DU TEMPLE DE BÀTIGNOLLES
Dieu nous donne, et que nous nous reposions ainsi de tant de discçrdes, de tant de maux et de tant de gloire ; oui, que toutes ces choses se fassent!.... mais que la religion vienne terminer Tédifice national, comme la clef de la voûte qui seule peut le rendre inébranlable. Ce n'est pas tout de creuser des ports et de lancer des vaisseaux^ on ne navigue bien que sous la garde de celui qui dit à la mer: Tu viendras jusqu'ici. Ce n'est pas tout de cultiver un sol fertile ; on ne sème, on ne moissonne bien qu'en se réclamant de celui qui a dit que tant qve la terre sera^ le chavd et le froid ^ V été et V hiver ^ les semences et les moissons ne manqueront point^ et c^est beaucoup sans doute, quand on forme trente-six millions d'hommes parlant une seule langue, de ceindre Fépée et de défier le monde chez soi, après l'avoir trop défié chez lui ; mais ce qui vaut mieux encore, c'est de se souvenir que l'un des triomphes du christianisme sera d'abolir la guerre et de changer en serpes toutes ces épées à jamais inutiles.
Hélas, mes Frères, ce qui nous inquiète pour la patrie, nous, hommes de foi, c'est de lui voir tant de force, tant de richesse, tant de gloire, et si peu de religion ; c'est de trouver que ses progrès intellectuels, religieux et moraux ne sont pas en proportion des progrès de sa prospérité matérielle; alors il ne sait qu'en faire, et ce qui peut arriver de plus dangereux à une grande nation, c'est d'avoir beaucoup de puissance et beaucoup de richesses, beaucoup de génie même, sans savoir bien les employer. Ce danger-là est de toutes les classes. Malheur au simple ouvrier qui, après une journée de travail bien rétribuée, balance avec incertitude dans sa main
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le salaire qu'il a reçu et se dit: qu'en teai-je? et malheur aussi au riche commerçant qui, au bout de l'année en calculant ses gains, se dit: qu'en ferai-je? Ni l'un ni l'autre n'hésiteraient un moment, si la religion avait un juste empire sur leur âme; Tun emploierait son salaire au bien«être de sa famille, à Téducation de ses enfants, et l'autre, au bien et de ses proches, et de sa patrie, et. de son Église. Ce n'est pas tout d'avoir de l'argent et de Tor, il s'agit de les employer ; ce n'est pas tout d'avoir du bonheur, il s'agit d'en jouir bien et pour sm-mème et pour autrui ; cette science ne s'apprend que par la religion, et quand on voit ce que de nos jburs tant d'hommes font du bcxnheur que Dieu leur envoie, mes Frères, on ne saurait avec trop d'ardeur se réjouir de toutes les occasions nouvellesoù ils peuvent dire : Allons à la maison de r Etemel !
Que sera-ce enfin et quelle force nouvelle acquièrent toutes ces pensées, si, les restreignant un moment, quoiqu'elles intéressent la patrie entière, nous en étudions l'empire dans l'enceinte de notre grande ville? Vous l'avez vue, mes Frères, en vous rendant ici ; vous l'avez vue de loin, s'agitant pour ainsi dire devant vous, et ses dômes, ses clochers, ses colonnes étincelant à travers les vapeurs d'un ciel d'hiver, et ses bruits coi\tinus vous poursuivaient à peine à cette distance ; et peut-èUre avez-vous dit avec orgueil en vous-mêmes : voilà bien le siège d'un grand empiré, la capitale d'une grande nation, et vous avez été fiers peut-être à l'idée de tout ce qu'elle contient de richesse et d'élégance, de gloire et de science, de monuments et de chefsd'œuvre..,. Mais du pied de nos simpleis^ autels, &