui ne connaît de lui-même que sa poudre, ne peut espérer que la mort. Pour lui, les adieux son éternels; pour lui, le lit d'agonie où l'on pleure à ses côtés, n'est pas le dernier, et sa dernière couche est celle qui est sans larmes comme sans amour celle dont on ne se relève pas: c'est le tombeau, avec le silence et l'oubli... Mais pour vous, ces idées d'une immortalité meilleure que la vie ne sont pas trop grandes; car vous savez comment il est arrivé que nous nous trouvons tous hors de notre rang, et dans un sort qui n'est pas celui pour lequel Dieu nous a faits; et vous savez quel Sauveur s'offre à nous rendre, si nous le voulons avec foi, notre place primitive, notre rang véritable, en nous introduisant dans un séjour où nous ne serons pas étrangers et voyageurs. Voilà, M. F., les deux pensées auxquelles toute cette méditation devait nous conduire. L'homme, tel qu'il existe maintenant, est sorti d'un état d'innocence, de bonheur et de vie, et il s'avance vers un état de sanctification, de béatitude et d'immortalité, et c'est parce qu'en attendant il traverse un état de péché, de malheur et de mort, que tout en lui-même prouve qu'il est en chemin, qu'il n'est pas arrivé, qu'il est donc étranger et voyageur. Si nous n'avions gardé aucune mémoire de ce temps où l'homme n'avait
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point encore perverti ses pures facultés et changé en passions fatales ses purs sentimens; si les souvenirs de tous les peuples, les monumens de tous les âges, les témoignages de tous les livres saints, si le cri universel du genre humain ne déposaient de cette triste vérité; si nous ne savions pas cela, nous ne saunons pas non plus que nous sommes étrangers et voyageurs sur la terre; nous nous contenterions de ce monde, il nous paraîtrait assez hon pour nous; nos voeux ne passeraient pas notre destinée, et satisfaits de notre poudre, nous trouverions naturel et simple de retourner en poudre et d'y rester. Voilà quels seraient les enseignemens du passé ; et quant à nos perspectives , si la vie et l'immortalité n'avaient pas été mises en évidence, si un instinct indomptable ne nous faisait pas aspirer à ressaisir cette couronne de gloire et d'honneur que le péché a fait tomber de nos fronts; si dans le profond avenir nous ne voyions pas distinctement un état meilleur qui nous attend, il en serait encore de même: tous nos désirs seraient bornés à la terre, nous aimerions cette vie plus que toutes choses, parce qu'il n'y a que l'immortalité qu'on puisse aimer plus qu'elle; la tombe, loin de nous déplaire, nous semblerait notre meilleur lit de repos; nous ne chéririons plus nos amis après leur mort, parce qu'il n'en resterait^ rien qu'un peu de poudre, et ce n'est pas là ce que nous pouvons chérir; leur mémoire se briserait sur la froide pierre (\o leur sépulcre, se perdrait dans les plis (\c I<mii
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linceul Mais, non, et comme les anciens patriarches d'Israël, en tenant ces discours, en nourrissant ces sentimens qui sont plus forts que nous et qu'une mondanité même invétérée n'étouffe jamais entièrement, nous montrons clairement que nous cherchons notre pays , un pays meilleur, savoir le céleste, et que Dieu n'a point honte d'être appelé notre père, puisqu'il nous a préparé une cité et nous a envoyé son divin Fils pour nous y conduire, son Fils dont la croix nous indique notre chemin. Marchons sur les pas de ce guide fidèle vers notre véritable patrie; marchons à travers les tombeaux de ce monde vers cette patrie où il n'y en a plus. N'exagérons rien cependant, et sachons estimer ce monde ce qu'il vaut; il ne vaudrait rien pour l'éternité; mais il est assez bon pour le temps 11 le
sera surtout, si nous savons y vivre attentifs à la voix de celui qui ne se lasse point de nous dire, de jour en jour dans la vie, et de deuil en deuil dans la mort: Etrangers et voyageurs dans le monde, vous savez où je suis allé et vous en savez le chemin!
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