DU COMBAT
tion qu'on aime à se donner: je crois assez! OM. F., convenez que quiconque nourrit dans son âme pour toute foi l'une de ces convictions mondaines, ne peut compter parmi les inflexibles incrédules, mais compte à peine parmi les vrais croyans, et que le plus qu'on puisse en dire est qu'il parcourt la lice sainte, qu'il aspire à la sainte couronne, qu'il combat le bon combat, mais qu'il ne combat point selon les lois.
D'une imparfaite piété et d'une foi imparfaite, ne peut naitre qu'une imparfaite vertu, et le salutaire avertissement que nous donne ici St. Paul acquiert une force nouvelle et une nouvelle utilité, si vous l'appliquez pour dernier trait à la conduite de la vie, à la sainteté, à la vertu. Ici encore, il est fatal de combattre non selon les lois, de se prescrire des règles qui ne sont pas d'institution divine, de s'imposer des commendemens qui ne viennent pas du ciel, et qui n'y conduiront pas. Dieu a parlé sur le Sinaï; là tout est clair, de manière que le plus simple comprend ces paroles de Dieu. Christ a parlé sur la montagne; là tout est complet, au point que la vie humaine n'a pas de circonstance qui n'y trouve son précepte. Et quelquefois, avec une adresse déplorable, il nous arrive en secret de nous faire à nous-mêmes dix commandemens d'un autre Sinaï, de nous adresser à nous-mêmes comme un autre sermon de la montagne, de nous arranger une vertu qui nous plaise, une intégrité qui nous convienne, de capituler avec notre conscien-
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ce, et de proposer au ciel des accommodemens. Et dans ces avertissemens, je n'entends point vous parler de ceux qui commettent aujourd'hui une transgression en se promettant de pratiquer demain une vertu; ni de ceux qui pensent pouvoir pécher sans scrupule à telle heure, parce qu'ils n'ont pas péché depuis un temps compté; ni de ceux qui estiment pouvoir cultiver telle passion en leur âme, parce qu'ils combattent telle autre; ni de ceux enfin qui pèsent dans une même balance le bien et le mal de leur vie, et se permettent un défaut pour se dédommager de chaque vertu, un excès pour se consoler de chaque privation. Ces pièges sont si grossiers, que Satan y renonce, ou du moins les porte ailleurs. Non, non, il faut de plus ingénieux artifices pour nous surprendre; hélas! ils ne manquent pas. Voyez ces hommes qui s'attachent à n'avoir d'intégrité que précisément ce qui est indispensable; dont la probité ne va que jusqu'à la justice, et n'atteint point l'équité; et qui, honnêtes de force plus que de gré, véridiques quant à la forme, incapables d'un mensonge, savent mentir en disant la vérité. Il se peut, je l'avoue, que ce soit là un moyen de faire sa fortune, et triomphant aux yeux des hommes, couronnés par leurs mains trompées, justes devant eux, mais iniques devant le Seigneur, la confusion attendra devant lui ces prétendus justes, à qui il devra dire: je ne vous connais point! Et que sera-ce si vous mesurez d'après ces principes des devoirs d'un ordre encore