‹ Sermons (volume 3)Chapitre 3 sur 61 · DE DIEU · texte numérisé non relu

DE DIEU

par Israël fidèle, et Dieu, dans son équité suprême, avait trouvé bon d'augmenter, s'il se pouvait, l'horreur du crime par l'horreur du châtiment. Dieu s'était retiré du milieu de son peuple; Dieu avait déclaré renoncer à le conduire par lui-même; la race d'Abraham cessait presque d'être la race élue. Moïse, si dévoué à ses concitoyens, si aident pour leur prospérité et leur gloire, voyait tout leur avenir compromis, et les enfans de Dieu déshérités, pour ainsi dire, avant même d'avoir pu recueillir le divin héritage; toutes ses institutions étaient ébranlées; toutes ses espérances détruites; en vain il avait prié, en vain il avait gémi; en vain, avec la plus généreuse abnégation d'intérêt et d'orgueil, il avait refusé de voir Israël anéanti et de devenir un grand peuple ; Moïse, par amour pour ses frères, refuse d'être un second Abraham et de laisser sa postérité prendre la place de eelle des patriarches; à force de prières, il avait seulement obtenu que Dieu épargnerait son peuple et ne révoquerait pas toutes ses promesses; il n'osait plus s'éloigner et remonter sur le Sinaï; si une seconde idolâtrie l'en faisait descendre, ce serait pour assister à la destruction de tout Israël, et à quelque distance du camp, il fit élever un pavillon, où nul n'était autorisé à le suivre, où il se retirait pour consulter l'Éternel, recevoir les ordres divins, et continuer ses ferventes intercessions en faveur de ses frères. Quelque temps ainsi s'écoula. Cependant, le Seigneur s'était montré lent à la colère et n'abandon-

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liait pas son peuple; Moïse reprenait espoir; les Hébreux paraissaient revenus de leur égarement fatal; enfin, Moïse redouble ses ardentes intercessions et obtient la grâce entière d'Israël. Dieu lui promit de conduire de nouveau la nation élue et d'être au milieu d'elle comme auparavant. Toutefois, ces événemens déplorables et ces justes jugemens, cette idole au pied du Sinaï, ce sang au pied du Sinaï, ce sacrilège national puni par une guerre civile, cette séparation de Dieu et d'Israël, toutes ces circonstances avaient laissé une profonde inquiétude, une profonde amertume dans l'âme du prophète; il sentait le besoin de se réfugier plus près de son Dieu , de se fortifier dans son amour et d'oublier un instant ses tristesses dans son sein, de retremper son énergie et de renouveler son courage ; il éprouvait quelque chose de pareil aux émotions du seul homme qu'on peut lui comparer, St.-Paul, quand il désire de partir de ce monde pour être avec Christ; encouragé par tout ce qu'il a obtenu, sachant bien que Dieu est inépuisable en grâces, il veut obtenir encore plus; après avoir sollicité tant de faveurs pour les autres, il en demande une pour lui-même, et entraîné par cette foule d'émotions qui l'animaient dans ce moment, se sentant plus que jamais près de Dieu, il se hasarda, lui qui avait tant vu la gloire du Seigneur, il se hasarda à dire: Je te prie, fais-moi voir ta gloire !

Fais-moi voir ta gloire! M. F., qu'emporte cette prière, et qu'exprime ce pieux désir? Que voulait

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voir Moïse en ce moment? Votre piété est trop éclairée pour croire que dans ce ravissement, où Moïse était pénétré des plus sublimes pensées et des plus saintes émotions qui pénètrent le coeur humain, il ait songé à jouir du vain spectacle de quelque phénomène de la nature, d'un météore brillant, d'un nuage lumineux, d'un jet de flamme ou d'un rayon de lumière; Moïse ne cherchait pas alors un plaisir pour les yeux. Selon le génie des langues de l'Orient et dans le style poétique de nos livres sacrés, la face de Dieu, la gloire de Dieu, son nom, son règne, son trône, la lumière où il habite, sont des expressions figurées, qui, réduites à leur sens le plus simple, désignent Dieu lui-même. Voir sa gloire, contempler sa face, entendre sa voix, ne signifie donc que le connaître, et comme Dieu est invisible aux yeux de la chair et que l'être borné ne peut jamais parfaitement connaître et comprendre l'Etre infini, les auteurs sacrés ont souvent dit comme Moïse: Nui ne peut voir la face de l'Eternel, et vivre; comme S. Jean: Personne ne vit jamais Dieu; comme S. Paul: Dieu habite une lumière inaccessible que nul homme lia vue, ni ne peut voir. Vous concevez donc combien ces images, où se trouve toujours l'idée de clarté, de splendeur, de lumière, sont bien choisies, puisque la connaissance de Dieu est la lumière de notre âme, et que cependant la connaissance de Dieu surpasse et confond notre raison, comme une lumière trop éclatante éblouit et fatigue notre vue.

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Les images ici répondent aux pensées; elles sont dignes les unes des autres; les images sont grandes comme les pensées le sont; la poésie la plus noble sert d'interprète à la philosophie la plus élevée, à la religion la plus pure; voilà, M. F., des signes de vérité comme on n'en trouve que dans l'Écriture sainte; tout le génie du paganisme pâlit à coté de ces beautés de la révélation; le paganisme aussi a fait habiter ses dieux dans la lumière, tant cette idée est naturelle; mais ils en sortaient pour se montrer aux hommes: le Dieu d'Israël n'en sort pas. C'est en accordant ainsi les emblèmes et les révélations, que la réponse de la voix divine donne au prophète l'idée la plus élevée des perfections du Seigneur. A cette demande: Je te prie, fais moi voir ta gloire! Moïse, soit que ces pensées, inspirées par Dieu même, eussent saisi son esprit avec une force irrésistible, soit qu'une voix mystérieuse éclatant dans les airs eût fait entendre ces paroles à son oreille; à cette demande Moïse reçut cette réponse: Je ferai passer toute ma bonté devant ta face! . . . M. F., quel sublime contraste avant tout se présente! il est impossible de ne pas le saisir; l'homme parle ici de gloire, Dieu ne parle que de bonté; l'homme demande à contempler la grandeur et la majesté divine, et c'est la bonté divine qui se dévoile à ses regards, tant il est vrai que ceux qui croient bien connaître le Seigneur, quand ils se le représentent seulement comme sévère, inexorable, terrible, se trompent; tant il est vrai que la

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gloire du Seigneur ne consiste que clans sa bonté Je ferai passer toute ma bonté devant ta face; c'està-dire: Je vais te montrer en une fois tout le bien que je ferai à mon peuple d'Israël; je vais déployer à tes yeux les bienfaits que je lui prépare, les trésors que je lui destine, toutes les preuves d'amoui que je lui réserve; je vais dérouler devant toi h longue série des grâces et des bénédictions qu sont déjà prêtes: qui viendront dans leur temps qui n'attendent que leur jour, que je tiens dans m;

main pour ton peuple et pour toi-même Et qui

peut dire aujourd'hui tout ce que Dieu a fait passer alors devant la face de Moïse; qui de nous osera prendre un moment la place du législateur et revoir ce qu'il a vu; le tabernacle et ses pompes; h terre promise et ses champs fertiles; le temple peut-être et ses siècles de durée, et la longue marche à travers les âges des sacrificateurs, des rois des prophètes, et peut-être, dans le lointain de< Ages, une crèche, une croix, une tombe différente

de toutes les autres; une tombe ouverte M. F.

qui nous dira où se sont arrêtées les révélations intimes de celui qui voyait toute la bonté de Dieu passer devant sa face, de celui que l'Éternel chargeait d'écrire la loi, cette préface de l'Évangile, et de fonder pour un seul peuple élu le temple, ce vestibule de l'Église qui est le temple de l'humanité! A cette première leçon en succède une seconde, indispensable à la confirmation de la foi de Moïse, et digne de la première: Je prononcerai, est-il dit,

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.levant toi, le nom de l'Éternel. Ce nom de Jéhova . >ous lequel les patriarches ne l'avaient point adoré. Hait le nom choisi par Dieu lui-même dans ses relations avec Moïse. Ce grand prophète, frappé de 'importance religieuse de sanctifier en Israël le nom DOpulaire et national du vrai Dieu, dans un siècle m tant d'idoles étaient adorées sous des noms magnifiques, adroitement imaginés par l'imposture de leurs prêtres, avait dit au Seigneur: Voici , quand je serai venu vers les en/ans d'Israël et que je leur aurai dit: Le Dieu de vos pères ma envoyé vers vous, alors, s'ils me disent: Quel est son nom? que leur dirai- je? Dieu répondit à Moïse : Je suis celui qui suis; parole devant laquelle toute la création se prosterne; et depuis lors, Dieu avait accepté de son peuple ce nom admirable; Dieu avait sanctionné ses lois , ses menaces , ses défenses , ses promesses, par cette formule si simple et si profonde: Je suis F Etemel! Ici, vous le voyez, ici Dieu accepte de nouveau et confirme de nouveau cette désignation souveraine. Quelle garantie pour le prophète, que d'entendre Dieu lui-même se nommer comme il le nommait à son peuple! Ce titre auguste, ce titre d'Éternel qui ne peut appartenir qu'à un seul être parmi tous, ce titre qui montre que l'éternité est à Dieu, et qui domine et le passé, et le présent, et tout l'avenir, ce titre fait connaître le Seigneur sous son attribut le plus saint, et sert de garantie à la religion entière; s'il est l'Éternel, sa parole doit être stable; sa grâce doit être

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immuable, sa paix doit être immense, sa grandeur doit être infinie; s'il est l'Éternel, il aura l'occasion de tout accomplir, le moyen de tout bénir, le temps, dirai-je, de tout donner à ses enfans; s'ils est l'Éternel, sa bonté doit être éternelle comme lui; et que ne peut-on attendre d'une éternelle bonté! Qu'il est doux, pour une créature revêtue d'une vie si incertaine et si fugitive, pour une créature qui ne dispose jamais que du moment présent,... du moment présent qui est là devant moi, qui vient, et qui soudain, plus prompt que la pensée, passe et ne revient jamais,... pour une créature qui peut à chaque heure mourir et laisser tous ses travaux inachevés, de se reposer de l'avenir sur un être qui se nomme l'Éternel ! Relisez ce psaume admirable où Moïse a si bien décrit la fragilité de la vie humaine, où il la compare à un songe que le matin dissipe, à l'herbe qu'un même jour voit fleurir et se faner; ce poème composé sous l'impression des derniers trépas du pèlerinage de quarante années au désert, et vous comprendrez mieux avec quelle joie il adore sous le nom d'Éternel le Dieu qui l'envoie, et avec quelle reconnaissance il l'entend, en garantie de la perpétuité de l'alliance dont il est le prophète, y apposer, pour ainsi dire, le sceau de l'éternité.

Enfin, M. F., l'idée qui sert de comble à ces révélations, qui dut pénétrer d'une sainteté nouvelle l'âme du prophète, et lui prouver combien il est vrai qu'il y a pardon auprès de Dieu afin quil

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soit craint, est exprimée en ces termes imposons: Je prononcerai devant toi ces paroles : Je ferai grâce à qui je ferai grâce, et j'aurai compassion de qui j'aurai compassion! . . . Après avoir accordé à Israël le pardon de la révoltante idolâtrie du veau d'or et l'entier retour de sa faveur, après avoir fait passer toute sa bonté devant la face de Moïse, il devenait essentiel de rappeler au prophète que cette bonté était libre et volontaire; que toutes ces grâces, Dieu pouvait les accorder ou les retenir; qu'aucune contrainte ne l'obligeait à être miséricordieux ; aussi cette parole contient la déclaration la plus positive d'une indépendance absolue; et c'est dans ce sens que St. Paul l'a prise en l'expliquant aux Romains: Dieu fera grâce, à qui? à qui il fera grâce. Dieu aura compassion, de qui? de qui il aura compassion. C'est ainsi, M. F., que s'exprime, et que peut seul s'exprimer l'Être tout juste, tout sage, tout puissant et tout bon; il na pas égard a C apparence des personnes , et en toute nation ceux qui le craignent et qui suivent sa volonté lui sont agréables; il est libre dans tous ses conseils, il est indépendant dans tous ses bienfaits; il ne nous doit jamais rien; tout ce que nous recevons de lui est en pur don, et tandis que les créatures se disent dans leur orgueil: Je ferai grâce à ceux qui le méritent;, Dieu de qui nous ne méritons rien, Dieu qui ne trouve en nous que des serviteurs inutiles, Dieu qui dans toutes les vertus de l'humanité, si vous en ôtez celle du Rédempteur, ne

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voit rien qui convienne à sa justice et qui réponde à sa sainteté, Dieu dit: Je ferai grâce à qui je ferai grâce; et pour dernier trait, tandis que les hommes dans leur indulgences, leurs partialités, et quelquefois leurs caprices, disent: J'aurai compassion de ceux que j'aime; Dieu qui aime tous ses enfans d'un égal amour, qui n'exclut personne de son pardon et de son salut, Dieu qui nous suit tous dans notre vie du même regard paternel et ne fait jamais tort aux uns en faisant du bien aux autres, Dieu a compassion de qui il a compassion.

Voilà, M. F., les trois pensées sublimes et profondes, dignes du grand prophète qui demandait à Dieu de voir sa gloire, dignes de Dieu même qui consentait à se manifester; la bonté de Dieu, l'éternité de Dieu, l'indépendance de Dieu, voilà les trois pensées que le Seigneur s'apprêtait à verser dans l'âme de Moïse avec plus de force, plus d'évidence, plus de sainteté que jamais. Tout le reste du récit ne contient que l'appareil de la manifestation divine, l'extérieur, pour ainsi dire, et l'accessoire de cet entretien divin, les phénomènes de la nature qui ont environné Moïse en ce moment et servi à graver ces impressions dans son coeur. Mais certes, puisqu'au fond de tout cela nous avons clairement trouvé trois pensées si grandes et si saintes, vous n'êtes plus en droit de ne voir dans la suite du tableau que de vaines pompes et d'inutiles prodiges. Aussi, c'est seulement après avoir ouvert l'esprit de son prophète, après l'avoir averti qu'il

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recevrait une manifestation nouvelle de sa bonté, de son éternité et de son indépendance, que Dieu lui accorda les signes accoutumés, mais plus imposans que jamais, de sa présence au milieu d'Israël. Mors, et seulement alors, la scène magnifique commence, et toutes les circonstances annoncées, toutes les précautions prises contribuent à enflammer le coeur de Moïse, ainsi que brûlait celui des disciples d'Emmaùs, quand le Christ leur a parlé sur le chemin. D'abord , tout mouvement de curiosité impie et sacrilège est condamné d'avance, et la mort, comme pour les profanes qui regardaient dans l'arche, suivrait cette audace. Tu ne pourras pas voir ma face, est-il dit, car nul homme ne peut me voir et vivre. Dans ces mots, vous voyez réunies et la juste condamnation de toute curiosité téméraire, et la belle image d'une lumière si éclatante qu'elle tuerait quiconque essaierait de la soutenir, et la profonde idée que nul ne peut entièrement connaître et comprendre l'Etre des êtres, l'Etre infini. Ensuite, le lieu où se tiendra le prophète est marqué par Dieu même: Voici, lui est-il dit, voici le lieu que j'ai choisi ; lu te tiendras debout sur ce rocher; une retraite lui est désignée; tu entreras dans V ouverture du rocher, comme plus tard Élie sur le mont Horeb; un. voile lui est promis; je te couvrirai d'un nuage comme de ma main; et le moment enfin, le moment est positivement fixé; le nuage se dissipera; tu fie me verras que lorsque j'aurai passé. Et le lendemain, sur le Sinaï, où

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