‹ SermonsChapitre 14 sur 37 · CARACTÈRE DE L AYEVGLE-NÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE L AYEVGLE-NÉ

verra, on lisait les oracles concernant la venue du Mes» sie, pendant que le Messie était déjà dans le monde, les accomplissant! Un homme tel que Taveugle-né n'est certainement pas resté étranger au mouvement religieux qjui agitait alors tous les esprits. De toutes parts on s'occupait des monuments, des lois, des oracles de l'ancienne alliance^ le nom des anciens prophètes était dans toutes les bouches ; le bruit des prodiges opérés par Jésus de Nazareth remplissait la Judée *, l'idée que le ciel se mettait comme autrefois en relation avec ce monde par l'envoi de messagers divins, était devenue fami* lière; l'accomplissement des prophéties semblait pro* che, et le Messie de toutes parts était prochainement attendu. Aussi, quand on étudie avec soin le récit, on trouve que deux icjiées religieuses germaient pour ainsi dire dans l'esprit (le l'aveugle-né et n'attendaient que le moment de porter leurs fruits; la première : nous sommes dans un temps où des prophètes paraissent; la seconde : nous approchons du temps où le Messie paraîtra!

J'évite, en ne lui accordant rien de plus, l'apparence même de ^exagération ; elle nuirait à ce récit, où chaque ligne est une preuve, où chaque mot est un traiit de naturel et donne à tout le narré cet air simple de vérité qu'aucun art ne peut imiter. Il y a même un degré de vraisemblance de plus en ce que le nom de l'aveugle est passé sous silence; d'ordinaire, ces malheureux qu'une infirmité désespérée condamné à une mendicité fixe et régulière sont connus, sans que l'on sache comment ils se nomment, et l'évangéliste, sûr de l'exactitude de son récit, a jugé inutile d'essayer d'obtenir cette informa-

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tion de plus. Voilà, mes Frères, comment un témoin véridique raconte; les menteurs ont grand soin de dire comment s^appellent les personnages qu'ils introduisent.

III. Mais qu'importe que son nom soit perdu? sa mémoire ne peut périr. C'était un de ces hommes qui n'ont besoin que d'une occasion pour déployer l'énergie de leur âme; elle s*est offerte quand le Christ lui a rendu la vue. Dès ce jour, une foi profonde a rempli son cœur, et le premier caractère de cette foi est sa prudence. Oui, l'aveugle-né est prudent dans sa nouvelle croyance. Mes Frères, personne ne doit croire sans bien savoir pourquoi il croit, sans bien savoir sur quelle base il fonde sa conviction, sans être en état de dire quelles preuves l'ont convaincu. Ne me citez pas ici l'exemple de ceux qui croient par habitude héréditaire, par droit de naissance, qui croient simplement ce que leurs pères ont cru, qui sont chrétiens parce que dans leur jeunesse on les a faits chrétiens. Ce n'est pas là croire ; c'est imiter, c'est contrefaire, c'est répéter sans conviction ce que d'autres ont dit; je ne puis compter ces chrétiens parmi les vrais chrétiens; ce sont des Israélites qui ne sont pas d'Israël; leur christianisme est un hasard et non un choix, un consentement. Croire véritablement, c'est savoir pourquoi l'on croit. Sous ce rapport, il est deux extrêmes entre lesquels les croyants se partagent : les uns croient trop et demandent trop de preuves ; les autres n'en demandent pas assez et croient le moins possible. Les uns voudraient appeler au secours de leur foi toutes les sciences, toutes les langues^ toute l'histoire. A l'astro*

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nomie, ils demandent compte de la grandeur de Dieu et de Tordre de ses créations. Â Tétude de la nature qui décore et féconde là terre, ils demandent la .liste des êtres qui la peuplent, et de ses plantes et.de ses métaux, pour y chercher Dieu partout. A la philosophie, ils demandent d^expliquer à leur âme ses facultés et son immortalité. Dans \es annales des peuples, ils veulent suivre jusqu'au bout les voies de la Providence, et quant à TÉcriture sainte, ils ne seront contents qu'après en avoir fait passer chaque ligne au creuset de la critique; dans cette imprudente ardeur d'examen ils veulent faire plus que les anges, ils veulent cotUemrpler jusqu'au jond. Certes, il serait bien de fonder sa foi sur des bases si larges et de ne rien laisser en dehors de sa science religieuse; mais c'est demander l'impossible. L'esprit de l'homme n'a point été fait pour devenir si facilement univeri^el, et la foi diminue à vouloir trop s'augmenter. D'autres esprits, qui tombent dans un excès contraire, se contentent de demipreuves, de probabilités et de vraisemblances, n'achèvent l'étude d'aucune vérité, ne poussent aucune conséquence jusqu'au bout, et se disent : il faut bien que d'une manière ou d'autre cela soit vrai ; mais ils ne s'inquiètent pas comment. L'aveugle-né suit une marche plus sûre ; sa foi est d'une admirable simplicité, d'une admirable mesure, parce qu'elle repose sur une seule preuve et n'accepte que les conclusions qui en découlent. Cette preuve était la meilleure pour lui ; c'était, vous le comprenez, c'était sa guérison, sa délivrance, le miracle dont il avait été l'objet. Relisez ^ne à une ses paroles, ses déclarations, ses répliques ;

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VOUS n'en trouverez pas une seule qui ne se rapporte à ce bienfait. Ce souvenir le poursuit et le domine: il y revient toujoiirs, il en est possédé, il y puisé sans cesse une conviction inébranlable, mais mesurée; il en tire tout ce (jumelle peut donner et rien de plus; il ne croit pas à Paventure et ne s'avance qu'autant qull peut s'avancer. Vous ferez ici Tobjection ordinaire ; vous direz qu'après une guérlson miraculeuse il était facile de croire. Sans que je m'arrête à vous citer tant de pi*odiges qui n'ont produit aucune foi, aucune reconnaissance, songez à ce qui s'était passé et mettezvous exact^ent Ma place de Taveugle-né; il n'était point disciple du Christ, et il avait simplement entendu une voix humaine lui dire : Fa, et te lavé à la fotUaine de Siloé'^et depuis sa guérison il n'avait point rencontré son bienfaiteur; il ne savait même où le trouver. D'où naissait donc en lui cette foi si simple et si forte? mes Frères, de cette circonstance si étrange qui commence le récit, dé cette circonstance contre laquelle l'incrédulité a osé s'élever et qui est une admirable preuve de la sageisse du Christ. Il avait mouillé de sa salive un peu de poussière et touché les yeux de l'aveugle. Cette simple précaution, Jésus l'a prise pour mettre l'aveugle dans l'impossibilité de rap^rter sa guérison à une autre intervention, à une autre cause. Il s'agissait de convaincre un aveugle-né : comment aurai^il pu mieux savoir qu^une vertu était sortie de Jésus? Vous ne trouverez aucun moyen plus sûr. Si le Christ n'avait fait que lui parler, conmient auràit-il su à qui appartenait cette voix? Si le Christ n^avatt fait que lui toucher les yeux, comment auraijt'il su de

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