DU COMBAT. A
plus relevé que la simple probité?... Il est chrétien aussi de fuir le scandale, d'éviter jusqu'aux apparences du péché, de ne réveiller en aucune mémoire de honteux souvenirs, en aucune imagination de honteuses idées, de laisser dormir les passions qui dorment encore, et de ne pas dire à l'innocence que le fruit défendu est beau à voir; mais si votre pureté se réduit à cette prudence, si vous pensez que le secret est une excuse, et que bien cacher un péché, c'est en mériter à moitié le pardon; surtout si, pour bien sauver les apparences, vous ajoutez péché sur péché; si, pour bien blanchir l'extérieur du sépulcre, vous augmentez la pourriture du dedans; si, pour mieux nettoyer les bords de la coupe, vous laissez au fond un fiel plus
amer et un poison plus impur O M. F., il est
chrétien sans doute de ne scandaliser ni les anges, ni les hommes, ni les jeunes enfans; mais est-ce par ces affreux moyens qu'il faut arriver à cet excellent but? Non, non; en un sens alors vous avez combattu le bon combat, mais vous n'avez pas combattu selon les lois. Et ne croyez pas que ces relations universelles de respect et de pudeur entre nos semblables et nous soient les seules que ces principes dirigent; ils doivent nous diriger aussi dans nos relations les plus intimes de famille, dans nos liens les plus doux d'amitié. Qui n'a vu de ces amitiés, remplies de dévouement, de constance, de générosité, et que l'épreuve même de l'adversité a trouvées fidèles; c'était bien là s'unir pour coin-
battre ensemble le bon combat, et s'en aller ensemble vers une paisible mort et une paisible immortalité. Oui, mais ces vertus étaient ternies par l'exigence, l'humeur, l'orgueil; dans les grandes occasions, tout était sublime; dans les petites, dans les jours ordinaires de la vie, tout était recouvert d'un voile d'égoïsme; chrétiens, c'est encore là combattre le bon combat, mais hélas! ce n'est pas combattre selon les lois. Et si, pour dernier trait, je porte toutes ces vérités dans l'intérieur de vos maisons, sous votre toit domestique, près de votre foyer conjugal, au milieu du cercle de vos enfans, sans doute il règne là d'ordinaire les tendresses qui doivent y régner. Les pères et mères de notre génération, savent quels sacrifices ils doivent à leurs enfans; les époux ne vivent pas séparés comme s'ils ne s'étaient unis que pour échanger un nom; les enfans n'oublient pas leurs parens, dès qu'ils n'en ont plus besoin. Mais quelque affection qui respire au sein de vos familles, si jamais elle est trop sombre et trop sévère, ou imprudente dans son indulgence, si les formes en gâtent le fond, si elle fait payer trop cher ses soins par la manière dont elle les rend, si un père traite trop durement ses enfans, si un fils parle trop haut à son père, si un époux fait couler des yeux de son épouse une seule larme qu'il pouvait lui épargner, alors, vous n'êtes, il est vrai, ni des pères dénaturés, ni des enfans ingrats, ni des époux désunis, mais vous ne combattez pas le bon combat selon les lois; vous ou-