CARACTÈRE DE L AVEUGLE-NÉ
qui il avait senti la main effleurer sa paupière ? Mais le Fils unique de ce Dieu qui a semé les astres comme de la poussière dans les cieux ne croyait pas s^humilier en touchant à la poussière de la terre. Au lieu de guérir le pauvre aveugle sur le lieu même, il Tenvoie à quelque distance, à la fontaine de Siloé-, il lui laisse ainsi le temps de se préparer à sa délivrance et d'y réfléchir d'avance. La poussière qui couvre ses deux paupières Tempêche d'oublier à qui il devra une si grande joie, et s'il reçoit la vue au moment où l'eau de la fontaine détachera cette poussière, à.qui devra-til ce bienfait, si ce n'est à celui qui l'a mise sur ses yeux éteints? Il arrive au lavoir de Siloé... Je ne tenterai pas, mes Frères, de vous décrire les émotions d'un moment pareil; disons simplement avec l'Évangile : // y alla^ se lava^ et il revint voyant !
Et admirez maintenant, admirez comment cette simple précaution du Christ a réussi ; admirez la foi qu'elle a produite ; voyez à quel point l'aveugle en a été frappé ; avec quelle exactitude deux fois, d'abord devant ses voisins, ensuite devant les pharisiens, il raconte une à une ces circonstances , et comme il appuie sur la principale. Tout le reste, il l'ignore ; mais cela, comme il le sait bien ! Qui fa guéri ? lui demande-t-cm de toutes parts. C'est celui gui m'a mis cette poussière sur les yeux, — Où estait ? — Je ne sais, — Nous savons , lui est-il dit, gue cet homme est un méchant. — Je ne sais s'il est méchant, mais une chose sais-je bien, c'est gue j'étais aveugle^ et maintenant je vois. — Nous ne savons, lui dit-on encore, d'oii il est, — C'est une chose étrange qiie votre ignorance, et toutefois il a ouvert
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mes yeux ; et quand on lui demande : Toi , que dis-tu de lui? il répond : Cest un prophète ! Voilà la prudence de sa foi : il ne s'exagère pas même la gloire de son bienfaiteur *, il ne le connaît encore que par un miracle; il ne le considère encore que comme un envoyé du ciel , un ministre de Dieu... Il ne croit que ce qu'il sait, que ce qu'il peut croire , rien de plus, rien de trop.
IV. Quand la foi à ce point est simple et prudente , elle est ferme en proportion ; elle n'a qu'un retranchement, mais il est inexpugnable ; le deuxième caractère de la foi de l'aveugle est sa fermeté. Un événement si extraordinaire ne pouvait se passer sans suites ; le bruit s'en est répandu ; la foule s'est rassemblée, et l'aveugle est conduit devant les chefs des pharisiens. Ici encore ne vous faites aucune illusion sur le changement de son sort. Ce n'était plus , il est vrai , cet aveugle-né , cet homme qui jamais n'avait vu la lumière du jour *, mais c'était toujours ce pauvre, ce mendiant, cet homme sans fortune » sans état , sans travail , né de parents obscurs , dont la vie s'est traînée dans l'oisiveté et l'abandon d'une infirmité sans espoir : voilà l'objet de tout ce tumulte , vcrilà ce privilégié du ciel , voilà ce témoin qui va comparaître à la gloire du Christ; et, pour interrogateurs , pour adversaires , pour juges , il va trouver des membres du premier conseil de la nation, des docteurs de la loi, des princes d'Israël, des sacrificateurs et des scribes , des pharisiens surtout , des membres de cette secte redoutable, la plus nombreuse, la plus vénérée , celle qui règne avec le plus d'empire sur l'esprit de la multitude. Ces hommes , dès le premier moment, dès le premier bruit, ont tout compris ;
m CARACTÈRE DE l' AVEUGLE-NÉ.
ils ont VU à l'instant qu'on venait leur raconter quelque œuvre nouvelle de ce Jésus dont la gloire offensait leur gloire, dont la sagesse confondait leur sagesse, dont la puissance, chaque jour croissante, menaçait leur puissance : jugez donc en quelle disposition d'esprit ils ont reçu l'indigent qui se prétendait guéri par un tel miracle *, tout, tout est contre lui : richesse, 'science , autorité , crédit , grandeur, réputation de sainteté , tout ce .que le monde encense et admire, tout est. du o6té de ses adversaires ; et lui, pour sa part, qu'a-t-ilà leur opposer? la reconnaissance d'un grand bienfait et lie devoir d*en rendre témoignage. Ce devoir,* il est résolu de l'accomplir jusqu'au bout , quoi qu'il en arrive. Son ' premier mot est le clair exposé du fait, de telle sorte qu'on ne puisse ni le dénaturer, ni le contredire : il a mis de la poussière sur mes yeux; et je me suis lavé,, et je vois. Imaginez-vous tout ce sanhédrin, épiant ardemment ce premier mot, espérant un démenti du miracle, espérant au moins quelque obscurité , quelque tei^versation, prêt à se saisir de la moindre apparence de doute. Mais que dire à un tel langage? Il faut croire pu nier. Peut-être sera- 1- il moins tranchant et moins ferme sur l'auteur même du bienfait. On lui demande ce qu'il en pense; c'est un prophète^ répond-il. Quel langage encore ! quelle réplique serait plausible?. Qui anieux que l'objet du bienfait doit connaître le bienfaiteur? Comment contre -balancer l'impression de ce témoignage sur la multitude ? comment... Mes Frères, le plus beau triomphe que l'aveugle remporte est, peutêtre, que, dès le commencement dé l'entretien, dès ces premiers moments ^ les pharisiens ont désespéré de
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l'intimider, de lui arracher le moindre désaveu , de lui faire, sinon rétracter, au moins aiïaiblir son témoignage. Aussi cherchent-ils d'autres témoins , et son père et sa mère sont mandés dans l'espoir de les entendre nier que leur fils ait été aveugle-^ alors les ennemis de Jésus triompheront, et il ne restera qu'une imposture de plus à joindre aux mensonges de ses disciples. Ses parents , tremblants devant le conseil, n'osent ni contester la notoriété de son infirmité, ni soutenir Tévidence du bienfait 9 et renvoient toutes ces questions à leur fds, en disant : JSous ne savons qui lui a ouvert les yeux, il a de rage, interrogez-le. Cette faiblesse était honteuse sans doute; mais, pour l'aveugle délivré, elle était déchirante, et a dû profondément blesser sa piété filiale. S'il est doux de voir partager sa joie par ceux qu'on aime , s'il est doux de se sentir soutenu par eux contre des persécutions, que sera-ce donc quand il s'agit d'avoir été aveugle et de ne l'être plus 5 quand il s'agit de rendre témoignage devant les puissants de son peuple d'une délivrance si extraordinaire? En quel autre jour de sa vie le pauvre aveugle aurait-il dû sentir sa main plus fortement serrée dans celle de son père ? En quel jour aurait-il dû être plus tendrement pressé contre le sein de sa mère?.. .Mais ils l'abandonnent dans sa joie, comme s'il était encore dans son malheur ^ ils l'abandonnent... Eh bien ! trahi de ceux qui devraient se tenir à ses côtés et le soutenir, il ne se trahira pas lui-même. Les caractères les plus fermes, ceux qui résistent le mieux à tous les coups qui. leur sont portés par des bras étrangers , ceux qui savent le mieux braver toute intolérance, toute tyrannie, fléchissent souvent sous la
moindre atteinte d'une main qui leur estçl^re; Tayeugle-né ne connaîtra p^s çe^te faiblesse, et ae ^fiQt à lui-n(ièspie \ c'est eamte^ là le %vski% d'un aveugle aooou* Xvafl^ dès longte^^pa à tûrer toutes ses pensées de son pcopre fond y et quand t^ pl^arisiens reviewen^ à 1% charge et lui disent ; Cfois^noush^q $ur i^xoh ^ 4o»ne^^ gUdi^e à Dii^^ pirm<Nice avec nous ^\^ formule de. seriuexit \ mus $avo»% quj^ çe^ homme ^ un f^icmt » quelle foirce de juste co^tradiotion prése»^ §» répUque: Je^ ne ^û point s'U est méchant; m^is ivi^ ckf>m m^j^ bien^ c'est que fêtais amuj^ ^ ^u/e mmniendi^^ M vous. Cette constance de t^oj^nage^ eijnb^^^isssa de phis ea plus ses habiles interroigateurs -, iis ir^vii^ueut. sur le fait : c'est la ressouicfi accwtuui^ de toul (l^puteur qui ue sait pU^^ cwp^eni ço^t^ter , et 1^ pj^a^isiena de nçKuveau luji deinwdent ; 0^ il^ri^U fyit ; comment q-t-il Ofuv^rt t^s y^if^ î kifm^ ^ spuxc^t un peu de bauteuf si^ pèle k b^uQwp 4e ^^té» aUv^s le p^uvre^ la^ti^é et incité 4'eut!^d[Fe a^ r4yof{«^r e^ 4cn^^ un fait que tQui cpçArnpu^^ a'^rnpprte u^ iU(M9Wt et s'in^ (jUigue i c'es( avec u« s^^e^ d'i^patieucç et de^ dédaia qu'il huniilie ses sup^r|)e$; adversaires en leur jetant cette ironie poigni^te ; J^ vo9/^s l!ai ééjH, ditj et vofus ne V(wezfiointécwUé;pomqwiHvo^:^^^^ Ymlesrvous am$i être seA 4is^i^l^ l A Viasla^t Is^ ^èc^ change, ce ^&bX ces scfibes si vénéiés» ces dioct^eu^ si saiu,tSk« ^i Si'emporlesii et s'absy^nt j^i^u'à îujunjev leur inférieur^ et le pau:^^^^ au cen^traise y irepreud t<m| son calme. Smym la fin du récit ^ pesez chaque mot des discours, et voyez si d'un côté il; n'y a pas tpute l'acri* mooie , b cplère laal contenue ^ la rage mal déguj^
GÀRACTÊÂE DE I,*AVEtJGLE-NÉ. 147
qui sied à des ettnetnif» de lu vérité, et de Taulre, après un seul mot où respire un reste d'iroiiîe , le calme et tranquille langage d*un homme de bien , sûr de ce quil dit. Voyez tous ces princes d'Israël ^ pour se consoler d'un si grand miracle, s'avilir jusqu'à insulter un pauvre mendiant des rués de leur ville : Toi, s'écrient-ils, sms son disciple ; pour nous , nous sommes disciples de Moise ; nxyus savons que Dieu a parlé à Moïse ; mnis pour celui-ci^ Hotte m siBLVons d'oit il est. Ainsi parle l'orgueil j et vous te réconnaissez à ces traits : ce que nous savons et ce que nous ne savons paé \ voilà, voilà toute la distinction qu'il aime à faire , en ajoutant en secret : ce que nous savons est tout ; ce que nous ne savons pas n'est rien. Mais un langage pareil est imprudent devant un homme tel que le pauvre aveugle^ plus ses adversaires s'irritent , plus il se calme , et comme il reprend tous les avantages de sa fermeté tranquille , comme il confond et repousse leur dédain en cette réponse : Certes , c'est une chose étrange que vous , les docteurs d*f sraêl, vous qui enseignez tout ce peuple , nJe sachiez point d'oii il est , et toutef(fis il û ouvisrt mes yeux ! Eniin^ pour dernier trait de cette scène étonnante, voyez le sanhédrin de Judée instruit par le pauvre aveugle \ suivez la justesse de ce raisonnèmeht où chaque mot a sa force, et cherchez en écoutant, cherchez ce que le sanhédrin pouvait répliquer* iVoii^ savons que Dieu n'exauce point ieis méchants. 4* Que répondront les pharisiens , si ce n'est : Il est vrai ! Mais si quelqu'un est serviteur de Dieu et fait m volonté^ Dieu i'eœatiûe; que répondront les pharisiens : Il est vrai ! Et a-t-^h jamais oui dire que personne ait oUVert les yeux d'un
i48 CARACTÈRE DE l'avEUGLE^MÉ.
aveugle^né? Que répondront les pharisiens?... Il est vrai... et si celui-ci n'était point de JHeu^ il ne pourrait rien faire de pareil.,. Que répondront les pharisiens : Il est encore vrai.,. Ainsi donc, celui qui a ouvert mes yeux, celui dont vous dites que vous ne savez d^où il est, celui-là est de Dieu !... Jamais, chrétiens, jamais la foi n'a inspiré de raisonnement plus juste et de langage plus ferme ; jamais n*a été mieux anéantie la sagesse des sages et mieux confondue l'intelligence des intelli' gents; c'est ainsi qu'il faut croire, et c'est ainsi qu'il faut déclarer que l'on croit.
Tel s'est montré l'aveugle^né. A peine me reste-t-ii un moment pour aciiever le récit et conduire le pauvre aveugle aux pieds dé son divin bienfaiteur. Quelques traits rapides suffiront, et je livrerai ensuite à vos réflexions le dernier mot qu'il prononce, le plus solennel et le plus grave; celui que chacun de vous a prononcé ou prononcera. Indignement chassé par les. pharisiens, il emportait avec lui sa t^onsolation et sa ressource assurée, il emportait sa foi. Avant sa guérison, il n'était point disciple du Christ, et il avait dit de son bienfaiteur : C'est un prophète l Mes Frères, c'était là le moins qu'il pouvait dire, mais déjà il soupçonnait plus; il soupçonnait que sa guérison était l'œuvre de ce person* nage extraordinaire et saint, de ce Jésus de Nazareth, que l'on disait être le Christ, le Messie, l'attente d*Is^ raêl, et pour qui des multitudes de disciples s'étaient déjà déclarés. L'acharnement que mettaient les pharisiens, ennemis publics de Jésus, à contester le prodige,
GAMGTÈRE DE L AV£UGLE-MÉ. 149
â du nourrir cette pensée dans l'esprit de l'aveugle, et ce qui montre qu'elle lui est venue, c'est cette idée qui pouvait mieux se rapporter à Jésus qu'à personne, c'est ce mot qu'il leur adresse : Voulez-vous aussi être ses disciples?,.. Son esprit était donc mûr pour la foi en Christ; son cœur était prêt pour ainsi dire; c'était une terre bien préparée, il ne s'agissait plus que d'y jeter la semence; la fermeté de son témoignage méritait cette magnifique récompense; le Christ, dans un entrelien, que le récit abrège, se fit connaître à lui comme le Fils de Dieu , et le pauvre, tombant à ses pieds, s'écria : J'y crois, Seigneur!,.. Mes Frères, cette foi a-t-elle été dans son âme l'œuvre d'un jour, d'un moment?
De l'intelligence de ce récit et du développement de ce caractère, il y aurait une multitude de leçons à tirer. Je n'en prendrai qu'une seule, la* plus vaste, et peutêtre la plus importante.
Conversion, régénération, sanctification, tous ces mots dont a tant abusé, désignent une seule et même chose : Taccomplissement du but de la vie, le retour vers Dieu, et sa ressemblance reconquise, le progrès de l'âme et une préférence décisive donnée au bien sur le mal.
Qu'à ce changement profond et intime, à cette résolution de dévotion au devoir, à cette amélioration de notre être spirituel et moral. Dieu nous aide, nul ne peut en douter, à moins de n'admettre une Providence que pour le monde matériel, une Providence pour les soleils du firmament et pour les grains de sénevé, mais qui ne s'inquiète point des esprits et des cœurs^ des vérités, des affections, des vertus.
150 GAÈJlGTèRB jm l'AYEVOLÏI'NÉ.
Celte conversion, cette régénération pètiirent-elles s'accomplir en tin moment, en un jour^ de telle sorte, que Ton s'endorme incrédule ou itidiflerent, et qu^on se réveille fervent et fidèle ; hier un réprouvé, aujourd'hui un saint?
Dieu peut tout, dit-on*^ le temps n'e^t rien devant lui, et, d'une façon instantanée et subite, sans lenteurs et sans préparations, il peut renouveler le cœur humain ; il peut changer, sur le chemin de Damas, un persécu-^ teuren apôtre, ei sur le sommet du Calvaire un malfaiteur en pénitent.
Dans ces exemples si souvent cités d'un accent de triomphe, oii oublie que Saul avait été témoin de la mort d'Etienne, et de Fimpuissance des persécutions pour détruire TÉglise; on oublie que le malûiiteur repentant, compagnon de mort du Christ, sortait de la solitude d'une prison où longtemps le supplice avait été présent à sa pensée; on oublie qu'il veifâtt d'assister aux vertus dû Sauveur lui-même, pendant cette matinée terrible. 11 serait insensé de soiftemir qu'il est impos-* 9ible de rompre en une Ma avec le mal. H serait ilisensé de nier que la Providence, quelquefois, jette datf s liatrt destinée une vicissitude soudaine ou de bonheur où de malheur , jette devant noê pas un eniemple, un danger, nn deuil, tels que l'être humain se sent ému jusqu'au plus profond des entrailles et qu'une révolution subite s'opère* Mais ces secousses, toujours si ràred, et qu'il serait absurde de rechercher et coupable d'attendre, préparent là r^énératioA et ne l'achèvent pus. L'ordre habituel de la Providence est une marche régulière, progressive, mesurée vers le bien, et la régénération n'est
CARACTÊMÎ DE l' AVEUGLE-NÉ. 151
pas, si j ose âidl^i parler, une bonne fortune d'un moment, mais l'œuvre de notre vie entière; elle commence avec notre vie religieuse, elle ne finit qu'avec elle. Dieu peut tout, sans doute, excepté de fausser la nature humaine qu'il a faite et de contraindre la liberté morale qu'il a âimnée.
Voyeï l'aveugle-hé. 8'il est un caractère assez longtemps replié sur lui-même pendant la solitude de la Cécité, et cependant asâèz énergique pour entrer du premier pas dans utie Vie nouvelle, certes, c^est le sien. Et 6i, danë Une destinée dliomme, il s'est jamais produit un âotidalll changement, immense et inespéré, assez complet porir î'enouVeler le COeùr entier, c'est le bienfait , le miracle qui lui est accordé. Qu'arrîve-t-il ? Le Seigneur tetit-l! qu'il ^e convertisse à l'instant? Estrce uiié foi etltlëre qui lui est inspirée et dehiândce? Le Juif, eu un jcrur, â-t-it fait pl£(ce au chrétien , et la lumière de la foi vlènt-elîe avec toute sa clarté éclairer soo âtue, cominè la Itrmifire du jour lui a été rendue tout à tioùp.i... iVon ; le Christ tië §e fait point connaitfe si titê-, il \e laisse à lui-méMe^ il éprouve cette foi Uaissaule; il lui dotitié le tetUps de la réflexion ^ il ne lui vient point eu aidé dans cet luterrogatdire qui était une persécution , et ce n'est que plus tard, après un intervalle de temps indéterminé, que le Christ achève de dévoiler sa mission et sa gloire. Voilà, mes Frères, comment l'ordre accoutumé de la Providence et la marche naturelle de l'esprit humain* s'allient avec l'ordre exceptionnel des miracles: voilà comment l'homme est toujours homme, niéme sous le coup d'un prodige divin-
152 CARACTÈRE DE l' AVEUGLE-NÉ.
Instruisons-nous à ce frappant exemple. S*il y a eu pour nous dans le cours agité de nos jours quelque réservoir de Silpé, où la bonté de Dieu nous ait fait puiser, contre toute attente, une délivrance, une grâce, une félicité inespérée; et si Tardeur de notre reconnaissance a ranimé notre ardeur de zèle, d^amour et de foi, que ce soit pour nous un point, 'non d^ arrivée, mais de départ vers la sanctification. Nous nous convertirons mieux, en ne croyant pas si facilement à notre conversion. A chaque jour suffit sa peine pour la régénération comme pour tout. Les progrès accomplis trop vite sont féconds en rechutes. Dieu est trop grand, pour qu'on puisse le contempler en un instant, et quelques encouragements que la Providence ait semés dans notre vie, quand les sources de Siloé jailliraient de toutes parts devant nos pas, quand le salutaire orage de Damas brillerait sur nos tètes, quand Texemple même de Jésus nous aurait émus autant que le converti du Calvaire, appliquons -nous toujours le mot de saint Paul : Je ne me persuade point d'avoir atteint la perfection; mais je laisse les choses qui sont en arrière et je poursuis ma course vers le but de la carrière pour remporter le prix auquel Dieu m'appelle par Jésus^Christ!
La piété a les promesses de la vie présente et de celle qui est k venir.
/r» ÉpUre à Timothée, IV, 8.
Mes Frères,
Quelles vastes et sublimes promesses sont faites à la piété dans cette simple et imposante parole ! La vie présente et celle qui est à venir ycpie de choses dans ce peu de mots, et quelle immense et riche perspective ils ouvrent à rimaginatiouy à l'intelligence et surtout à la foi ! La vie présente^ c'est-à-dire tout l'intervalle compris entre le berceau et la tombe, et tout ce qui comble pour nous cet intervalle incertain, tout ce que la Providence y jette de joie et de tristesse, d'épreuves et de devoir 5 la vie présente, c'est-à-dire notre temple, notre famille et' notre patrie, toutes ces douces et pures aifections qui rem* plissent nos cœiirs, et les deuils que nous avons à revêtir, les larmes funèbres que nous avons à verser. C'est là beaucoup sans doute ^ si la piété domine toutes ces choses, son efficace est grande, et je ne connais aucun ascendant qui prévale sur le sien. Cependant, la piété perdrait sa valeur et sa beauté, notre cœur se révoU terait contre sou insuffisance, si sa portée n'était pas plus
longue que cette vie, si elle expirait pour ainsi dire avec nous, si elle s'arrêtait à la tombe et se perdait dans la poudre ; elle nous deviendrait inutile, comme un trop court filet d'eau pure disparaissant dans une stérile poussière. Mais aux promesses de la vie présente elle joint celles de la vie à venir. Pesez bien cette expression si vaste dans sa clarté sublime. La vie à venir! c'est-àdire la vie qui ne finira point, toutes les profondeurs de l'éternité et tout ce que Tétemilé nous réserve de progrès, de science, de bonheur, de sainteté et d'amour, voilà le domaine de la piété ^ elle embrasse donc toute notre existence et se l'assujettit tout entière *, non pas seulement cette existence incertaine, rapide, imparfaite et souvent remplie de privations et de tristesse qui nous est donnée pour ce monde, mais cette existence meilleure qui nous e^t réservée pour un monde différent. Il faut pour remplir ce double but et servir à ces deux fins, il faut que la piété, dont l'Âpôtre parle dans le texte, puisse revêtir deux caractères, convenir au monde et au ciel, être terrestre et céleste à la fois, simple, facile, conciliante comme il est nécessaire pour le temps ; élevée, sublime, pure comme il est nécessaire pour l'éternité. La foi, Tadoration, Tamour, la prière, tout cela ne peut avoir dans la vie future les mêmes caractères que dans la vie actuelle; nous ne sommes que des hommes faibles, imparfaits et déchus ; iious ne sommes point des anges nourris dans la gloire, ni des fidèles déjà sanctifiés pour jamais, et vous ne pensez pas que vous croirez, que vous prières, que vous aimerez dans l'éternité comme vous le faites maintenant. La piété, telle que le texte la définit, doit donc savoir à la fois se plier aux
besoins de la terre et se préparer aux gloires de Téternité. Enfui^ pour remplir les deux conditions que le texte lui imposç, la piété, quoique habitante pour ainsi dire de la terre, doit bous venir du ciel ; elle doit être de céleste origine \ san$. cela, elle s^épuiserait dans cette ïie; elle mourrîttt avec nous ; elle finirait pour chacun au bord du sépulcre, et vous savez qu'elle ne s'y termine pas : elle a le$ promesses de la vie à venir.
Ces principes $ont d.'une irrésistible évidence, et c'est au-delà de ces premières pensées que les difficultés commeiicent; la piété, il est vrai, a les promesses et du inonde et du ciel^ mais quelle piété, dira-t-on? Voilà rinévita,ble question à laquelle malgré soi Ton arrive, et au milieu des diversités de culte, de secte et de foi, comment se reconn^tre^ où jeter l'ancre? Quel terrain sera a^sez ferme pour la retenir, ballottée comme elle l'est toujoiurs entre les flots contraires de la vie et de la Eoort? Et parmi tant d^ piétés diverses, de quelle piété peut^n dire que les promesses lui appartieiment ? Regardez autour de vou3 dans la société et dans la chrétienté d'aujourd'hui I Us sont pieux en grand nombre nos çoacitoyens qui ont conservé le culte que nos pères ont réformé ^ ils sont pieux en grand nombre ces chrétiens qui, vers l'orient de l'Europe, s'étaient séparés de Rome longtemps avant nous et par un autre chemin. Et sans aller chercher hor$ de la réformation plus d'exemples, ils sont pieux en grand nombre ceux qui croient à une rédemption et à un sacrifice, à un salut par Christ et par Christ crucifié, et ceux qui croient de plus que cette mort a été expiatoire et que Jésus a consenti, non pas seulement à remplir une mis-
i56 LES DEUX PROMESSES
sion, mais à subir un châtiment ; ils sont pieux en grand nombre ceux qui croient que Phomme est faible, misérable, déchu, et que ce que la foi nomme Tesclavage du péché, c'est ce que la philosophie nomme passions et tempérament, et ceux qui, allant plus loin, croient que Thomme est dans l'impuissance absolue de vouloir et d'accomplir le moindre bien par lui-même ; ils sont pieux en grand nombre ceux qui croient que Dieu sait tout, que l'homme est libre, que personne n'est ni condamné ni sauvé d'avance, et ceux qui, allant plus loin, croient au décret étemel d'une irrévocable et irrésistible prédestination. Partout, dans toutes les communions et dans toutes les sectes, partout, il y a de la piété ; mais la piété évidemment suit la foi , et en dépend ^ les diversités de croyances s^y reflètent, et ainsi se représente, terrible et triste, la question : de quelle piété est-il dit qu'elle a les promesses de la vie présente et de la vie future? Terrible et triste! Non, mes Frères 5 de loin, je' l'avoue, ce doute afflige et eflraie^ examiné de près, ces terreurs et ces tristesses se dissipent, et sans porter la question hors du christianisme, quoique les mêmes principes s'appliquent et à l'antiquité païenne et à l'humanité entière, j'espère vous montrer que toute piété sincère a les promesses de la vie présente et de la vie future. Etudions d'abord ces promesses en ellc-mêmes, et le signe caractéristique de la sincérité en jaillira comme la flamme s'élance du foyer.
f . La piété chrétienne domine la vie, la mort et l'im^ mortalité, et les domine toutes trois avec une force
égale. Elle ne pouvait rien faire de moins, je dois vous le redire, et nous la rejetterions comme insuffisante si elle ne répondait sans cesse à ces trois besoins de notre nalure, parce que vivre, mourir et renaître, voilà notre sort.
Considérez un moment cette vie^ voyez ce que rhomme peut en faire, et voyez si, de quelque manière qu'il s'y prenne pour subir sa vie, voyez si la piété ne peut pas aussitôt venir planer pour ainsi dire sur toute cette existence et la soumettre à son influence souveraine. Les promesses de cette vie, que sont-elles? Consultez votre expérience, elle devancera de pensée en pensée toutes mes paroles ^ les promesses de cette vie, c'est un peu de joie; qui n'en a point goûté-, qui n'a pas eu de bons jours dans sa vie; qui n'a jamais vu le ciel s'entr'ouvrir quelques moments au moins sur sa tête et lui envoyer un doux rayon de soleil ; qui, mes Frères, n'a jamais vu l'azur? Dans tous les cieux de notre monde il y a un peu d'azur de temps en temps pour tous -, le partage est bien inégal, et les orages qui passent vite sur les uns semblent s'arrêter comme par choix sur les autres 5 mais l'ingratitude seule accuse la Providence d'oubli et se persuade que Dieu opprime à plaisir ses enfants. Ce peu de bonheur que promet cette vie, comment l'embellirez-vous? Comment lui donnerez-vous plus de durée et plus de charme ; comment y trouverezvous de ces douceurs secrètes et imprévues qui en centuplent le prix? Par la piété, par la piété qui vous rappellera que la science si bien étudiée par saint Paul d'être content de la situation oii Von se trouve, peut être apprise par tous ; et qui vous forcera vous-même à dire comme
158 LES mVlL FBOMESSES
le patriurche, quelque modeste qu'ait été votre fortune et courte votre joie: Seiffneur^j^ suis trop petit au prix detesbiev^aitsi
Les promesses de ioÂe» la vie préseste les entremêle toujours à des promesses de peine et de deuil, et de cette vérité, mesFrère$, je nevotus donnerai aucune preuve \ car si l'on trouve quelquefois des inforfcanés qui disent : il n'y a point de bonheur sur la terre, jaoaaia on n^a trouvé d*heure«ix pour dire : il n'y a poinl de malheur. £b iHen ! la pîété> quand un chagrin cui* sant et profond est jeté dans la balance cte la vie , la piété seule peut jeter à celé im contre-poids qui fasse équilibre au moment et qui remporte plus tard -, c'est dans le temple, c'est dans la inaison de prière où l'on ai prié avec ceux que l'on aimait , c'est en présence de Dieu, c'est l'Évangile à la main que les larmes perdent leur amertume , parce que toutes les larmes qui peuvent couler de nos yeux n'effaceront jamais un iota de cette sublime parole : Bienheureux s(mt ceux qui pieurentj car Us seront, consolés; promesse que le monde, qui met si souvent le désespoir à la place du chagrin, prend pour une ironie cruelle et décevante , promesse qui n'appartient de droit qu'à la piété!...
Heureux encore si nous ne versions dans celte vie que des larmes de tristesse ;. trop souvent doivent s'y mêler celles du repentir j et nous avons tort de gémir plus de nos malheurs que de nos péchés, car nos trao»gressions au fond sont nos véritables et nos plus tristes malheurs. Admirez ici encore la puissance de la piété. Le monde indulgent et flatteur se lève alors et dit : N'avons^nous pas tous des passions et tous des défauts;
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ne sommes-nous pas jeunes chacun en son temps *, qui a promis d^être parfait,... et ces fallacieux accommodements endorment un moment la conscience sans calmer le regret, sans ôter au péché ses déceptions amères ; la piété, au contraire, élève alors sa grande voix, dit à David : Tu es cet komme4à , et d'une voix plus douce bientôt elle ajoute : V Éternel a effacé ton péché; tu ne mourras point! et la vie morale et religieuse, la vie de progrès et de sanctification recommence, tant il est vrai que la piété a les promestes de la vie présente.
Ne vous étonnez pas qu'elle puisse être victorieuse de la mort , puisqu'elle Test du péché pour l'eflacer et du repentir pour l'adoucir; la piélé domine la mort, soit qu'on la subisse , soit qu'on la voie subir ; elle la domine au point de changer les gémissements en cris de victoire , les ténèbres en lumière , les angoisses en espérances, les derniers adieux en adieux pour un jour. Mais seule elle a reçu de Dieu ce divin pouvoir, et si vous comparez une à une à la puissance de la piété les vaines ressources que l'homme a imaginées contre la mort, vous ne trouverez rien qui y ressemble. Voyez le matérialisme. On est tristement occupé à mourir; et il dit : Pourquoi vous plaindre et murmurer ; vous suivez la loi commune des corps * vous tombez en poussière, parce que vous n'êtes que poussière; la machine est usée; elle s'arrête, et ce que vous appelez trépas, mort, pourriture, n'est qu'une simple séparation de parties; vous mourez comme meurt un arbre, quand sa sève est épuisée, et la seule diflérence entre vous et lui est qu'il vit plus longtemps que vous ; mais il mourca à son tour... On est tiislement occupé
à mourir, et d^autres rêveurs arrivent et disent : Vous allez vous réunir au grand tout, vous confondre avec la nature, vous perdre dans l'univers ; votre vie ne cesse point ; seulement elle rentre dans la vie universelle; c'est une étincelle qui rejoint le foyer, et il est naturel qu'elle y disparaisse; les gouttes d'eau sont faites pour se mêler à l'océan et s'y engloutir; les bulles d'air sont destinées à se disséminer dans l'atmosphère et à s'y évanouir; la mort est une absorption... On est tris* tement occupé à mourir, et cette philosophie qui ne sait que douter arrive et dit froidement : Les avis sont partagés ; il se peut que la mort soit un sommeil , il se peut qu'elle soit un anéantissement ; les apparences sont pour le néant, si les raisonnements sont pour le sommeil; patientez un peu; vous saurez bientôt ce qui en est... Et voilà ce que le monde appelle de la sagesse! Voilà ce que de malheureux mortels ont pris pour des consolations! Ah! ce sont des consolations trompeuses dontForgueil peut se repaître, mais qu'un deuil profond repousse avec horreur comme ces fantômes de la nuit auxquels on est toujours tenté de dire : que voulez-vous de moi?... Au milieu du silence des tombeaux, la piété vient tenir un bien différent langage. Il y a un Dieu au ciel, s'écrie-t-elle, et il se nomme l'Éternel, et ses enfants ne peuvent périr, et le moins qu*ait pu nous donner un Dieu éternel, c'est l'immortalité ; il est venu un .Sauveur, et s'il n'y a pas d'immortalité, qu'est-ce que son salut? une déception stérile à la-^ quelle il n'a rien gagné lui-même que de mourir sur une croix... Et versant ainsi à pleins flots d'immortelles espérances dans le cœur du mourant, la piété
brise un à un les aiguillons de la mort et démontre la certitude d^un paisible réveil , où Ton ne voyait qu'anéantissement et décomposition y d'éternelles ténèbres et des séparations étemelles aussi.
Elle nous parle ainsi de la mort, parce qu^avec la même assurance elle peut nous parler de l'immortalité ; à la piété seule appartiennent les promesses de la vie à venir. Mes Frères , je ne viens point devant vous faire injustement à la raison humaine son procès; il est vrai que la raison a constamment entrevu Timmortalité, et quand on a osé dire à Thomme que le néant l'attendait, il n'a pas su toujours réfuter le mensonge ; mais presque toujours il a su que l'on mentait. Seulement, quelle sorte d'immortalité prévoyait-il? Une immortalité toujours modelée sur la vie. Dans l'antiquité, les héros des premiers peuples espéraient dans la vie future retrouver leur gloire et leurs armes; loin de nos climats, le pauvre sauvage jette dans la fosse de son ami les instruments et les trésors qu'il aimait le plus, afni qu'il les retrouve, et parmi nous, voyez ces hommes dont la raison a fait tous les progrès hors ceux de la foi, ces savants qui savent tout hors la seule chose nécessaire , et qui ont étudié tous les livres, hors le seul livre divin, ils croient à l'immortalité; mais qu'espèrent-ils surtout pour la vie future? continuer leurs études, découvrir tant de secrets qui leur échappent encore, et savoir bien des choses qu'ils ne savent pas; voilà les promesses de leur science. La piété a toutes ces promesses-là , et je le crois fermement , quand l'âme brise sa chaîne et laisse tomber ce corps de poudre, le voile qui nous cache la vérité tombe avec lui;
création et nature, Providence et rédemption, vie et éternité, sphères célestes, myriades de mondes bril-* lants dans l'espace, gloire de Christ et gloire de Dieu , oui , tout , tout nous est donné à connaître. Et cependant la piété a des promesses meilleure» encore : promesses de pardon, nous serons pleinement alors réconciliés avec notre juge suprême, et il mettra loin de sa face toutes nos tristes transgressions qui lui déplaisent ^ promesses de sainteté : Celui qui est mort est affranchi du péché^ et aucune tentation ne nous poursuivra dans les cieux ^ promesses de bonheur : nos dernières larmes auront coulé, elles seront taries, et une pure joie inondera notre âme devenue digne de la goûter ; promesses d'amour : il nous sera donné d'aimer encore et d'aimer mieux que dans ce monde ceux que nous aurons chéris avec tant de bonheur et pleures avec tant de regrets ; promesses enfin d'union avec Dieu ; nous serons plus près de Dieu, notre Père ^ tout sera assujetti à Christ et Christ sera assujetti à Dieu, et Dieu sera tout en tous ; toutes choses seront faites nouvelles; Jésus ne perdra aucun de ceux que le Père céleste Fui a donnés, et ces promesses magnifiques qui répondent à tous les besoins de notre être et à tous les éléments de notre nature, ces promesses que vous chercheriez en vain auprès de tout ce qui est puissant, de tout ce qui est aimant et bon, de tout ce qui est sublime sur la terre, ces promesses, la piété les a.
11. Tels sont, mes Frères, les privilèges et les droits de la pieté, ci plus ces garanties que seule
elle peut nous transmettre sont élevées, plus il importe de déterminer avec netteté et certitude à quelle sorte de piété elles appartiennent.
Le première réponse est facile, elles appartiennent à la piété chrétienne; c'est d'elle seule qu il s'agit, et encore une fois j^'évite à dessein de transporter la question hors du christianisme; le champ est assez vaste pour ne pas en sortir. Mais dans la chrétienté même, il y a, je vous l'ai rappelé, il y a plus d'un genre de piété, puisqu'il y a diversité et de culte et de foi. A quel signe reconnaître celle à qui appartiennent ces promesses magnifiques? Mes Frères, elles appartiennent de plein droit à toute piété sincère. La sincérité, voilà le seul niveau qui puisse peser également sur tous les chrétiens ; tous ont droit d'examiner et par conséquent de conclure ; tous ont droit d'ouvrir l'Évangile et d'y chercher leur foi; la sincérité, voilà le premier caractère que l'œil sans cesse ouvert du juge suprême chercher au fond de nos cœurs. S'il avait voulu que nous eussions tous la môme croyance, s'il avait voulu que tous nous répondissions de la même manière à cette question du Sauveur : Qui disent les hommes que je suis ? Dieu aurait arrangé autrement la révélation et la raison ^ il aurait établi entre elles une autre harmonie. Mais non ; il a pris soin qu'un livre fût écrit, un livre seul inspiré entre tous, et il a dit aux hommes : Voilà ma parole -, cherchez-y la vérité. Est-il possible que tous nous comprenions ce divin volume de la même manière? C'est demander que toutes les intelligences, toutes les imaginations, toutes les sensibilités et même toutes les éducations soient égales, . soient pareilles-, c'est demander le contraire de ce qui
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existe, le contraire de ce que Dieu a fait, et puisque chacun a son degré de lumière et sa mesure de grâce ^ quel moyen reste-t-il d'arriver à une foi que Dieu approuve, à une piété qui transmette les deux grandes, promesses : ce moyen , c'est la vérité, quand on peut et quand on ne le peut pas, quand une involontaire erreur la voile et affaiblit sa clarté, c*est la sincérité; qui a devant Dieu la même valeur.
Mais quûll me direz-vous, queces différences portent sur des points secondaires, il importe peu; ne faut-il pas, au contraire, pour que la piété réussisse à dominer la vie, la mort et Timmortalité, qu'elle s'appuie sur une foi entière aux vérités fondamentales qui sont la base du christianisme?... La base!... Où est-elle .^ qui nous la montrera? qui, faisant le tour entier de l'édifice immense, peut s'arrèler et dire : Voilà la pierre angulaire, la tnaitresse pierre du coin? qui décidera de ce qui est accessoire et de ce qui est fondamental, séparera en deux parties le christianisme, et dira au monde : Cela, vous pouvez le rejeter sans risque ; ceci, il faut le croire sous peine de perdition? Où est sur la terre l'autorité qui assumera une responsabilité si terrible et qui décidera cette question d'éternité? Y a-t-il donc un inspiré, un prophète, un envoyé de Dieu, un représentant du ciel, un garant divin de la vérité, présent et vivant au milieu de nous, pour nous dire de la vérité: La voilà! Soumettez-vous, et croyez!... 11 est évident, mes Frères, que cette autorité n'existe pas. Nous sommes tous faillibles, et chacun de nous doit dire à son frère : J'ai lu l'Évangile -, j'ai prié Dieu , et je crois à l'Évangile interprété en tel sens ; mais je puis me
tromper... je puis me tromper! Âh! si ce mot-là terminait toutes les confessions de foi, tous les exposés de doctrine, nous croirions chacun selon notre conscience, tous les anathèmes seraient réduits au silence, la paix régnerait dans la chrétienté entière, toutes les Églises seraient sœurs, et il n'y aurait vraiment qu'un seul troupeau comme il n'y a qu'un seul pasteur.
Je demande, me direz-vous, ce que Dieu a déjà fait ; c'est l'Évangile même qui est le meilleur interprète de l'Évangile ; c'est la révélation qui distingue ce qui est accessoire et livré au doute de ce qui est fondamental et obligatoire. Appelons-en donc à TÉvangile et voyons s'il en est ainsi. Voici un moraliste qui ouvre le livre sacré et qui lit: Ces trois choses restent, la foi, l'espérance et la charité; niais la plus excellente, c'est la charité; l'entendez-vous bien ? s'écrie-t-il 5 la charité vaut mieux que la foi ^ qu'importent donc vos ténébreuses disputes et vos dogmes mystérieux ; la morale, voilà le fond de la religion ; la vertu, voilà la base du christianisme... Et voici un théologien qui lui répond : Jésus a dit : Moi et le Père sommes un ; niez cette doctrine : que vous restera-t-il du christianisme : vous vous faites alors une idée fausse de l'auteur du christianisme et qui connaît mal l'ouvrier ne peut bien connaître l'ouvrage*, l'union de Jésus et de Dieu, la divinité du Sauveur, voilà la base du christianisme... Et enfin, voici un philosophe qui vous rappellera que, selon saint Paul, il y a un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, savoir, Jéstts-Christ, homme ; vous voyez bien, ajouterat-îl, que par ce mot homme, qui termine avec tant de force la phrase et la pensée, saint Paul montre assez que
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la vie du Christ en ce inonde, sa vertu parfaite, sa sainteté irréprochable est Tessentiel de TÉvangile; voilà donc, voilà la base du christianisme... Mes Frères, je vous le demande encore, qui décidera entre eux; qui lèvera ici tous les doutes, et dévoilant le soleil de justice, chassant tous les nuages qui Tentourent, nous contraindra de ne marcher qu'à sa pure lumière? Et que fera donc le Seigneur lui-même, quand une piété puisée à la source qu'il nous a ouverte, à la source de l'Évangile, une piété qui aura sincèrement cherché la vérité et qui ne l'aura pas trouvée, une piété qui croit avec humilité selon ses lumières, lui demandera les prémesses de la vie présente et celles de la vie à venir; que fera le Seigneur? Il refusera à cette piété qui se trompe de bonne foi, il lui refusera ces promesses et donnera le désespoir à leur place! Non, vous ne le croyez pas; non, cela est r' impossible; toute sincérité est bonne devant Dieu, et , I tant qu'il ne s'élèvera point une autorité infaillible pour ' décider de ce qui est vrai ou faux et de ce qui est accessoire ou fondamental, voici, mes Frères, voici ce que nous ferons tous : d'abord, nous croirons sans inquiétude à notre manière, selon notre conscience et notre raison; ensuite, nous revendiquerons toujours les titres de fidèle et de croyant, d'élu et de racheté, de chrétien en un mot, et nous ne les céderons jamais ; enfin, nous ne les refuserons jamais à personne, et si, par malheur, on nous dit : Vous n'avez pas la vérité, la foi, la vie, la grâce, nous répondrons simplement à nos juges : Votre christianisme est bien triste, puisqu'il vous force de croire que l'immense majorité des hommes s'est perdue et se perd; nous sommes plus heureux ; notre christia-
nisine est plus doux, et nous croyons que vous vous trompez, mais vous vous trompez sincèrement^ nous rendons hommage à votre piété sincère 5 elle a, comme la nôtre, les promesses de la vie présente et celles de la vie future. Dieu veuille, ô mes Frères, que ces heureuses et tendres pensées pénètrent au fond des cœurs et y régnent avec empire ; Dieu veuille nous inspirer à tous un zèle qui ne recule devant aucun sacrifice et un amour qui ne s'inquiète d'aucun dissentiment. Alors la foi réfoimée verra s'ouvrir devant elle une longue carrière de triomphes^ nous aurons tous les fruits de la liberté sans aucune de ses amertumes; Vunité de l'esprit^ conservera par le lien de la paix; jamais l'occasion ne viendra de prononcer la triste demande : Qui es-^tu^ toi qui condamnes les autres^ et la chrétienté glorieuse, sainte et paisible, atteindra de progrès en progrès le jour où la foi se changeant en vue, les diversités de croyance terminées à jamais iront se perdre et s'oublier dans l'éternelle communion des saints.