DU COMBAT
bliez combien la manière d'être bon ajoute de prix à la bonté, votre dévouement n'est pas assez dévoué, vos affections ne sont pas assez affectueuses, vos vertus ne sont pas assez vertueuses; en un mot, votre christianisme n'est pas assez chrétien.
Voilà, M. F., dans sa force et son étendue cette admirable sentence du grand apôtre, et je n'ai essayé ni de déguiser, ni d'affaiblir les idées qu'il suggère. Soyez sincères à votre tour, et ne refusez point d'en prendre chacun votre part. Aucun intérêt n'est plus grand; car si quelqu'un combat clans la lice, il n'est point couronné, s'il n'a combattu selon les lois. Cette conséquence peut vous sembler rigoureuse: elle n'est que naturelle et juste. En effet, nous vivons pour mourir en paix et ressusciter en grâce; nous parcourons ce terrestre pèlerinage pour arriver au repos préparé au peuple de Dieu; nous combattons dans l'espoir d'être couronnés. Quelle insigne folie de combattre de manière à perdre la couronne au lieu de l'obtenir! Et je ne veux point ici entrer dans la stérile question de savoir s'il ne faut point pratiquer la vertu pour l'amour de la vertu, et sans avoir en vue les récompenses qu'elle promet; qu'il nous suffise, M. F., que Dieu nous propose un prix; dèslors il nous est permis d'y aspirer, et ce n'est plus y aspirer que de ne pas combattre selon les lois. Ici donc vous voyez la réfutation de cette erreur si commune: pourvu que je remplisse mes devoirs:
qu'importe comment je m'y prends pour les remplir! Il importe beaucoup... Car il n'y a pas deux chemins pour descendre avec calme à la tombe, et pour en remonter avec gloire de l'autre côté; il n'y a pas deux trônes de la grâce où nous puissions recourir; il n'y a pas deux croix de Golgotha que nous puissions embrasser; il n'y a pas deux portes étroites qui ouvrent dans les cieuxî Mais j'admettrai un moment qu'il y ait diverses voies de salut: celles de votre invention vaudront-elles mieux que celles où Dieu vous guide? Deviendrez-vous plus facilement des saints et des élus par une méthode de votre choix, que par les directions du Seigneur? Et quel langage à lui tenir au jour du jugement que de lui dire: j'ai pratiqué des vertus, mais d'autres que celles que tu exiges; j'ai suivi des commandemens, mais des commandemens que je me suis prescrits à moi- même; j'ai été juste et fidèle, mais à ma manière, et non pas à la tienne. O M. F., nous ne devons pas être bons comme nous voulons l'être, mais comme Dieu veut que nous le soyons. Le danger est immense, vous le voyez assez, de mettre une morale selon l'homme à la place de la morale selon Dieu , de refaire les lois divines , de les rendre ou plus sévères ou plus douces; il faut les laisser telles que Dieu les a faites, et les suivre avec une infatigable exactitude; sans quoi vous pouvez être vainqueurs selon le monde, mais vous ne serez pas couronnés; et si vous prétendez vous servir à vous-mêmes de législateurs, servez-vous donc aussi
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de rémunérateurs à vous-mêmes, et couronnez-vous de vos propres mains, car Dieu ne vous couronnera pas... Mais quoi! me direz-vous, de telles paroles sont dures y qui les peut ouïr? Cette méditation n'a rien qui console, encourage, rassure; elle nous a tristement inquiétés, et qui sera suffisant pour ces choses? Cette méditation vous a inquiétés!... M. F., je ne veux point me retrancher derrière l'autorité de St. Paul, et vous demander si, du haut de cette chaire, nous ne pouvons hardiment vous dire les mêmes choses que St. Paul écrivait au plus chéri de ses disciples, au plus digne de ses compagnons d'oeuvre. Non, non, j'appuierai cette idée au lieu de la combattre; la religion doit être aussi féconde en inquiétudes salutaires qu'en consolations efficaces. Ce n'est pas une petite chose que de gagner une éternité bienheureuse, et plaise à Dieu que ces pensées vous aient inquiétés, vous qui ne vous en inquiétez pas assez, vous à qui la bonté de Dieu fait oublier sa justice et sa sainteté, vous qui, mesurant votre foi et votre charité, vous surprenez à vous dire: j'en ai assez; vous qui, regardant autour de vous et vous comparant à autrui, dites: j'en ai plus que bien d'autres! vous enfin, qui, comptant vos péchés, dites aussi: j'ai des excuses que d'autres n'ont pas! Ah! si jamais ces fatales illusions vous égarent, plaise à Dieu que vous sortiez inquiets de ce temple, et que vous rentriez inquiets dans vos demeures, et que vous restiez, s'il ne faut, inquiets à toujours, afin de l'être moins en descendant au
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sépulcre, et de ne l'être pas en ressuscitant pour être jugés... S'il le faut, ai je dit? O M. F., il ne le faudra pas, si vous le voulez bien; car écoutez, peuple de Dieu' le dernier mot qui me reste à vous dire! Qui, avez-vous demandé, qui sera suffisant pour ces choses? Vous tous, M. F., si vous le voulez bien, vous tous aujourd'hui, et demain, et le reste de vos jours; le même apôtre qui promet la couronne seulement à ceux qui combattent selon les lois, déclare que personne n'est tenté au-dessus de ses forces, et Dieu lui a dit: Ma çrâce te suffit!... Combattez donc avec constance le bon combat de la foi; combattez selon les lois, et votre couronne sera prête au dernier moment du combat, le premier de la victoire.
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