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me et la sainteté. Il faut chercher loin pour rencontrer un méchant dont on oserait dire: // aurait mieux valu pour lui dé nétre pas né; et loin aussi, pour saluer un juste à qui appliquer dans toute son étendue ce simple et magnifique éloge: voici un homme selon le coeur de Dieu, et de vous tous qui m'écoutez, pas un seul sans doute n'a heurté un Judas en son chemin dans ce monde, mais en est-il beaucoup qui aient vu des Abraham et des Moïse, un St. Jean ou un St. Paul? Non, c'est d'ordinaire entre ce dernier degré d'iniquité et ce comble de vertu et de foi que la foule des hommes s'arrête. Et c'est un grand bien sans cloute que les chutes ne soient pas plus profondes, mais c'est un grand mal que les progrès ne soient pas plus grands. Cet état moral de la chrétienté et du monde, cet état dont chaque église, chaque nation, chaque famille, est une preuve vivante, a été amené par diverses causes, sans parler de la première, qui nous ramène en Éden; mais l'une des plus actives et des plus fortes est signalée dans le texte. Si nous ne sommes pas plus médians et plus irréligieux, c'est que personne de nous ne refuse de descendre dans la lice, de faire quelques efforts et quelques sacrifices pour triompher, et de combattre le bon combat; et si nous ne sommes pas meilleurs, c'est que sonvent nous ne combattons pas selon les lois, et vous voyez combien l'issue peut être triste et terrible; la victoire est sans couronne pour qui combat sans les lois.
Voilà, M. F., le point de vue général du sujet, et le peu que je viens de vous dire, vous montre qu'il nous concerne tous. Car nous sommes tous de ceux qui descendent dans l'arène pour combattre; nous sommes de ceux qui veulent faire quelque chose pour le salut de leur âme. Il y a sans doute des hommes pour qui le monde est tout , pour qui le tombeau, le temple et le ciel ne sont rien, et qui ne gémiraient point si toutes nos maisons de prière s'écroulaient en un jour; que leur importent des parvis inutiles où ils ne viennent jamais? des hommes enfin qui vivent comme s'ils ne devaient pas mourir, et ne pensent pas à leur âme, ne pensent pas à leur éternité, ne pensent pas à Dieu. Ces hommes-là, le texte ne les regarde point. Il ne servirait de rien de leur crier sans relâche: SI quelqu'un ne combat point selon les lois , il ne sera pas couronné. Ces hommes-là ne combattent point, ou, pour mieux dire, leurs combats sont contre l'ennui qui les consume, le dégoût qui les accable, la satiété qui pèse sur eux comme un poids étouffant, et tôt ou tard contre de stériles remords qui semblent des repentirs et qui n'en sont pas. Mais vous, vous n'êtes point de ces hommes, et votre seule présence dans ce temple le prouve et l'atteste, vous faites ici un acte religieux; il y a donc, pour le moins, quelque religion dans vos coeurs; ainsi, le texte s'adresse à vous; c'est déjà combattre dans la lice, que d'être ici rassemblés devant Dieu. Il ne reste donc qu'à examiner si nous corn-
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battons selon les lois; qui manque à les observer, perd ses droits à la couronne et a combattu en vain. Maintenant que le point de vue général est saisi, et que l'application générale est faite, maintenant que je puis vous défier tous l'un après l'autre de me dire que ce texte ne vous regarde pas; car alors, il faut que celui-là me dise aussi qu'il est un méchant et ne veut pas combattre le bon combat, ou qu'il est un saint et ne combat plus; maintenant, descendons aux détails, et jugeons d'après le texte notre vie religieuse. Le premier trait qui se présente est la piété. Dieu nous demande la piété, c'est-à-dire, l'habitude des pensées et des exercices de la religion. Dieu nous demande de consacrer à son service quelques momens par jour, quelques heures par semaine, quelques jours par année, de les mettre à part dans notre vie, de détacher alors notre âme de la poudre de cette terre, et de lui dire de ces momens: Seigneur, ils sont à toi! Dieu nous demande de ne pas traiter le livre de la révélation comme ces inutiles volumes qu'on se procure pour la vanité de les avoir, et que l'on consulte de loin en loin. Dieu nous demande de respecter toute la religion, parce qu'il n'y a rien en elle qui ne soit respectable; de veiller sur les souvenirs de notre mémoire, et les plaisanteries de notre légèreté, et les paroles de nos lèvres; de ne pas jeter au hasard son nom auguste au milieu de nos entretiens frivoles, et de nous arrêter soudain avant que l'effervescence de la conversation ne nous entraîne et ne
fasse échapper de notre bouche un de ces mots qui font pleurer les Anges, et qui retentissent dans l'éternité. Dieu nous demande enfin de nous accoutumer saintement à sa présence, de nous environner de sa présence comme d'un rempart, et de nous habituer à dire: V Eternel est ici! avant de devoir dire: Retire-toi, Satan! Et toutes ces choses, Dieu nous demande de les faire, toutes ces idées Dieu nous demande de les nourrir, toutes ces habitudes Dieu nous demande de les contracter, avec calme; avec humilité, sans apparat, sans bruit, sans exaltation, sans rien retrancher de notre contentement d'esprit, et sans revêtir une sévérité orgueilleuse et stérile qui pèse toujours plus sur les autres que sur nous-mêmes. A tous ces traits, reconnaissez une piété véritable et solide; oui, c'est là être pieux comme Dieu veut que nous le soyons; c'est là combattre le bon combat, et c'est combattre selon les lois; c'est combattre avec plein espoir d'être un jour couronné. M. F., interrogeons notre conscience, et devançons le jugement de Dieu: Nous avons tous quelque piété; mais notre piété est-elle vraiment chrétienne? Ah! quand d'un regard attentif j'observe la piété du monde, quand je rassemble tout ces souvenirs pour les porter dans cette chaire , en oubliant qui les a fait naître, alors je me sens tristement pressé de vous le dire, il y a dans le monde bien des manières différentes d'être pieux. H y a une piété qui entre en compte de jours, d'heures et d'instans avec l'Eternel, qui craint
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de donner trop de temps à Dieu, qui prend de la ferveur à jour fixe; et ces hommes-là, si on leur demandait pourquoi ils ne sont pas pieux aujourd'hui, devraient répondre qu'ils l'ont été hier ou qu'ils le seront demain llya une piété facile et commode qui remplit les devoirs de la religion comme on paie une dette, c'est-à-dire, la somme juste, et qui ne donnerait pas en sus la pite de la veuve, qui prend soin prudemment de n'avoir jamais à choisir entre un plaisir et un devoir, et qui n'arrange pas les frivoles convenances de la vie selon les communions, mais arrange les communions selon les convenances— Et il y a une autre espèce de piété farouche et sévère, qui remhrunit les jours qu'elle occupe, qui, de retour du temple, ne rapporte qu'un front sombre au milieu du cercle de famille, en bannit toute joie domestique, et l'égalité d'humeur ne revient qu'avec la mondanité Enfin,
il y a encore une piété tout orgueilleuse et fanatique, qui fait lever si assidûment les yeux au ciel qu'on ne voit plus son prochain sur la terre, qui prend en pitié le reste du monde, qui se croit sanctifiée par privilège, et trouve à peine ça et là quelques saints avec qui elle daigne adorer Tous
ceux qui tombent par intervalle ou à la longue dans l'un de ces écarts, et qui n'ont pas assez veillé sur leurs coeurs pour s'en préserver, sont-ils des impies? vivent-ils sans Dieu et sans espérance au monde? Non, ils sont pieux, mais ils le sont mal. J'irais jusqu'à vous dire que leur piété n'est pas
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pieuse. Ils prient Dieu, mais non comme le Seigneur seul veut qu'on le prie; ils l'aiment, mais non comme il veut être aimé; ils le servent, mais non comme il veut être servi; en un mot, ils combattent dans la lice, mais ils ne combattent point selon les lois. M. F., comme dans les anciens cultes on choisissait avec un soin scrupuleux les victimes pour les sacrifices, choisissons bien notre piété. Gardonsnous de croire que toute piété soit également sainte et salutaire. Comme il n'y a qu'un Dieu , il n'y a qu'une bonne manière de le servir; et comme Dieu n'a qu'une gloire; il n'y a qu'une bonne manière de le glorifier.
Oui, Dieu n'a qu'une gloire, et, à cette idée, il faut ajouter qu'il n'a qu'une vérité. Aussi, comme Dieu nous demande à tous une même piété, il nous demande une même foi, et tous nous croyons; ce bon combat dont parle S1. Paul, tous, sous ce rapport, nous l'avons soutenu et nous le soutenons encore; tous, nous voulons le continuer, et je m'assure qu'en ce moment il ne se trouve pas dans ce temple un incrédule qui doute je ne dis pas de l'existence de Dieu; il semble enfin que nos jours et nos nuits se sont assez communiqué les uns aux autres cette science; et je ne dis pas de l'immortalité de l'âme, cette vie décidément a été trouvée trop courte pour suffire à l'incrédulité même la plus obstinée; et je ne dis pas non plus du jugement à venir, comme en cette vie nous portons un tribunal en notre conscience, il est facile de prévoir un autre
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ribunal sur le seuil d'une autre vie mais même
un incrédule qui soutiendrait sérieusement (et malheur à lui s'il le soutenait autrement) que l'Évangile est un recueil de fables inventées à plaisir par des imposteurs. Non, tous ici, tous nous crovons. Mais comment croyons-nous? Quelle est en général la foi du monde où nous vivons? est-elle pure? est-elle humble et docile? est-elle entière? est-elle fondée comme doit l'être toute foi éclairée, sur un sincère examen? descend-elle à de trop petites choses, ou s'élève-t-elle vers des choses trop hautes? garde-t-elle un respect aveugle pour des doctrines qui sont d'autrefois, ou porte-t-elle un amour aveugle à des doctrines d'aujourd'hui? Vous le concevez, à toutes ces questions chacun doit répondre pour soi-même. Nul regard humain ne peut suivre et sonder de coeur en coeur la foi du siècle, et la marquer sur chaque front d'un signe qui la distingue. Cependant elle a quelquefois des caractères qu'il est impossible de méconnaître. De nos jours, tantôt on croit vaguement, sans trop savoir pourquoi, sans se rendre compte de sa foi, sans y regarder de trop près, et comme les demi-aveugles croient au soleil, qu'ils n'ont vu que comme une lueur pâle et terne, et qu'ils n'ont pas vu resplendissant; de là résulte que souvent on croit chaque doctrine à part sans s'inquiéter de l'enchaînement et de l'ensemble; on brise le lien des vérités divines; on met, pour ainsi dire, le christianisme en morceaux et en pièces, et l'on se fait une sorte de reli-
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gion semblable à ces édifices inachevés qui semblent solides et où il manque le ciment qui doit unir les pierres. Et souvent de nos jours la foi est téméraire, soulève et tranche les questions les plus graves, sépare hardiment dans l'Evangile ce qui importe et ce qui n'importe pas, et sans mettre complètement la raison au-dessus de la foi, nie tout ce qui est mystère, prophétie ou miracle, et se présente à Dieu deux listes à la main, l'une des doctrines qu'elle adopte, l'autre des doctrines qu'elle désavoue, ou, ce qui est plus facile, qu'elle met de côté comme inutiles. Et de nos jours aussi, comme pour expier un intervalle d'indifférence, la foi, cà et là, est redevenue intolérante et exclusive; on Ta entendue donner des ordres, tracer des limites, prescrire des doctrines, et le moment est venu qu'il a fallu presque se demander si une petite infaillibilité à part n'allait pas se glisser dans le protestantisme. Enfin, M. F., la foi de nos jours, et c'est ici son caractère le plus général, la foi de nos jours est légère, elle a plus de surface que de profondeur; en ne niant rien, elle pense faire autant que si elle croyait tout, et le mot favori de notre temps est celui-ci: je crois assez! Voilà, voilà la commode, la facile, la rassurante confession de foi qu'on affectionne aujourd'hui. A ce mot comparez la confession de foi de l'Église primitive: Je crois, disaient alors les fidèles, je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Quelle parole sérieuse, vaste et profonde, quand vous la rapprochez de cette frivole approba-