‹ Sermons (volume 3)Chapitre 9 sur 61 · A BIT A. J · texte numérisé non relu

A BIT A. J

pensation de la Providence, et bientôt des malheurs inattendus sont arrivés; et au milieu de ces souffrances nouvelles, on s'est dit avec une sorte de joie: Quel bonheur que celui qui n'est plus n'ait pas eu à souffrir ce que nous souffrons! Parlez, vous qui dans vos souvenirs, ou dans l'expérience de vos amis, pourriez citer de tels exemples, parlez et dites-nous si alors, comme pour le jeune Abija, la mort n'a pas été une véritable délivrance, un bienfait du Seigneur et le juste prix d'une vie passée dans sa crainte? M. F., il est hors de doute que ces choses arrivent bien plus souvent qu'on ne pense, bien plus souvent qu'on ne sait. Dieu ne nous dit pas tout le bien qu'il nous fait, et Dieu sait quand il nous est bon de mourir. Parmi les vieillards de notre génération il est beaucoup de Siméon, qui meurent parce que Dieu leur a fait voir son salut et qu'ils n'ont plus rien à voir icibas; et parmi les jeunes gens de notre peuple que Dieu retire à lui, il en est beaucoup à qui le Seigneur redemande leur âme, parce qu'il a trouvé en elle quelque chose de bon. Le juste, dit le Prophète, a été retiré de devant le mal.

Mais la mort, me direz-vous, est toujours la mort. Oui, M. F.; il faut bien cependant qu'elle ne soit pas si terrible et si lugubre qu'elle le semble de loin, qu'elle le semble aux yeux de la chair, puisque Dieu l'accorde en récompense. Ici sans doute les apparences nous trompent. Le temps qu'on met si souvent et la difficulté qu'on trouve

à mourir; tous les détails ordinaires qui remplissent les derniers jours et embarrassent un lit de mort; et quand le fatal instant vient, ce dernier regard, et l'oeil ne voit plus; ce dernier mot, et la bouche est fermée; ce dernier souffle, qu'on voudrait et qu'on ne peut saisir au passage, et alors tout est fini; et ensuite ce froid qui devient plus froid de minute en minute, ce silence, cette raideur, cette immobilité, cette insensibilité, qui ne ressemblent pas, quoi qu'on en dise, au sommeil de la vie, et un peu plus tard, le linceul et ses plis, le sépulcre et ses profondeurs, le bruit de cette terre qui tombe et comble le vide, et enfin, le sol qui redevient ce qu'il était, comme s'il n'y avait rien au dessous.... qui de nous l'ignore? toutes ces apparences que nous ne comprenons pas, nous inquiètent, nous troublent, nous effraient, nous font frissonner; et qui n'a pas frémi par moment à l'idée: Un jour je serai couché la! Mais sans doute toutes ces apparences nous trompent; et au fond, pensez-y bien, ce n'est pas là la mort, ce n'en est que l'appareil et l'extérieur, les signes et les suites; mais mourir dans la vérité et la simplicité du mot, mourir, ce doit être tout autre chose, tout autre chose pour le mourant lui-même, que pour les vivans qui regardent mourir; pour le mourant, ce doit être un simple et tranquille changement d'existence, une séparation de ce qui doit se séparer, la chute lourde et triste de la poudre vers la poudre, l'essor rapide et délicieux de l'esprit vers celui qui l'a donné, et

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le dernier instant de cette vie touche au premier de la vie immortelle. Est-ce donc le lendemain ou le jour même que le malfaiteur pénitent est en Paradis avec le Seigneur? Aussi, qui n'a vu, un moment avant le dernier soupir, l'àme reprendre son énergie, éclairer les traits et animer le regard d'une flamme encore, et faire ainsi ses adieux à la vie? c'est au même instant le corps qui meurt, et l'âme qui revit. D'accord avec ces témoignages de la nature, voici dans FÉcriture-Sainte une preuve de fait; voici la mort dispensée, non comme une épreuve, mais comme une récompense: si elle avait toutes les horreurs que notre imagination lui prête, si elle était aussi à craindre que nous la craignons, si elle ne nous cachait pas des secrets de force et de consolation que nous ne pouvons maintenant entrevoir, jamais elle ne serait présentée comme une récompense divine, et cette récompense serait montrée à nos yeux plus loin dans l'avenir.

L'avenir! O M. F.! je ne sais si dans ces dernières réflexions je vous aurai tous convaincus, parce que chacun juge la mort par l'expérience de ce qu'il en a vu, et qu'ainsi chacun s'est fait des idées qu'il est difficile ou de contredire ou de changer. Mais je suis sur de vous convaincre pour ce qui me reste à vous dire. Oui, la mort du jeune Abija a été une récompense, sous un rapport que vous connaîtrez tous: une fin telle que la sienne est une fin bienheureuse, et conduit là où l'immortalité dédommage de tout. Dans la tombe, il n'y a plus ni ten-

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tations, ni combats, ni péchés; mais aussi dans la tombe, il n'y a point de sainteté, point de triomphe, point de gloire; dans l'immortalité, il y a les saintetés des élus, les triomphes des justes, la gloire de ces couronnes que le Seigneur pose de sa main sur le front de ses serviteurs fidèles. Et la mort sans doute est un repos, où il n'y a rien à souffrir, rien à redouter, et si vous voulez garder l'image d'un sommeil, c'est un sommeil sans rêve, sans émotion, sans lumière; et qui voudrait de ce sommeil pour l'éternité? Mais dans le ciel qui s'ouvre après que le tombeau s'est ouvert, il y a des joies dont nos joies terrestres ne donnent aucune idée; il y a des affections, dont nos affections charnelles ne sont qu'une faible image; il y a des torrens de délices, dont nos coupes les plus délicieuses contiennent à peine une seule goutte. Et ces félicités ne sont pas pour un jour, elles sont éternelles; et ces félicités ne sont pas pour quelques-uns, comme les avantages de ce monde, elles sont pour tous, et il y en a assez pour tous; et ce que l'un obtient n'enlève rien à ce qu'un autre a obtenu, car là le Seigneur est tout en tous. Voilà, Chrétiens, voilà l'asile où il reçoit ceux qu'il retire à lui; la mort, qui conduit à cette éternité, n'est-elle pas, quelque sort qu'on laisse ici bas, et quelque amertume qui raccompagne, n'est-elle pas une récompense? Oui, faire son salut est le travail de la vie, et ce travail est terminé, et ce salut est obtenu, quand le Seigneur a trouvé assez de bon en notre âme pour nous la redemander.

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Ce discours facile et ce touchant exemple ne gagnera rien, M. F., en consolation et en utilité, si je vous arrête à en écouter une longue et laborieuse application. Nous sommes tous mortels, nous savons tous combien une telle leçon nous intéresse et nous regarde; c'est assez d'émotions peutêtre, et je ne veux plus vous adresser que quelques paroles simples et tranquilles.

Au milieu de toutes ces iniquités auxquelles il refuse de prendre part, quel est l'appui du jeune Abija? Son histoire, quelque courte qu'elle soit, le montre assez; sa force était en Dieu. Dieu connaît ceux qui sont siens. Voici toute une nation, une cour, une famille idolâtre et perverse, et à l'ombre de ce trône impie s'élève un seul jeune homme qui garde son coeur de tout piège; ce peu de vertu sera-t-il oublié parmi tant d'iniquités ? cette seule pureté sera-t-elle perdue de vue et laissée sans honneur au milieu de tous ces déréglemens? Non, M. F., Dieu sait qu'en Abija il y a quelque chose de bon. A nos regards, les justes sont souvent confondus avec les méchans; leur vertu perce à peine ces ténèbres tristes et profondes; mais quand nous ne les voyons pas, Dieu les voit toujours; Dieu distingue toujours ses serviteurs fidèles, et nul ne peut se croire oublié par le Seigneur. Il est toujours ce Dieu, qui, au sein d'un peuple corrompu et idolâtre, prosterné devant des dieux qui n'en sont pas, sait que sept mille hommes de reste

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n'ont pas fléchi le genou devant Baal; il est toujours ce Dieu, qui entre deux rois distingue un Josaphat d'un Achab, et même entre deux frères un Abel d'un Caïn; il est toujours ce Dieu, qui, parmi toute une communauté naissante donnant en abondance de ses biens aux pauvres, met à part dans leur mensonge les Ananias et les Saphira. Cette voix, qui a parlé aux sept églises de l'Asie; et leur a dit: Je connais vos oeuvres! cette voix parle à toutes les églises de la terre, et au sein de toutes nos familles: Dieu sait où il y a quelque chose de bon.

Voilà l'appui de la vertu; en voici l'écueil. Ce n'est pas Dieu seul qui nous juge en cette vie; nous nous jugeons nous-mêmes, nous portons en nous deux arbitres à qui nous soumettons sans cesse notre conduite, l'amour-propre et la conscience: l'amourpropre, si ingénieux dans ses prétextes et si indulgent dans ses excuses; la conscience, si sévère dans ses avertissemens et si juste dans ses reproches; l'amour-propre, qui ment et nous flatte; la conscience, qui dit vrai et nous accuse; l'amour-propre, qui murmure doucement à notre oreille, Tu as en toi assez de bon, et tu peux mourir sans peur; la conscience, qui nous crie, Auras-tu assez de bon en toi à l'heure de la mort? M. F., quand ces deux voix nous parlent, il faut croire l'une ou l'autre, et voici trop souvent ce qui règle le choix; nous le faisons trop dépendre de l'époque où nous en sommes de nos jours. Avant les tentations et les combats, les grands devoirs et les grands sacrifices, dans la jeu-

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