‹ SermonsChapitre 19 sur 37 · DÉDICACE DU TEMPLE DE BATIGNOLLES · texte numérisé non relu

DÉDICACE DU TEMPLE DE BATIGNOLLES

Je me sais réjoai à cause de ceai qui me disaient : noas irons à la maison de FÉteniel.

Ptaume, CXXII, 4.

Mes Frères,

Dans ce siècle agité, où Ton a tout remis en question, il s'est rencontré des hommes pour soutenir que le christianisme était fini. Au milieu de la longue et vive guerre que le dernier siècle a livrée à TÉvangile, on n^en était pas là; Tincrédulité, il est vrai, s^exprimait avec moins de mesure qu'aujourd'hui ; il y avait moins de ménagements dans les sarcasmes, moins de politesse

* Ce discoim a été prononcé, le josr de No6l 1884, pour la consécration du temple de BatignoUe»-Monceaux, la plus importante des communes qui touchent an mur d'enceinte de la capitale. C'était le moment on les chapelles diaeidenlee, dont la chaire ne s'ouvre qu'à l'orthodoxie ancienne, commençaient à fleurir. La fondation du temple de Batignolles, dans la pensée du pasteur qui l'a inauguré, devait sefvir à donner un exemple contraire : il fut eouTenu que la chaire était ouverte à tous les pasteurs et ministres des Églises réformées de France qni consentiraient à l'occuper. On sait que cette fondation, restée fidèle pendant huit années à cette pensée de concorde, et soutenue pendant ce temps par les dons volontaires des fidèles, a réussi à amener la création par le gouvernement d'une nouvelle place de pasteur et a doter l'Eglise consistoriale de Paris d'une section de plus. L'exclusisrae, dès-lors, a fermé la chaire. C'est là pour moi une raison de plus de ne pas changer un seul mot aux paroles do fraternité dans le ministère, et de liberté dasf la foi, que j'ai prononcées le jour do la consécration. A. G.

dans les attaques; mais les sages qui tenaient alors école d'incrédulité se contentaient de s'entre-dire : Détruisons le christianisme, achevons de Tabattre*, il penche vers sa ruine \ consonmions-la ! De nos jours, on a fait un pas de plus, et dans un langage plus poli et plus doux, on affirme simplement que le christianisme' est fini, qu'il se meurt et qu'il s'agit de le remplacer. Chose curieuse! cette idée qui nous semble si étrange, c^tte idée qui, pour quelques rêveurs systématiques, est une espérance, cette idée que le christianisme est à la veille de sa chute, se base sur cette considération entre autres que la chrétienté ne bâtit plus de cathédrales. Il semble que plus l'étude du moyen âge a pris faveur, plus on a publié d'écrits pour dépeindre cette époque où la foi si souvent n'est que la crédulité, plus une grande fidélité de couleur historique est impérieusement exigée, et plus l'incrédulité, reprenant courage, a osé soutenir que le christianisme a fait son temps et rempli son but et qu'il ne lui reste qu'à céder pacifiquement la place à quelque chose de meilleur. Dégoûtés par le tableau de l'Église en ces siècles de ténèbres, on conçoit que bien des esprits ardents et superficiels reconnaissent à peine le christianisme dans notre foi d'aujourd'hui. Des différences de formes, de rites, de langage, les ont assez trompés pour leur faire croire que ce qui s'est épuré et simplifié s'est détruit; ils ont pris la vie pour la mort, et parce que le christianisme, est redevenu vraiment spiriluel, ils le croient fini. L'amour des arts, l'engouement du style gothique, la pauvreté des efforts religieux de l'art moderne, ont achevé de faire illusion ; Ton a demandé, avec un accent de regret bien plus artistique

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que religieux, quels monuments le christianisme a-t-il fondés de nos jours, et depuis trois siècles; quelles cathédrales a-t-il élevées ; il n*a pas même su finir celles que les âges précédents lui ont léguées inachevées; il n'a pas su toujours restaurer celles que leur vétusté menace d'une ruine prochaine; une religion sans sanctuaires n'est plus, et que vaut un culte dont Tavare négligence laisse sans autels le Dieu qu'il adore?

Il est certain, mes Frères, que la fondation d'une nouvelle église est aujourd'hui un événement fort différent des œuvres de ce genre entreprises à l'aide et des superstitions et des arts des siècles antérieurs à la réforme. Alors, c'était un roi puissant, c'était \m seigneur plus riche souvent que son suzerain qui sanctifiait les clauses d'un long testament où il disposait de richesses immenses, par un dernier codicille ordonnant la construction d'une église à l'entour de sa tombe. C'était le chef d'un riche monastère ou le prélat d'un vaste diocèse, qui illustrait sa mitre en faisant jeter sous son administration les fondements d'un sanctuaire que ses successeurs prenaient à tâche de continuer. G^était un métropolitain jaloux de célébrer les rites splendides de son culte et de jouir des prérogatives de son siège, sous les arceaux d'une basilique à deux tours de pareille hauteur, tandis que les églises d'un ordre inférieur ne pouvaient en élever que d'inégales. C'était un vœu au milieu d'un péril ou d'une maladie qu'il fallait racheter, un tribut de repentir qui aidait à supporter le poids secret d'un crime, ou les dépouilles des infidèles pieusement consacrées à la gloire du Dieu des chrétiens; et ainsi peu à peu, à travers des siècles, se sont

élevés ces cathédrales immenses, ces prodigieux édifices, dont la seule vue semble confondre la tiédeur moderne et fait dire à l'historien superficiel : Où est la foi qui les bâtissait? le christianisme approche de sa fin.. .

Non, le christianisme n^est pas fini, et loin d'envier au moyen âge ces monuments immenses, où la piété est nécessairement plus rêveuse qu^attentive, loin de regretter que la religion ne dispose plus deslnoyens d'exécution qu^elle possédait à son détriment, il y a mieux à dire, et il est inutile même d'appuyer sur les souvenirs que j'évoquais à Tinstant, de remonter aux origines de ces fondations prodigieuses et de calculer la dépense de superstition qui en a payé le prix. 11 y a mieux à dire : le pur christianisme, le christianisme apostolique, le christianisme du culte en esprit et en vérité^ le christianisme de la liberté de conscience qui laisse chaque fidèle chercher sa foi dans la révélation^ le christianisme deTÉvangile, n'a pas besoin de cathédrales. Plus il deviendra et spirituel et libre, spirituel en renonçant à des symboles et des pompes où la forme masque la pensée ^ libre en reconnaissant à tous les croyants le droit de croire selon la mesure de grâce que chacun a reçue, moins il voudra épuiser le trésor du riche et prélever le denier du pauvre pour dresser^usqu'aux cieux ces voûtes, ces flèches, ces toilrs qui y atteignent si peu-, plus, au contraire, il bâtira de simples maisons de prière^ semblables à celle que nous consacrons aujourd'hui^ et quand ses portes s'ouvriront, le vrai fidèle, ému d'une sainte et douce allégresse^ confiant dans l'avenir de la foi chrétienne, heureux qu'un nouveau sanctuaire offre ses saintetés au peuple de Dieu, s'unira

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