BU TEMPLE DE BÀTIGNOLLES
travers ces murs que votre imagination peut abaisser un moment, du fond de ce nouveau sanctuaire, considérez-la un moment sous son aspect religieux et demandez-vous ce qu'elle contient de religion. Demandezvous si la foi, la piété, la charité qui s'y trouvent sûfB* sent pour contrebalancer tant de rêves d'ambition, tant de jeux d'intrigue, tant de chimères de sagesse humaine et de fausse science, tant d'impureté et de scandale, tant de luxe et tant de misère-, ici l'opulence et là si peu de pain ; de somptueuses demeures où il y a tant de plaœ, et des hospices où il n'y en a pas encore assez !..« C'est aujourd'hui fête solennelle ^ il y a aujourd'hui dixhuit siècles et plus que Jésus-Christ le Sauveur nous a été donné, et à quelques pas d'ici, de l'autre côté de ces murs, il y a un million d'êtres immortels pour lesquels il est venu... Combien croyez-vous qu'en ce moment il y a, sur ce nombre, d'hommes qui y pensent?... Mes Frères, Dieu le sait ! et je ne juge personne, je ne condamne personne, mais en entendant de loin le bruit éclatant de notre grande cité, je bénis Dieu de la fondation d'un temple de plus, et c'est avec plus d'ardeur que je me réjouis à cause de ceux qui m^ont dit : nous irons à la maison de V Éternel !
II. Tout ce qui est succès pour la religion est donc avantage pour la patrie, et nous demandons à tous ceux qui l'aiment de se réjouir avec nous de cette fête. Mais l'amour de la patrie n'est qu'un intérêt de ce monde et du temps ; celui de la religion en est un de ce monde et du ciel, du temps et de réternité, et à la joie du ci-
toyen doit s'unir la joie non moins vive, pure et douce du fidèle. J'ai parlé jusqu'ici à ceux qui croient et à ceux qui ne croient pas-, les esprits même qui ne voient dans l'Évangile qu'un livre de morale doivent se féli* citer de tout ce qui contribue à le répandre*, car la société a besoin de morale. Maintenant, je ne m'adresse plus qu!à ceux qui croient. Mes Frères, nos pieux ancêtres aimaient les fêtes, pareilles à celles de ce jour ^ ils savaient par une dure expérience combien Ton doit aimeç sa maison de prière^ et quand ils avaient eu le bonheur d'assister à sa consécration, vieillards, ils disaient encore avec émotion à leurs fils et aux fils de leurs fils en les y conduisant : a J'y étais, quand on l'a consacrée! » Vous qui n'avez pas vu tomber nos temples sous les coups des persécutions,'mais qui les voyez tranquillement relever, avez-vous assez peu de ferveur pour ne point sentir ce que ce jour nous apporte de joie pareille ? Essayez d'analyser ce pieux sentiment et jugezeii par vous-mêmes.
P'abord nous usons ici du seul moyen de prosélytisme qui soit digne de nous, que notre foi nous commande, et qu'autorisent également et la constitution de notre patrie et l'esprit de notre Église. Nous ne venons médire d'aucun autel, d'aucun culte, d'aucun sacerdoce; nous ne sommes point des espions envoyés pour reconnaître les endroits faibles dî^ un autre pays; nous ne voulons troubler la paix d*aucune conscience, ni la fermeté sincère d'aucune foi; nous ne voulons surprendre la conversion de personne, ni nous mettre en état d'hostilité contre aucune Église; loin de là, nous tendons la main d'association à qui veut lu prendre, et