‹ SermonsChapitre 21 sur 37 · DU T£MPL£ DE BATIGNOLLES · texte numérisé non relu

DU T£MPL£ DE BATIGNOLLES

rence, et avons-nous tort dans notre joie? La patrie estelle entièrement .désintéressée en ce qui se passe aujourd'hui dans cette humble enceinte? La religion, qui semble' n'être que laffaire de quelques-uns,^ n'estelle pas l'intérêt de tous? J'évite ici de reprendre la question où Pavaient laissée quelques-uns des philosophes du dernier siècle et de débattre froidement devant vous si un peuple peut se passer d'une religion. Nous, ministres de l'Évangile, avant de suivre nos adversaires sur ce terrain, nous attendrons que quelque expérience de ce genre ait été tentée; nous attendrons qu'un assemblage d'hommes se soit formé avec le dessein arrêté de ne professer aucune foi et de n'otfrir aucune adoration ^ nous attendrons qu'on soit parvenu à étouffer ainsi dans une masse d'hommes l'instinct religieux gravé au fond de l'âme de tous, et jusqu'alors nous considérerons cette idée comme une chimère sans ombre de fondement, comme un triste jeu d'esprit indigne de l'attention d'un esprit élevé. Non, non, il y a plus, il y a mieux à vous dire.

L'homme ne vit pas de pain seulement^ est-il écrit dans le livre dont le Seigneur a pris sur lui la vérité, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu^ et la patrie, intéressée à ce que chacun de ses enfants obtienne une part suffisante de pain quotidien, l'est aussi a ce que la religion sanctifie chaque jour le pain de ce jour. Le gagner est beaucoup, sans doute, mais ce n'est pas tout, [il reste à considérer comment on le gagne, et c'est ici que la religion intervient avec toute sa puissance, sort pour ainsi dire de l'ooibre de ses sanctuaires, et se répand au loin dans la société, témoin

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de tout ce qui est bien et garant de tout ce qui est vrai pour le sanctionner, mais aussi juge de tout ce qui est mal pour le condamner et le flétrir. Rien, sans ombre d'usurpation de sa part, rien n'échappe à son influence. Passez en revue tout ce que notre siècle admire et exalte, tout ce qu'il regrette, tout ce qu'il essaie, tout ce qu'il désire, et vous verrez que la voix de la religion trouve partout à parler*

En aucun temps on ne s'est plus occupé de commerce et d'industrie. Ces deux sources de la prospérité publique deviennent de plus en plus fécondes ^ d'immenses développements les attendent ^ les premiers pouvoirs de l'État portent une attention assidue à tout ce qui peut favoriser leur essor, et personne ne peut dire jusqu'où iront leurs progrès. On y contribue quand, assis derrière le plus modeste comptoir, on pèse et on débite une à une les plus simples nécessités de la vie, et quand, du fond d'un cabinet splendide et tranquille, on fait travailler à son gré dans des ateliers immenses tout un village d'ouvriers, ou que Ton envoie à travers les mers de rapides vaisseaux échanger à Taide des vents et des flammes les productions des deux mondes... Mais au milieu du bruit confus de ce tourbillon d'affaires, n'est-il pas bon que la religion se fasse entendre et vienne dire près de cet humble comptoir : La fausse balance est en abomination à l* Éternel^ et dans ce cabinet splendide : Que personne ne fasse son profit au damr mage de son frère, car Dieu est le vengeur de ces choses!

Et pour vous citer à dessein un exemple bien différent et vous montrer comment la religion domine toutes les choses de la terre, les petites comme les grandes,

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les tumultueuses autant que les tranquilles et les plus difificiles autant que les plus aisées, en quel siècle a-ton plus parlé que dans le nôtre et de liberté et d'égalité ; quand a-t-on plus fait pour ou contre ces principes, tantôt avec habileté et taptôt avec passion? Mais dites, dites, vous qui aimez sincèrement votre patrie, vous qui connaissez bien la religion de l'Évangile, dites, si vous le pouvez, ce qu'auraient été les cinquante dernières années de notre histoire, et comment notre pays serait entré dans son ère nouvelle de lumières et de progrès, si la religion de l'Évangile avait surgi aux yeux de tous pendant nos longs orages, comme le phare bienfaisant brille pour tous au sein de U tempête ; dites ce

qui serait arrivé et ce qui ne serait pas arrivé

si notre génération n'avait jamais oublié qu'il est écrit dans l'Évangile : La vérité vous rendra libres^ et que la vraie liberté, la vraie égalité ne se trouve que par elle, et qu't7 fCy a point de puissance qui ne vienne de Dieu^ et qu'il est impossible de bien rendre à Dieu ce qui est à Dieu^ sans rendre à César ce qui est à César ; dites ce que serait aujourd'hui notre patrie, si ces principes avaient toujours gardé sur les cœurs l^ur légitime empire -, dites-nous-le, vous qui croyez en Dieu et en Christ qu'il nous a envoyé, et les larmes de deux générations, les écha&uds de tant de places publiques, les portes de tant de prisons et le deuil de tant de champs de bataille confirmeront la vérité de vos paroles , et alors vous vous réjouirez avec nous quand on vous dira : Nous irons à la maison de V Eternel !

Vous le voyez donc, mes Frères, il n'y a en nous, litanmes de foi, aucune exaltation de rigorisme, aucune

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imprudente ardeur de réforme ; nous ne demandons pas que notre peuple oublie le monde pour ne penser qu'au ciel^ nous demandons qu'il pense aux deux^ nous ne demandons pas qu'il suspende ses progrès, qu'il interrompe sa gloire et nervive plus que de privations; nous demandons qu'il laisse diriger ses progrès par la religion, sanctifier sa gloire par la religion, épurer sa prospérité par la religion. Ainsi donc que notre beau pays reste au noble rang que sa civilisation lui assure parmi les peuples ] que notre nation arrive au plus haut degré de richesse, de puissance et de splendeur, qu'elle féconde tous ses terrains incultes, qu'elle creuse le lit de toutes ses rivières, qu'elle sillonne le sol de chemins et de canaux; que le fer déployé en lignes immenses ouvre des voies nouvelles de communication ; que la flamme et la vapeur rendent nos lointains échanges aussi prompts que le vol de la fumée qu'elles produisent; que des mines nouvelles fournissent à ces travaux immense» les matériaux nécessaires; qu'ainsi de toutes parts le commerce, l'industrie, l'agriculture, rivalisent de nouveaux succès; que les beaux-arts sortent des palais et embellissent les humbles demeures; que la littérature et la poésie donnent à la nation des loisirs dignes d'elle et que la science nous explique de plus en plus l'univers ; que l'ordre et la liberté d'un bout du royaume à l'autre se donnent la main ; qu'une marine toujours prête défende nos côtes, qu'une armée toujours prête défende nos frontières ; que la paisible épée du citoyen s'allie à celle du soldat, et que la nation, toujours armée pour la défense, ne le soit jamais pour la conquête.... Oui.... que toutes ces choses se fassent et que nous jouissions eu paix des bieus qu&

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