‹ SermonsChapitre 16 sur 37 · SERMON DE NOËL · texte numérisé non relu

SERMON DE NOËL

L'ange dit aux bergers : Je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple.

Saint LuCf II, 40.

Mes Frères,

Dans les gi:ands événements de la révélation, dans ces jours extraordinaires où Dieu fait passer toute sa bonté devant des yeux humains et soulève un des coins - du voile qui cache sa providence, il y a toujours à considérer le fait en lui-même et les circonstances qui l'accompagnent, l'intention de Dieu et les voies qui servent à la révéler et à l'accomplir. Étudiez les divers détails de temps et de lieu, sachez comment un miracle s'est opéré, autant qu'on peut entrevoir comment s'opère un divin pFodige ; écoutez chaque mot, remarquez chaque geste, suivez chaque, regard de l'envoyé de Dieu qui va parler en maître à la nature ; observez bien quel vent souffle à travers le désert, quand un des golfes de la mer Rouge entr'ouvre ses flots et laisse passer tout un peuple-, écartez les feuilles dtssséchées et les rameaux flétris du figuier maudit ^ comptez les récoltes de ces fruits et leurs saisons en Judée. Mais dans ces minutieuses recherches, vous avez fait des études d*histoire,

plutôt que de religion ; vous avez consulté la nature bien plus que la Providence^ vous avez demandé à la terre les secrets de ceteinp&4à; vous n'avez pas demandé au ciel les siens , et ce qui vous reste à examiner^ c^est le fond des choses , c'est Tenchaînement des événements ] c'est le but dans lequel Dieu a voulu régler ainsi le cours de la nature et Tordre de ce monde, nous parler autrement qu'il ne parle tous les jours, et ajouter la voix d'un miracle à cette voix constante des cieux qui raconte sa gloire. Tant que vous ne regardez qu'à l'appareil, l'extérieur, l'accessoire, vous ressemblez à ces prosélytes des anciens cultes, qui n'avaient point le droit de pénétrer dans les temples, qui s'arrêtaient sur le seuil ou dans un parvis , et ne savaient rien àfis enseignements et des solennités de Fîntériem' du sanctuaire.

A ces pensées, peut-être, opposerez-vous robjection accoutumée qu'elles rencontrent; est-ce à nous de prétendre sonder les voies de Dieu, approfondir ses intentions, et savoir pourqncH il a fait tant de choses qu'il a faites ; est-ce à nous de prétendre regarder dans ces profondeurs et pénétrer si avant dans ces mystérieuses merveilles? A ces doutes, mes^Frères, je réponds hardiment : oui, c'est à nous! Dieu n'a jamais opéré un prodige, envoyé un fléau, accordé ou refusé un bienfait extraordinaire, ouvert une tombe on fait briller dans les airs une splendeur soudaine, que pour nous instruire ; de quoi sommes-nous instruits , si nous ne faisons attention qu'au signe et non à ce qu'il signifie; de quoi sommes-nous instruits, si quand Dieu fait retentir une voix dans les airs, nous écoutons seulement ce bruit

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harmonieux ou terrible, sans savoir quelles paroles elle prononce, quelles pensées elle exprime. Nous sommes alors simples spectateurs des œuvres du Dieu fort; nous les regardons comme de vaines pompes; nous les écoutons comme de stérilet mélodies; nous ne sommes plus des disciples que le Seigneur daigne instruire, un peuple qu*ii éclaire, un troupeau qu'il conduise, et plus les merveilles au moyen desquelles Dieu nous instiuit sont éclatantes, plus on risque de se laisser éblouir, plus il y a de danger que le fond disparaisse sous les formes. À Tépoque de Moïse, si toute notre attention se fixe sur ces dix plaies, sur cette grande leçon que le ciel donne à un tyran, sur cette mer obéissante qui suspend ses flots, sur ce Sinaï que tant de gloire environne pour quelques jours, sur ce désert enfin, à qui il faut quarante années pour dévorer toute une génération, tandis que des caravanes entières y périssent en un jour, vous oubliez, distraits par ces phénomènes, rintention profonde de Dieu en empêchant le peuple hébreu de se confondre avec le peuple égyptien ; vous oubliez, au pied du Sinaï enflammé, ces dix commandements auxquels tout cet appareil doit donner autorité ; vous oubliez, pendant les quarante années du pèlerinage, pendant que cette génération meurt lentement loin de Canaan, vous oubliez ce grand motif qu'elle n'était pas assez forte, assez fidèle pour en faire la conquête et s*y fixer. Considérez attentivement le siècle de Moïse, TÉgypte, Canaan, la nécessité de constituer le peuple dépositaire de la vraie religion; alors le but parait digne du moyen ; Moïse est à sa place dans Tanciennc alliance, et le siècle explique le prophète.

Traasportez-vous dans ralliance de grâce, et rien sous ce rapport n'est changé. Là, partout, des campagnes de Bethléem où fut la crèche aux collines de Bé- Ihanie où a lieu TAscension^ partout des prodiges; mais partout ces prodiges ont un but et un sens, enseignent ou garantissent qiielque vérité, et ne ressemblent ja-* mais à ces flammes inutiles qui brillent un moment dans le ciel, qui semblent des astres et qui n'en sont pas. Mes Frères, j'ai appuyé longuement et avec force sur ces principes, parce que je voudrais aujourd'hui que vos pensées suivissent cette direction. Nos souvenirs de ce jour nous représentent les premières merveilles du christianisme, et je ne viens donc point vous entretenir de ces bergers de Bethléem, qui. ont rendu leur humble et sincère témoignage à la fidélité des oracles et aux commencements de l'Évangile et qui s'en sont allés par le chemin de toute la terre sans même y laisser leur nom; ni de ces anges qui ont apporté au monde la première nouvelle, que l'année de la bienveillance de l'Éternel était arrivée ^ ces anges sont retournés dans les cieux> leur voix a repris le silenœ, et nos relations avec ces esprits de lumière sont finies, ou plutôt suspendues jusqu'à ce qu'elles recommencent dans l'éternité* Enfin, je ne tenterai point de vous conduire dans l'étable et près de la crèche ] nous avons des gages aussi sûrs de l'humilité généreuse du Sauveur, et par ce mot si énergique : // a été semblable à notis en toute chose excepté le péché^ nous en savons assez. Voyons plutôt quelle a été ici la pensée de Dieu : l'annonce des. anges nous la révèle clairement ^ c'est que le christianisme est une grande joie, et une grande joie qui ap-

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partieiit à lous, qui sera pour tout le peuple. Voilà ridée yque les anges ont voulu donner au monde de la nouvelle alliance, dès son premier jour, et ce trait sou-lève une grande question: le christianisme a-t-il changé; le christianisme, à ce même signe, est-il rcconnaissable encore ; le christianisme est41 aujourd'hui tel qu'il était à son origine, est-il encore et pour tous une grande joie? Grave et imposante discussion, qui pour tous les chrétiens est d-un égal intérêt, et, si nous parvenons à la résoudre, cette étude mettra, je l'espère, votre piété à mêm^ de rendre à la crèche du Seigneur la gloire qui Itii est due.

I. Souvent, mes Frères, les choses de la religion nous remplissent d'émotion et nous frappent d'étonnement, avant même que nous ayons eu le temps de les approfondir. Et qui peut se défendre, à moins qu'une déplorable tiédeur n'ait refroidi son âme, à moins qiie l'habitude n'ait, de sa main glacée, énervé ses forces morales, qui peut se défendre et de, surprise et d'attendrissement, en voyant que la nouvelle alliance s'annonce comme une grande joieî €est là son preitiier signe, son premier mot, son premier caractère ; dès le principe, elle attire, elle charme, elle console l'infortunée race descendue d'un pécheur ; les autels nouveaux qu'elle fera élever dans cette vallée de larmes seront environnés de contentement et de paix-, sçs temples seront des asiles; ses maisons de prière seront des maisons de refuge contre les maux du monde ; ses rites seront des fêtes tranquilles; ses adorations seront des réjouissances fraternelles; la félicité habitera ses sanc-

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tuaires ; quiconque en sortira triste aura tort et ne devra se plaindre de sa tristesse qu'à lui-même ; car la nouvelle alliance est 'une grande joie! Vous le voyez, je ne creusa point encore cette féconde pensée; je la prends dans sa simplicité ; je saisis dans leur rapide passage les premier res idées qu^elle fait naître; j'essaie de jeter en quelques mots dans vos âmes les premières émotions qu'elle excite, et déjà, sans le moindre eifort, nous arrivons aux espérances d^un règne de paix, aux doctrines d'une re* ligion d'amour.. Et ce n'est pas ici une eixtase de fana« tisme, une rêverie de superstition, une folie de crédulité ; ce n'est pas la téméraire promesse d'un réformateur terrestre, promettant bien plus qu'il ne pourra tenir ; une voix de la terre, disant imprudemment : Pai(c! paix! Ole il n'y aurapoini de paixh^. c'est une voix du ciel, qui ne trompera point; c'est un avis de la part de Dieu ; c'est une annonce apportée par des anges. Mes Frères, la foi confiante et simple en croit volontiers des anges^ quand ils viennent parler de joie; ils doivent s'y connaître, elle est faite pour eux : elle est leur élément, leur propriété, leur vie, et ils n'auront pas voulu trom* per le monde en lui annonçant comme une grande jede ce qui n'aurait été que déception et tristesse.

Quelle différence profonde ce premier pot^établissait, dès le premier moment» entre la religion nouvelle et tous les cultes païens, tous les systèmes terrestres qui alors se partageaient Vhumsinité! Où y avaiVil alors des religions qui fussent pour leurs adorateurs une grainde joie? Mes Frères, il n'y en avaitjpas ! Lesunes étaient une grande terreur et s'efforçaient de régner par la crainte, sur les peuples asservis ; les autres étaient une grande

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impureté et enivraient les peuples de plaisirs sensuels, n'ayant aucun meilleur paradis à promettre; toutes étaient une grande tromperie et ne régnaient sur les âmes qu'en abusant de la crédulité du vulgaire ou des intérêts politiques du jour. Et Ton peut dire aussi que toutes étaient une grande ruine; car, avant TÉvangilc, le paganisme tombait de toutes parts en pièces sans qu'on sût ni le^econstruire ni le remplacer; la religion môme de Moïse, descendue à des superstitions mesquines et divisée en sectes fanatiques, n'était plus que Fombre d'elle-même ; triste, alors, et sans force et sans beauté, comme toute institution qui a dégénéré et penche vers sa chute. Mais voici le culte qui prendra sa place ; voici TÉglise prête à succéder au temple, la nouvelle alliance et la seconde loi ; voici le premier jour où Dieu se révèle sur un nouveau Sinaï ; plus de flammes ni de tonnerres ; plus de menaces de mort ; plus de barrières que nul n'ose franchir; la religion que Dieu fonde pour jamais et qui ne cessera que lorsque les deux et la terre passei^oni^ est proclamée dès son aurore comme une grande joie ! qu'il est doux d'entendre Dieu même parler ainsi à la terre; qu'il est doux de savoir que la joie et la sainteté peuvent toujours marcher ensemble, que la création et la rédemption sont d'accord et que Dieu très certainement ne nous a créés que pour nous rendre heureux, puisque la seule religion divine, la seule vraie, la seule universelle, la seule impérissable, s'est appelée à son origine une grande joie.

H. Si vous creuses profondément dans le christianisme, vous y trouvez partout une joie pure et sainte, fixe et ferme, que rien ne peut ravir aux vrais chrétiens ;

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et plus VOUS pénétrez dans Tesprit de TÉvangile, plus vous en trouvez. Considérez Thonime sous le triple rapport de sa dignité, de sa destinée, de son avenir; vous verrez qu'il n'est pas pour le croyant de plus grande joie que le christianisme.

' Sa dignité! avant FÉvangile, l'homme l'avait oubliée, et par cela même il l'avait perdue; il ne savait plus quel il était; il ignorait son rang dans la dtéation, et par cela même il en était descendu. Je n'en veux citer qu'une preuve entre mille, l'esclavage. Avant le christianisme, le monde était divisé en maîtres et en esclaves ; l'homme était partout propriétaire de l'homme, et l'esclavage n'était pas seulement un abus, un malheur, un reste des siècles d'ignorance et de barbarie que Ton s'efforçait, comme aujourd'hui, de guérir avec prudence et d'extirper lentement. Non, la servitude était considérée comme un principe et un droit, comme une institution juste, naturelle, nécessaire ; c'était ime règle, non une exception ; et ce mal épouvantable n'allait à rien moins qu'à partager le ^enre humain en deux classes, d'un côté, quelques tyrans, gorgés d'or et de volupté et de sang; de l'autre, la foule des esclaves, homnies tombés au dessous des bêtes brutes ; car les bêtes brutes défendent leur vie quand on veut la leur ravir, et les gladiateurs, en passant devant l'empereur, lui disaient : pour t'amuser un moment nous allons mourir, et nous te saluons.... dégradation d'un être créé à l'image de Dieu ! ô fatal oubli de toute dignité, qui conduisait à l'oubli de toute vertu! A quel excès de misère serait donc parvenu le monde, sans l'Évangile! Mais le Christ est venu, et l'homme avec une grande joie

n'a pas lardé à apprendre que l'homme n'iappartienl qu'à soi-même et à Dieu, que personne n'a le droit de dire à son prochain : tù es à moi ! qu^aux yeux du Dieu qui nous a faits il règne entre nous tous une égalité parfaite ] qu'un homme vaut un autre homme devant lui; par ees principes, le chrétien, rétabli dans sa propre estime, remonté à son juste rang, a repris sa dignité d'homme, garantie de sa dignité sociale, et le maître et l'esclave, priaiit le même Dieu, bénissant le même Sauveur, ontéténaturellement.conduits à s'entredire, l'esclave au maître: je t'appartiens selon les lois humaines; mais au fond je m'appartiens à moi-même ; et le maître au serviteur: tu es mon prochain et mon frère!... Chrétiens! avec le temps ces mots se pronon-. ceront partout.

C'est aussi par le christianisme que la conscience a repris sa liberté morale ; c'est par le christianisme que rhomme a été mis en état de dire : je crois selon que je comprends; j'agis selon que je crois. Nulle autorité terrestre n'a conservé le droit de donner des ordres à la conscience d'autrui, de la sonder, et de lui demander compte. Plus que jamais l'homme s'est reconnu responsable, mais responsable seulement à Dieu, et c'est seulement en faussant le christianisme qu'jl l'a oublié et s'est agenouillé aux pieds d'un prêtre pour confesser le péché et solliciter, le pardon ; à qui. la faute si Tbomme a changé en grande tristesse le grand sujet de joie; le principe cependant demeure intact; entre Dieu et chacun de nous, il n'y a personne ; il n'y a que Christ. Voyez par ces deux traits ce que l'Évangile à fait pour rendre l'homme au sentiment de sa dignité, briser ses chaînes,

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rétablir ses honneurs, dissiper ses préjugés, lui rappeler qu'il porte en soi l^image du Créateur, lui rappeler qu'il est le roi de ce monde, lui rappeler enfin que sa conscience est aussi inviolable que sa liberté.

 cette liberté civile qui n*entraine ni licence, ni ré- I)ellion, à c^tte liberté morale, plus précieuse encore, et qui est bien loin de favoriser Toubli des devoirs, il faut ajouter, pour dernière liberté que le christianisme nous a rendue, la liberté religieuse. Et je ne vous parle pas ici du droit imprescriptible qu'a toute assemblée de ; se coîistituer en Église, et de dire : Je veux adorer en / , ^ ce lieu, de cette manière, et à tels jours ; pourvu que les portes du nouveau sanctuaire restent ouvertes, et qu'on entende ce qui s'y dit, et qu'on voie ce qui s'y fait, où est le pouvoir qui ait droit de le proscrire et de le renverser? Hais il y a plus dans le christianisme, etje vous parle de cbtte liberté de culte qui est exprimée dans cette parole fondamentale du nôtre : Dieu est esprit I Ilfcmt que ceux qui V adorent^ V adorent en esprit et en vérité. Adorer en esprit, cela est possible partout et toujours ; il n'y a plus ni temps sacrés, ni lieux sacrés, ni. rites indispensables, ni confessions obligatoires; notre autel est partout avec nous ^ tabernacle nouveau de notre pèlerinage, il nous suit dans les campements de notre désert , et nous relevons et nous le replions à volonté. Vous voulez adorer, et vous manquez de temple : eh bien, adorez en esprit, et la terre que vous touchez du pied est sainte alors, et le ciel est votre temple, et l'air est votre encens. Vous voulez communier, et, loin de toute église, vous manquez de table, de coupe et de pain ! communiez en esprit, et votre union avec Christ

est aussi infime, et vows êtes voire propre pasteur, et vous avez célébré la sainte cène en vous-mêmes. Ainsi, par le christianisme, l'homme est libre dans la société, libre dans sa conscience, libre dans sa religion, et ne reconnaît de maître que Dieul... Mes Frères, les anges avaient raison, le christianisme est une grande joie.

III. Dans une misère sans consolation, Thomme courrait risque de perdre le sentiment de sa dignité, et si le christianisme est à ce point conforme à notre nature, il faut qu'il soit de même soigneux de nos intérêts, attentif à tous les besoins de notre âme ; considérez maintenant notre destinée, le christianisme nous a rendu notre véritable joie, notre véritable paix, notre véritable mort... Notre joie : il nous a appris où elle est \ il nous a montré en quoi elle consiste, il nous Fa fait chercher où elle se trouve, non bruyante, vide, passagère, encore moins impure et sensuelle ; mais calme et fixe, féconde en saints progrès, en fruits précieux, en bonnes pensées. Quant aux besoins de la vie, le christianisme nous a inspiré cette confiance qu'aucun culte n'inspire que le sien, qu'aucun livre que le sien n'enseigne, cette confîanee que Dieu sait de quoi nous avons besoin avant que nous le lui demandions; qu'à chaque jour suffit sa peine, et que le lendemain se souciera de ce qui le con-cerne; qu'ainsi nous avons assez de pain quand nous en avons pour un jour, et que comme Dieu est éternel, il suffit de lui demander le pain quotidien. Quant à la félicité même, le christianime a resserré de toute. sa puissance le cercle de famille; il bénit les joies du foyer domestique ; il sanctifie ces liens, amour conjugal, piété filiale, tendresse paternelle, et enseigne à ceux qui s^

plaisent comment on y acquiert ce grand gairiy presque inconnu avant TÉvangile, le contentement d'esprit^ qui dé tous nos contentements est lé meilleur. Le christianisme sans doute ne pouvait retrancher de ce monde tous les maux, et rétablir pour nous le jardin d^Éden; mais il les console et les adoucit tous ; il a un baume pour chaque plaie du cœur, et à toutes les afflictions il oppose la paix de Dieu, cette paix qui surpasse tout entendementj qui est offerte à tous^ et qui est plus forte que notre adversité, plus forte que la pauvreté, la calomnie, la douleur, la mort même« La mort!... ô mes Frères, laissez^moi vous répéter les termes déjà employés : le christianisme nous a rendu notre véritable mort. Il nous a appris à mourir. Avant Christ, la mort était une scène d'apparat arrangée d'avance, un acte d'indifférence, un moment de désespoir, un effort de courage, et rares, bien rares dans l'antiquité sont les exemples d'une fin calme, sereine, modeste^ heureuse ; celles qu'on cite sont le triomphe de quelques sages \ aujourd'hui, de telles mprts sont le devoir, le droit, le but de tout chrétien, et qui veut tranquillement mourir eh Christ n'a qu'à le bien vouloir^ tous les fidèles peuvent devenir des Etienne, et jamais Jésus ne s'éloigne de nous, quand notfô liii demandons à notre heure suprême de recevoir notre esprit entre ses mains. Que pouvait faire de plus le christianisme pour rendre notre destinée paisible et prospère? 11 pourvoit à tout, à notre vie et à notre mort, et sur son lit de douleur et d'agonie,, près d'exhaler le dernier soupir, un vrai fidèle reconnaît que pour un mourant surtout le christianisme est t^fie^ranc^^^aee. .

UHB GRANDE JOIE. 181

IV. Le serait-il cependant si son influence ne s'étendait pas plus loin, si sa joie mourait avec nous, si elle disparaissait dans notre poudre, si nous ne remportions dans notre immense avenir ! Quoiqu*à Tabri des persécutions qui menaçaient les premiers chrétiens, notre joie serait courte et triste, et rums serions les plus fnisérables des hommes, si nous n'avions d'espoir en Christ que pour cette vie. Que nous servirait le sentiment de notre dignité, quand il Caudrait mourir, sans compter sur une résurrection en grâce et en gloire? Que nous servirait la liberté de notre conscience, quand il faudrait comparaître pour être jugés et que sur mille articles nous ne pourrions répondre à un seuil Et que nos peines seraient redoublées, que nos félicités seraient vides, que nos affections mêmes seraient sombres et poignantes, s'il n'y avait pas un salut à espérer et pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons ! . . . Immenses et immortelles actions de grâces soient rendues au Seigneur! Son alliance est une grande joie , parce qu'elle est une alliance et qu'i/ veut que tous les hommes soient sauvés j parce qu'tï nom a réconciliés avec lui en Christ et que nous ne sommes plus de malheureux enfants, séparés de l'amour de leur père et justement déshérités de ses trésors de gloire, mais des enfants repentants qui sont revenus lui dire au nom de Jésus : Indignes d'être appelés tes enfants, mets-nous au rang des mercenaires^ et nous avons obtenu bien plus que nous n'aurions osé demander*, nous avons obtenu l'admission dans la maison paternelle, le pardon de toutes nos transgressions, un salut qui nous assure une éternelle victoire sur le mal , un salut étemel rempli seulement de paix , de

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gloire, d'amour et de sainteté ; \e& deux , pour nous aussi, retentiront de cette allégresse plus grande pour le pécheur qui se repent que pour le juste qui n^a pas besoin de repentance, et quand notre tour d^y paraître arrivera, il nous sera dit : Voici, ceux qui étaient morts sont revenus à la vie ^ voici, ceux qui étaient perdus sont rétrouvés. Ainsi donc, ô mes Frères, jusqu'au delà du sépulcre, jusqu^au delà du jugement, jusque dans le ciel, jusqu'à travers tous les âges de l'éternité, Tallianee de grAce est et sera une grande joie.

Vous le voyez, il ne manque rien à la grande joie du christianisme. Elle s'étend à tout et suffit à tout; l'on peut dire que sans elle l'homme n'a rien, et qu'avec elle rien ne lui manque. A qui cette joie appartient-elle \ qui a le droit d'y prétendre, qui a le moyen d'en (d>tenir sûrement sa part? Les anges n'ont pas laissé les premiers témoins de la nouvelle alliance en doute sur ce grand intérêt, et, en effet, il a fallu que dès le premier moment cette question Tût décidée; sans quoi, les hommes, dès lors, auraient commencé dans leur orgueil à s'entre-dire : Je suis un des élus, un des rachetés de ce Sauveur; tu ne l'es pas, et dès le premier moment la joie de la bonne nouvelle du salut se serait perdue au sein de ces prétentions injustes et de ces disputes haineuses. Non, non, les célestes messagers qui ont proclamé la nativité ont déclaré pour qui le Sauveur venait, en termes si simples, si claii*s, si forts, qu'il est étonnant que jamais on ait osé l'oublier. Cette grande joie, ont-ils dit, sera paw/* tout lepenple,,. Pour toutlepeuplel

Quel langage pouvait mieux annoncer Tuniversalitc de {^Évangile? Trouvez-vous là l'ombre même d'une excep* lion, et le plus léger prétexte d'en glisser une dans les miséricordes de la grâce? Pimr totU le peuple!... et c'est bien ce mot, ce mot : le peuple^ d'une énergie si connue, qu'on lit dans le texte même du message des anges. Jugez un moment cette communication céleste comme les bergers de Bethléhem Tout jugée. Cette idée : Voici Tine joie qui sera pour tout le peuple^ était immense, extraordinaire, inouïe, pour un Juif de ce siècle^ jamais mot pareil n'a résonné à l'oreille des humbles et pauvres pâtres de Judée ! Quoi ! le ciel s'est ouvert sur leurs têtes; les ténèbres de cette nuit n'ont pas duré jusqu'à l'aurore; une clarté resplendissante a brillé dans les champs; des personnages célestes ont paru, ont parlé; ils ont annoncé une graride joie^ et pour qui?... Pour les scribes seulement et les docteurs de la loi, assis dans la chaire de Moïse, d'où ils expliquent selon leur sagesse les commandements de Dieu, les pèsent à la balance et déclarent quel est le plus grand... Pour qui ! Pour les pharisiens, que la multitude environne de tant de respects et qui servent Dieu par des prières si longues, des jeûnes si sévères, des observances si attentives, ou pour ces sadducéens, également honorés dans les synagogues et les palais, admis à parler de si près à l'oreille des grands et des rois... Pour qui! Pour les saints successeurs des familles de Lévi et d'Âaron, qui assistent devant l'autel, entrent dans les lieux saints et brûlent les parfums sacrés... Pour qui encore! Pour ce glorieux et puissant Hérode, ce roi magnifique qui épuise ses trésors à embellir et réparer le temple. Pour qui encore... Mais que

servirait de prolonger cette liste des grandeurs de ce temps? Non, non ; cette joie n'est pas seulement pour ces docteurs du peuple, ces prêtres du temple, ces princes du siècle, ces heureux du monde ; elle est pour eux, s'ils le veulent et ils en recevront leur part ; mais elle est aussi pour les plus simples de leurs disciples, les plus humbles de leurs clients, les plus obscurs de leurs sujets, les plus pauvres de leurs concitoyens, elle est pour tout le peuple; quiconque avancera la main la retirera à lui pleine de ces nouveaux trésors ; le docteur superbe n'en emportera pas plus sous la robe flottante qu'il traîne dans les places publiques, que le pâtre inconnu sous la ceinture de cuir qui serre ses vêtements gros* siers; et en vain le fastueux Hérode dépense durant dix années des sommes immenses à reconstruire et à décorer le temple ; le jour n'est pas loin où à la porte de ces mêmes parvis la pite de la veuve vaudra tous ces trésors ] le soleil de justice ne refuse ses rayons à personne ; cette grande joie est pour tout le peuple.

En est-il encore de même? Cette joie, qui remonte à dix-huit siècles et plus, est-elle encore pour tout le peuple^ ou bien, universelle à son origine, a-t-elle changé-, s'est-elle tristement rétrécie^ à qui appartientelle maintenant? Vous le voyez, je reviens à la première question que j'ai soulevée: le christianisme est-il encore» pour tous, une grande joie? Votre piété, sans doute, n'est pas tombée dans cette triste erreur de croire que parmi les hommes les uns sont perdus, quoi qu'ils fassent pour ne pas se perdre, et les autres sauvés, Dieu se chargeant, pour ainsi dire, de les sanctifier sans qu'ils en prennent le soin^ vous en croyez saint Paul quand il

déclare à Timothée que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés; vous ne pensez pas que Dieu fasse acception des personnes, et mette une invincible différence entre un homme et un homme; vous ne pensez pas qu'il y ait des privilèges dans le christianisme et que le jugement de Dieu varie, tandis qu'il a déclaré vouloir juger chacun selon ses œuvres, et quand vous consultez la nature ou la révélation, quand vous vous interrogez vous-mêmes, ou quand, si j'ose ainsi parler, vous interrogez Dieu, partout vous découvrez des preuves qui démontrent, partout vous recevez des réponses qui attestent ces deux magnifiques et simples vérités que toujours et partout l'homme est homme, que toujours et pour tous le christianisme est le christianisme. Sous ces rapports, des ressemblances ineffaçables et profondes régnent entre nous tous : Ressemblance de création : Ff avons-nous pas tous un même père^ dit un prophète 5 Dieu a/ait d'un seul sang tout le genre humain ! dit un apôtre ; ressemblance de péché : Celui guiditquHln'y a point en lui de péché ment^ et la vérité n'est point en lui; ressemblance de malheur : L'homme né de femme est de courte vie et plein d'ennui; ressemblance de mort : Par un seul homme, la mort est venue dans le monde, et la mort est venue sur tous les hommes, parce que tous ont péché; et de culte : selon saint Paul, il n'y a qu^un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi; et de tombe : tous vous êtes poudre, et tous vous retournerez eu poudre; d'immortalité enfin, puisque r esprit remonte à Dieu qui l'a donné.... Et quand tout ainsi entre nous tous se ressemble, le salut ne se ressemblerait pasi Egalement faibles, également pécheurs,

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également mortels, nous ne sérions pas égalen^nt sauvés! Exposés au même naufrage, nous ne pourrions aborder au même port ! Revêtus des mêmes deuils, nous ne pourrions nourrir Tespoir des mêmes réunions !„•. Rassurez-vous, serviteurs de Jésus ; cette grande joie est pour tout le peuple, et Tun des derniers mots du Christ aux fondateurs de TÉglise a été : Annoncez V Évangile à toute créature vivante. Oh ! gardons-uous donc jamais de tomber dans la déplorable inconséquence de ces fanatiques qui ouvrent à tous un même enfer, sans ouAiir à tous un même ciel. N'allons pas mettre Moïse en opposition avec Jésus, et si nous croyons à. Moïse qui parle d'une seule création, d'une seule chute, d'une seule mort, croyons aussi à Jésus qui nous a promis que gv tconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé^ et qui ne parle que d'une rédemption et d'une immortalité. Oui, cette grande joie est pour tout le peuple.. •• Humiliez-vous donc devant elle, vous les sages, les riches, les puissants de la terre-, reconnaissez en bénissant Dieu qu'ici tous vos privilèges sont abolis, et descendez d'abord au simple rang d*homme, pour monter au rang de racheté de Jésus-Christ. Oui, cette grande joie est pour tout le peuple.... Réjouissez-vous donc, vous les humbles, les simples, les pauvres de la terre; voici un bien qui vous est commun •, voici un trésor où vous pouvez puiser autant que personne, et ces tristes inégalités, dont vous portez le poids, dans la religion ne subsistent plus. Oui, cette grandcr joie est pour tout le peuple, et ce principe est le vrai fondement de la liberté et de Fégalité des hommes. Hors de ce temple, nous rendrons rhonneur à qui l'honneur est dû ; dans ce temple nous

sommes tous au même rang, et nous no rendrons Tlionneur qu'à Christel à Dieu. Qu'il soit donc à jamais célébré d'âge en âge le jour où cette joie a commence ! Qu'il soit célébré jusqu'à l'époque où la joie qu'il rappelle sera consommée en immortalité!... Cette époque viendra où il n'y aura plus qu'un seul pasteur et qu'un seul troupeau sur la terre. Cette éternité viendra à son tour où il n'y aura plus qu'une seule communion des saints f

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