LE BUT
cette félicité, qu'il puise dans la contemplation de ses perfections infinies, peut-elle dépendre d'une autre majesté que la sienne? Si l'on affirme que Dieu a créé dans son intérêt, que Dieu a gagné pour ainsi dire à la création, il faut donc aussi prendre à la lettre l'expression de Moïse, quand il dit que Y Eternel, voyant que la malice des hommes était très-grande sur la terre, en eut du déplaisir dans son coeur; car, si celte félicité a pu s'accroitre, elle pourrait donc par le même moyen diminuer; la conséquence découle du principe, et l'un est aussi insensé que l'autre; voilà donc la félicité du créateur dépendante des créatures, et de nous, entre autres, puisque nous sommes du nombre, augmentant ou diminuant avec nos vertus et nos péchés, nos adorations et nos sacrilèges!... Certes, si Dieu, au profit de son bonheur, a créé la race humaine, elle a misérablement trompé ce dessein; la race humaine a beaucoup fait jusqu'ici qui pût augmenter la félicité de son Père céleste; elle l'a forcé pour ainsi dire à envoyer son divin Fils en ce monde pour y mourir sur une croix Je m'arrête, et cesse de poursuivre une discussion où les argumens ont un faux air de blasphème. Non, l'univers est inutile à l'Eternel. St. Paul a dit dans l'aréopage d'Athènes: Dieu n est pas servi par les mains des hommes, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit, et son bonheur, indépendant et des adorations des anges et des vertus des hommes, est, comme sa charité, au-dessus de toutes ses oeuvres.