LA MORTALITÉ
voici vivans et debout devant notre Père céleste, debout et pleins de vie pour notre propre bien et pour le bien de nos familles et de nos frères, pour servir selon nos forces la vérité et la liberté, la religion et la patrie!... La patrie... ai-je dit!... Ah! puisse notre nation tout entière, à mesure que ses provinces et ses villes seront délivrées du fléau, le reconnaître avec vous: Dieu seul peut dire à l'ange de la mort: C'est assez, retire la main; et Dieu seul le dira Hélas! cette foi sera-t-elle universelle; cette reconnaissance sera-t-elle unanime? Non, la vérité n'a pas encore établi son règne sur l'esprit de tout notre peuple; ici, l'indifférence entretient l'oubli de Dieu, là, l'incrédulité cultive ses ingénieuses erreurs; plus loin, le fanatisme et la superstition épaississent de concert leurs ténèbres; ailleurs, la mondanité se plonge dans ses vanités où Dieu n'est pas. Mais nous nous garderons de juger nos frères, parce que nous n'avons pas de légitime tribunal où les citer; s'ils sont dans l'erreur, nous les plaindrons en respectant leur sincérité que Dieu même approuvera; s'ils sont dans l'irréligion, nous les plaindrons plus encore, en nous rappelant néanmoins tout ce que la piété a eu à souffrir depuis près d'un siècle dans notre pays, et qu'à Dieu seul il appartient de peser cette excuse Et ces souvenirs me conduisent, M. F., à la dernière pensée qui me reste à vous soumettre, et qui seule pourrait troubler la douce joie de notre reconnaissance. Ce fléau, d'où nous sortons, est-il un secret que
EH ISRAËL. Sa3
Dieu a gardé pour lui, une de ces dispensations mystérieuses que nul ne peut sonder, une grande épreuve et pour les trônes, et pour les peuples, et pour les familles, ou bien est-il un châtiment de
Dieu? De toutes les forces de ma foi, je m'élève
contre cette désolante doctrine, et je refuse à toute autorité humaine le droit de dire aux hommes pendant une affliction que Dieu les punit. Êtes-vous prophète? Êtes-vous inspiré? Donnez les preuves de votre mission céleste; voilà un aveugle: ouvrezlui les yeux; voilà un muet: faites qu'il éclate en chants de louange; voilà un mort que pleurent ses deux soeurs: appelez-le! prononcez le mot: Sors dehors! ressuscitez-le; allez ainsi de lieu en lieu faisant du bien, revenez ensuite et nous nous croirons, et nous nous humilierons sous les châtimens que votre voix dénonce. N'ètes-vous que ce que nous sommes , sans plus d'inspiration et d'infaillibilité que nous? Cessez de rendre des arrêts que Dieu n'a point dictés, et n'allez pas dans la maison
de deuil lui dire qu'elle est un lieu de supplice!
Et quelle idée se faire d'un châtiment aussi grand que le monde, et qui frappe indistinctement tentes les races, tous les sexes et tous les âges? Et quelle espèce de péché peut avoir attiré sur la tète des hommes une colère si étrange? Sont-ce les religions que Dieu veut punir? elles sont donc toutes également coupables; car tous les cultes, depuis les cultes absurdes de l'Orient de l'Asie, et le culte menteur du prophète arabe, et toutes les nuances
}vi-\ LA UOK1ALITÉ
du christianisme, jusqu'à notre simple culte en esprit et en vérité, ont eu des deuils à conduire et des tombes à creuser. Sont-ce les gouvernemens dans leur politique et les peuples dans leurs révolutions, que Dieu a voulu frapper? Alors, M. F., trônes et dynasties, peuples et révolutions, tout est également condamné par le ciel; car le fléau a pesé et pèse encore avec une égale force sur les trônes despotiques et les peuples esclaves, sur les dynasties nationales et sur les peuples libres. Ces faits donnent donc d'un bout du monde à l'autre un solennel démenti à ces anathèmes que nul n'a le droit de lancer quand Dieu ne les prononce pas. Et voyez combien la politique des hommes est petite en présence de ces grandes dispensations du Seigneur: les soutiens du pouvoir diront que Dieu punit les excès de la licence, et les partisans de la liberté répondront que Dieu punit les empiètemens du despotisme, accusations contradictoires qui se détruisent l'une l'autre et dont il ne reste rien. O M. F., ne nous rendons pas plus malheureux par ces récriminations haineuses. Ne cherchons pas de punitions où Dieu n'a mis que des avertissemens, des leçons, des épreuves; ne cherchons pas des coupables en tous ceux de nos frères que le fléau a enlevés, ni en leurs familles qui gémissent de leur perte, et s'il vous faut une explication de ces infortunes, peuple de Christ, venez où vous là trouverez, sûre, salutaire, touchante; venez l'entendre de la bouche même de votre divin Sauveur ;