DE LA CREATION
chées sont pour l'Éternel! A Dieu ne plaise que nous concevions un moment le téméraire orgueil de sonder ces profondeurs interdites. Ne demandons point à savoir ces choses qui ne peuvent entrer dans l'esprit de l'homme. Toutefois, créatures intelligentes de Dieu, il nous est permis de nous occuper de la création. Il s'agit ici moins de ses desseins que de nos destinées, et certains comme nous le sommes d'avoir reçu de Dieu la vie, le mouvement et l'être, il nous est permis de chercher à savoir pourquoi il nous les a donnés.
Il fut une époque où Dieu existait seul. Voilà la première vérité que je dois établir, sans m'inquiéter de l'insuffisance du langage humain, quand la raison humaine aborde ces grands sujets. Je sais combien cette pensée sort du cours ordinaire de nos pensées. Accoutumés au spectacle des merveilles de la création, nous songeons peu aux temps qui l'ont précédée; nous n'avons aucune idée de ces temps mystérieux; nous ne connaissons Dieu que comme créateur, par les relations qu'il permet à ces créatures de soutenir avec lui; et, dans l'habitude constante et facile où nous sommes de compter notre courte vie d'année en année, nous oublions quelquefois que pour Dieu il faut compter d'éternité en éternité. Cependant, cette pensée imposante: il fut une époque où Dieu existait seul, lorsqu'on y réfléchit attentivement, est indispensable au système entier de la religion, de quelques lermes impropres qu'on se serve pour l'exprimer,
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et quelque inexact qu'il soit de transporter dans l'éternité les notions de passé, de présent et d'avenir Au commencement Dieu créa le ciel et la
terre: vous reconnaissez tous cette vérité, mais avant ce commencement, qu'est-ce qui existait? Rien, excepté Dieu; seul, il remplissait la profonde solitude de l'immensité, et le nier, c'est nier Dieu ou la création. Car si alors quelque chose existait déjà avec lui, l'époque dont parle Moïse n'est pas le commencement, et Dieu ne peut plus dire, dans le magnifique langage d'Ésaie: Moi, l'Etemel, Je suis le premier! Vous ne me demanderez pas jusqu'où remontent ces origines de toutes choses; ce n'est pas l'être d'un jour qui peut compter ce que l'Écriture nomme les âges étemels. Accumulez ici nombres sur nombres; reculez ce moment aussi loin que votre imagination et votre foi plongent dans les abîmes du passé; il importe peu; un Jour est pour Dieu comme mille ans, et mille ans comme un Jour; et quand vous passeriez en quelque sorte votre vie entière à remonter en idée les ans écoulés, vous verriez fuir devant vous ce moment insaisissable où Dieu est sorti de son repos et a commencé de créer. Cependant, vous serez toujours forcés de convenir que Moïse a dit vrai; il y a eu un commencement!
Ces pensées sont hautes et ces méditations sont difficiles. Mais poser ces principes était indispensable pour arriver aux conséquences heureuses qui nous attendent. Continuons à traverser ces clartés