‹ Sermons (volume 3)Chapitre 4 sur 61 · D F DIEU · texte numérisé non relu

D F DIEU

Moïse remonta avec les deux nouvelles tables de la loi, la scène magnifique eut lieu; selon sa promesse, le Seigneur apparut et se manifesta à Moïse, autant qu'un mortel peut supporter sa présence, autant qu'un mortel peut comprendre son infinité, et lorsque la gloire divine eut passé devant lui, lorsque le nuage s'entr'ouvrit, Moïse eut la liberté de jeter un regard sur cette splendeur qui fuyait au

loin dans l'espace Un seul regard, mais c'était

assez î . . . Un seul regard ! . . . Cette pensée , M. F. , peut nous servir à terminer ce discours.

Et nous aussi, nous ne pouvons voir la face de l'Eternel et vivre; et nous aussi, un nuage impénétrable cache à nos faibles yeux la gloire du Seigneur, et nous aussi, du milieu de ce monde, du sein de la poudre, sur le bord de la tombe, et nous aussi, nous ne fixons que de loin, de bien loin, un regard sur le Dieu de notre salut. Quant à son essence, l'infini le sépare de nous comme de Moïse. Quant à ses oeuvres , où étions-nous lorsqu'il fondait la terre et appelait les étoiles en leur rang? Quant à ses compassions, qui peut sonder ses miséricordes, et comprendre cette bonté qui a commencé quand il a commencé de créer, et qui ne finira jamais? Quant à sa sainteté, elle est telle que seul il en juge, seul il l'apprécie, et se servant de sa sainteté suprême pour mesure de ses oeuvres, l'Etre des êtres se répète, d'éternité en éternité, que tout ce qu'il a fait est bon!.... M. F., quelles pensées! que

l8 LA. CONKAISSANCE

de ténèbres et que de clartés se mêlent et se confondent ici devant nous; qui peut descendre en ces Profondeurs, et qui ne frémit en s'arrètant sur le bord de ces abîmes? Convenons-en avec une juste humilité; Moïse ne jette qu'un regard sur la gloire du Seigneur, et nous, tout ce que nous savons de Dieu comparé à ce qui nous reste à en savoir, n'est aussi qu'un regard — Cependent, ce regard, pour nous comme pour Moïse, est assez; notre science a été mesurée sur nos besoins; nous connaissons Dieu autant qu'il nous est bon de le connaître, et ce que nous savons de lui suffit à notre vertu, à notre foi, à notre consolation; suffit à notre monde, suffit à notre vie, suffit même à notre mort, et s'il en est un seul d'entre vous qui à sa dernière heure ne dit pas: Je sais en qui j ai cru, M. F., ce sera sa faute; il ne dépend que de lui de le savoir. Moïse l'a su en ses momens suprêmes, lui qui est mort en quelque sorte dans le sein de V Eternel, et vous, qu'avez-vous à envier à Moïse? Toute la bonté de Dieu n'est-elle point passée devant votre face, vous que Dieu a tant aimés qu'il vous a donné son Fils, son unique, afin que vous eussiez la vie éternelle, vous qui êtes sauvés par sa pure grâce, vous à qui Jésus prépare une bien-heureuse immortalité, vous qui ne voyez jamais mourir un ami sans savoir qu'il va vous attendre, et qui ne mourrez pas sans savoir que vous attendrez ceux qui pleureront sur vos tombes? — Et Dieu n'a-t-il pas crié devant vous son nom d'Éternel, Dieu ne vous a-t-il pas bien au-

DE m El;.

torisés à l'invoquer sous ce nom , vous qui savez que la première promesse du salut, prononcée il y a 6,000 ans et plus, tient encore; vous qui n'avez pas vu tomber à terre un seul mot de toutes les bonnes paroles qu'il a dites pour votre salut, vous enfin que Dieu laisse mourir par suite de cet arrêt de justice: Tu mourras de mort; mais qui avez entendu cette parole de joie: Je vis et vous vivrez! Et ne reconnaissez-vous pas qu'il fait grâce à qui il fait grâce, vous qui savez si bien quel sang crie grâce! grâce! pour les péchés du monde, et ne reconnaissez-vous pas qu'il a compassion de qui il a compassion, vous à qui tout l'Évangile assure que de telle compassion qu'un père est ému envers ses enfans, Dieu l'est envers ceux qui l'aiment. O M. F.! n'envions donc rien aux anciens justes, aux anciens prophètes; ne regrettons pas ces signes visibles, ces phénomènes, ces nuages, ces splendeurs, ces flammes; nous avons des signes meilleurs, nous avons la crèche, la croix et la tombe de Jésus-Christ. Avouons que, malgré la grandeur de Dieu nous le connaissons assez pour notre sort actuel; contentons-nous de ce regard qu'il nous permet de jeter sur sa gloire, et n'aspirons pas follement à dissiper le nuage où il s'enveloppe. Souvenons-nous que connaître Dieu est toute notre religion, notre science, notre félicité; M. F., c'est aussi toute notre espérance. Un jour le nuage se dissipera pour jamais; il appartient à ce monde, et ne nous suivra pas dans les cieux; alors ce regard faible, incertain, et

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