‹ Sermons (volume 3)Chapitre 6 sur 61 · ABU A · texte numérisé non relu

ABU A

La leçon à. puiser dans ces éclatans prodiges était d'autant plus facile que, selon la philosophie d'Israël, dont la Bible offre partout la trace, il existait, pour les morts un asile sans discours, sans occupation, sans sagesse, où ils attendaient leur réveil. Aussi, St. Paul déclare que les Patriarches pensaient n'être qu étrangers et voyageurs dans ce monde, qu'ils cherchaient un pays meilleur, savoir le céleste; et s'il faut à ces sublimes et nobles images, dont la foi en tout temps colore ses espérances, s'il faut joindre des paroles empreintes de plus de réflexion , le premier écrivain d'Israël qui a composé des traités plutôt que des récits ou des hymnes, le premier philosophe et le premier moraliste d'Israël, n'a-t-il pas bien marqué d'un seul mot toute la différence de la mort et de l'immortalité, et bien exprimé toute l'opinion de son temps, quand il a dit: La poudre retourne à la poudre , et l'esprit remonte à Dieu qui Fa donné? Si les prospérités terrestres occupent dans l'Ancien-Testament plus de place que les espérances immortelles, c'est que la théocratie ne pouvait avoir d'autre base; c'eût été ne faire aucune exception en faveur d'Israël que de lui promettre seulement l'immortalité, que tous les peuples attendaient.

Voilà, M. F., d'incontestables preuves. Il m'en reste une à vous donner qui les confirme toutes , et dont l'application est générale. Voulez-vous savoir ce qu'un peuple pense de l'immortalité? demandez-lui ce qu'il pense de la mort. Vous ne

ACIJA.

vous y tromperez point; car, par une liaison naturelle, l'idée qu'on se fait du trépas et du sépulcre, dépend de l'idée qu'on se fait de ce qui doit suivre. Cette règle est infaillible pour les nations les plus grossières comme pour les plus civilisées. Les pauvres sauvages, qui, au lieu d'hériter avidement des humbles richesses d'un de leurs proches, jettent dans sa tombe les objets qu'il aimait les plus pendant sa vie, que font-ils? ils donnent la preuve de leur croyance en une immortalité; car l'idée ne leur serait jamais venue d'ensevelir avec un mort ses ornemens et ses armes, s'ils croyaient perdue à jamais la joie de s'en servir. Convenez-en donc: voulez-vous savoir ce qu'un peuple pense de l'immortalité, demandez-lui ce qu'il pense de la mort? Eh bien! M. F., voici ce que pensait de la mort l'ancien Israël; voici ce qu'il en apprenait de ses prophètes: au milieu d'une famille impie et d'une cour idolâtre, un jeune homme seul, Abija, le fils aîné de Jéroboam, en dépit de toutes les séductions du rang de prince, en dépit de tant de mauvais exemples qu'il voit de si près, un jeune homme seul reste pur, et sauve sa vertu et sa foi; seul de sa maison il est agréable à Dieu; et savez-vous quelle première récompense Dieu lui accorde, et annonce à sa mère par la voix d'un prophète? La mort, et une sépulture honorable; la mort à la fleur de 1 âge, et au milieu de toutes les espérances de la jeunesse: Le jeune homme munira, dit un prophète à sa mère, et tout Israël minera deuil sur

lui, et V ensevelira, et lui seul entrera au sépulcre, parce au en lui seul de toute la maison de Jéroboam , l'Étemel, le Dieu d'Israël, a trouvé quelque chose de bon.

Une mort prématurée, présentée comme une grande récompense, voilà, M. F., de ces choses qu'on ne trouve que dans l'Écriture. Etudions avec joie un si frappant exemple des miséricordes de celui qui tient entre ses mains notre vie et notre immortalité.

Les faits que le texte rappelle et les termes du récit n'ont aucune obscurité; je ne sais même s'il est utile de s'arrêter à réfuter l'opinion sans fondement, que la récompense du jeune Abija consiste dans sa sépulture et non dans sa mort. On a prétendu que le prophète menace ici la famille de Jéroboam et de périr de mort violente et d'être privée de sépulture, et que seul ce jeune homme serait sauvé de ces désastres et de ces ignominies. M. F. , je crois au contraire qu'il ne faut voir dans ces expressions du prophète que de vives images par lesquelles il représente les calamités qui devaient marquer la fin du règne de Jéroboam et l'extermination de sa race. En effet, on ne lit nulle part que ce prince ait péri par le glaive, et que son corps n'ait point reçu d'honneurs funèbres. Au contraire, l'auteur des Chroniques rapporte que V Eternel le frappa e qiiil mourut, expression qui désigne une maladie douloureuse, une longue

agonie, et l'auteur des Piois dit qu'il s'endormit avec ses pères , expression qui n'est employée le plus souvent qu'après un ensevelissement honorable dans les sépulcres paternels. 11 faut donc en revenir au sens qui se présente le premier et que l'étude des évènemens de l'époque appuie. Il était entré dans les mystérieux desseins du Seigneur de permettre que le royaume de David fût divisé en deux États. Cette révolution qui comme tout autre grande commotion populaire, était préparée de loin, et dont on peut suivre la trace depuis la sortie d'Egypte, cette révolution comme «tout autre avait besoin d'un homme; Jéroboam parut sur la scène d'Israël et fut le premier roi des dix tribus. Ce piince eut le malheur, car ce fut pour lui un malheur, d'être un grand génie politique. Plein de confiance en luimême, il cessa de se confier en Dieu; il crut pouvoir se passer sur son trône d'un jour du secours de l'Eternel, et dès-lors tout fut perdu; entré dans cette fausse voie, il n'en sortit plus, oublia que son peuple était israélite, inventa un nouveau culte pour servir d'appui à son nouveau gouvernement et renouvela en Israël les veaux d'or du désert de Sinaï; fatale institution! la première des idolâtries nationales des Hébreux, qui dura autant que ce royaume, et ne fut entièrement détruite qu'après que le royaume même eut été détruit. Dès-lors le règne de Jéroboam n'offrit plus que faute sur faute, impiété sur impiété; mais Dieu le jugeait, Dieu intervint, et ses excès amenèrent malheur sur

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