‹ SermonsChapitre 26 sur 37 · L*AN6K PORTANT L*ÉVAN61L£ ÉTSBNSL · texte numérisé non relu

L*AN6K PORTANT L*ÉVAN61L£ ÉTSBNSL

OÙ aucune place n'est vide dans le cercle de famille, oà Ton ne s'aime pas à travers des tombeaux, jusqu'aux Marthe ei Marie pleurant leur frère, jusqu'aux Rachel refusant d'être consolées parce que leurs enfants ne sont plus, jusqu'aux Jacob dont les cheveux blancs de^ cendent avec douleur vers leurs fils au sépulcre et aux David qui disent : Il ne reviendra pas vers moi^ mais j'irai vers lui ! Et dans notre propre vie, est-il une cir« C(Mistance où la Bible ncms soit inutile, dans les études de l'adolescence ou les tumultes de la jeunesse, dans les travaux de l'âge mur, ou les moissons de l'âge avancé ? Non, tenons donc sans cesse devant nous le livre saint ouvert, et à l'heure suprême, en retirant la main qui aura serré d'une dernière étreinte celle de nos amis, il sera temps,... alors seulement!... û sera temps de le fermer, parce qu'alors s'ouvrira pour nous le livre d'une révélation nouvelle, le livre de la révélation de l'éternité, où la gtoire de Dku et la charité de Christ ne seront pas écrits en caractères terrestres bons seulement de ce c6ié de la tombe , mais en traits divins, purs et brillants comme les cieux même des deux, comme les étoiles des cieux inconnus qui serviront dans l'éternité, comme la lumière de cette cité qui n'a pas besoin de notre soleU, paree que la splenifeiur ée INeu l'édaîre ét^mdilemenU

S£RMON

PRONONCÉ DAMS LB TEMPLE DE SAINTE-MARIE Le 5 mars 1848.

Ainsi a 4it l'Éternel : Gherchei la paix 4e la ville oà l'Éternel voos a établis^ car dêo»

^ jpaix Yoiis aurex la |»aix.

Jirémief XX^X, 6.

Mes Frères,

I>aas le tableau où la Bible nous montre Israël , au retour des«oixaiite-dix ans de la captivité de Babylone, ardemment oceupé à ressaisir sa nationalité et ^ reli* gioo parmi les ruines si longtemps dâaissées de ta patrie, un trait surtout doit remplir d'uiie émotion puissante le cœur d'un patriote et d'un fidèle : la foule, en voyant poser les fondemeois du second temple, éclatait en cris de joie et en chaats 4e triomphe *, mais quelques vieillards, qui ee souvenaient d'avoir vu le {uremier temple, se retenai^t point leurs sanglots, de sorte qu'on ne pouvait discerner la voix des £ris d^aUégresse d'avec la voix des pleurs du peuple ; ils repassaient ea idée leur kmgue earrière, et parmi les pompes et les espérances

de cette fête, ils se rappelaient tout ce qu'Israël avait soufiert depuis le jour où le temple si cher à leur jeunesse était tombé en même temps que périssait la pa* trie.

Il est sans doute parmi vous, mes Frères, des vieillards qui, en traversant aujourd'hui le seuil de notre maison de prière, ont éprouvé une pareille émotion; ces mots familiers et solennels, Liberté, Égalité, Fraternité, qu'ils ont retrouvés inscrits sur le portique *du temple, il leur souvient de les avoir lus au temps de leur jeunesse, lors de leur entrée dans la vie, sur tous les monuments de la cité *, et que de souvenirs immortels amassés dans ce seul souvenir ! Et pendant ces cinquante ou soixante ans, que de révolutions, presque toutes sanglantes, ont déchiré notre beau pays ! que de guerres et de gloire ! que de travaux et de génie ! que de luttes de tout genre ! que d'espérances et de mécomptes I que d'énergie déployée en tout sens et dont le monde a reçu le contre-coup immense ! Que de fois toutes choses ont changé, et que de jours dans ce demi-siècle où la voix des pleurs du peuple a dû se mêler aux acclamations d'allégresse et de triomphe !... Liberté, Égalité, Fra« ternité I... ces mots ont retenti autour de mon berceau ; ces mots sont parmi les premiers qui aient frappé mon oreille ; on m'a élevé au bruit qu'ils ont fait..; Écrits sur nos édifices à la lueur d'un orage, d'autres orages les ont effacés en passant; et qui m'eût dit, hier, que je m'arrêterais aujourd'hui à les lire sur le fronton du temple où nos pères, plus étonnés que nous, les ont lus une première fois ?

Toutes ces émotions ont envahi avec tant de force

mon âme, que je me suis facilement décidé à ne vous point apporter une de nos tranquilles méditations ordinaires. Je n'ai point voulu, d'ailleurs^ que notre Église pût être soupçonnée ou de n'avoir rien à dire ou de préférer se taire-, pareille révolution n'estpas une question qu'on esquive par le silence. Mon dessein, cependant, n'est point de traiter des sujets politiques-, la politique se sent mal à l'aise, quand elle parle du haut de nos chaires -, sa tribune est ailleurs, et si elle envahit la nôtre, elle perd à cette usurpation autant que la piété... Et je ne viens point accuser devant vous les vaincus d'hier; pour les vaincus, quels qu'ils soient, le ministre de l'Évangile n'a que des bénédictions et des prières; si des fautes ont été commises, quel cœur ne serait ému d'une expiation si terrible et si soudaine !... Et je ne viens point exalter devant vous les victorieux d'aujourd'hui... Pour les vainqueurs, quels qu'ils soient, le ministre de l'Évangile, dans sa chaire plus indépendante que jamais, si elle- pouvait le devenir davantage, n'a point de flatteries... Mais il a des conseils pour tous, et c'est des devoirs qu'imposent ces grands événements que je viens vous entretenir... Liberté, Égalité, Fraternité, ces mots-là ont été des mots chrétiens avant d'être des mots politiques : il s'agit de les prendre et de les appliquer dans une significatioa chrétienne.... J'espère vous montrer que ce moyen est le seul d'accomplir le devoir imposé par le prophète dans les paroles de mon texte: Ainsi a dit V Éternel'. Cherchez la paix de la cité où je vous^ai établis; car dans sa paix vous aurez la paix... Il ne suffit pas d'une république, il faut des républicains.

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I. Lorsqu'une grande multitude d'hommes se lève dans sa fureur -, lorsqu'elle s'élance avec une force irrésistible à travers le fer et le feu, contre le pouvoir qui se croyait réellement un pouvoir 5 lorsqu'elle brise d'une étreinte un des nœuds du lien social et jette aux vents la poussière d'un trône, soyez certains qu'une idée est au-dessous de ces mouvements terribles. Vraie on fausse, confuse et incertaine, ou positive et. précise, déraisonnable ou sensée, injuste ou légitime, réfléchie ou passionnée, il n'importe, soyez certains qu'une idée est là, présente et vivante dans les âmes. A ces élans il faut une impulsion; à tant d'action il faut un mobile. Nommez l'événementqui commence, accident ou complot, émeute ou révolution *, nommez Içs acteurs du drame des rebel les, des factieui[, des insensés ou des libéraux, des égoïstes, des fanatiques ou des réformateurs qui donnent satisfaction à leur siècle et préparent l'avenir, il n'importe... une idée les inspire et les conduit ; si la foule ne sait pour le moment ce qu'elle veut, ni même ce qu'elle pense, elle s'est emparée cependant d'une pensée à laquelle elle obéit; elle en a saisi une, même quand elle ne sait pas la définir et l'exprimer... Entendez-vous ces cris de menace et de vengeance, ces cria de* joie et de victoire?... Ces cris ont un sens pour ceux qui les profèrent, et malheur à qui cherche à se persuader qu'ils ne signifient rien ! La multitude, souveraine quand elle veut Têtre, finit toujours par se faire comprendre et enseigne à coups de révolutions ce que ses acclamations signifient.

Liberté, égalité, fraternité. 275

I^ nature humaine est ainsi faite : riiomme agit en pensant ; et faire ou tenter des révolutions... nous le savons par expérience, c^est agir, c^est oser.

Lldée du moment, au sein de notre peuple, est celle du progrès; il en veut à toute force*, il en cherche en tout sens ; il y court par tout chemin ; il y aspire sans cesse avec toute Tardeur de son imagination, avec toute la facilité de son esprit. Que sert de se le dissimuler? Le mot est partout, parce que le désir est partout ; et que sert aussi de crier à l'imprudence, de reprocher à toute cette génération, qui s'élance au-devant du splendide avenir qu'on lui a promis et qu elle se promet, que c'est courir trop vite? Elle ne s'arrête pas même pour écouter le conseil, et en courant, si elle fait des ruines, c'est pour s'arrêter alors, en faire des matériaux, et se bâtir le domicile de son repos et de sa gloire, sans s'inquiéter des fondements.

Cette insatiable ardeur de progrès n'a rien qui nous étonne, nous, mes Frères, à qui le christianisme révèle la nature humaine. L'idée, l'espoir, l'attente du progrès est naturelle à l'homme. C'est Dieu qui Ta mise en notre âme; c'est Dieu qui nous a proposé ce but; c'est Dieu qui nous porte à vouloir que le jour de demain soit meilleur que celui d'hier, et même que le jour d'aujourd'hui.

Cette recherche du meilleur est double ; Thomme veut toujours améliorer son sort et s'améliorer lui-même ; il aspire et à jouir plus et à valoir mieux ; comme il peut y avoir imprudence, ambition, folie dans ses efforts de félicité, il peut aussi y avoir lenteur, paresse d'esprit ou fausse direction, et passions tumultueuses dans ses

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efforis d^intelligence, de moralité, de religion ; mais il ne dépouille jamais complètement ces deux tendances qui l'excitent ; il se dégoûte spontanément de son passé, et toujours il se croit, toujours il se met en route vers ({uelque chose qui lui semble meilleur ; il ne marche qu'en montant ou qu'en s'imaginant qu'il monte.

C'est parce que la passion du progrès est inhérente à notre esprit que la philosophie a voulu l'accaparer à son profit, la présenter comme une de ses découvertes, s'en faire un de ses titres de confiance et de gloire. Mes Frères, nous n'entendons pas que la religion cède cet honneur à la philosophie*, le système de la perfectibilité humaine était une doctrine de la foi avant d'être une promesse de la raison, et la première voix qui a ouvert devant l'humanité en général, devant chaque homme en particulier, une carrière illimitée de perfectionnement, la première qui a défendu à l'homme de se déclarer content de ce qu'il est et de ce qu'il a, la première qui a refusé à l'activité légitime le droit de s'arrêter et de dire : Assez!... assez de bonheur! assez de vertu! assez de science! assez d'amour! c'est la voix de notre divin Maître ! 11 a dit à ses disciples : Soyez parfaits comme voire Père qui est aux deux est parfait,,, misé' ricordieux comme il est miséricordieux... saints comme il est saint l... Que vouloir et que concevoir de plus? Voilà bien la perfectibilité humaine posée en principe, admise en fait, déployée à perte de vue d'âge en âge pour les générations successives, et ouverte jour après jour aux efforts individuels de tout enfant de Dieu. Car ce n^est point en présence d'une assemblée d'élite, devant des hommes de science ou de génie, devant les

grands. et les sages du moment, que Jésus a parlé ainsi; non, il s'adressait à la foule réunie pour entendre le sermon sur la montagne; il s'adressait aux pauvres, aux humbles, aux petits *, il s'adressait à tous ; il propose à tous Dieu pour modèle et la perfection suprême pour point d'arrêt. C'était dire à la raison, à la moralité, à la foi : Vous ne vous arrêterez jamais!

Le christianisme est parti de ce principe pour rendre à l'homme le service immense de réveiller en lui le sentiment de la dignité de sa nature spirituelle et immortelle. Avant l'Évangile, l'homme ne savait pas ce qu'un homme vaut ; l'humanité était à peine quelque chose ; un homme n'était rien; l'homme avait perdu de vue en lui-même l'image de Dieu ; il l'avait assez effacée pour l'avoir oubliée et pour n'y plus songer; il se méconnaissait autant qu'il avait méconnu son Créateur; il était assez descendu jde son rang dans la création pour ne se douter que vaguement de sa chute... Le christianisme a relevé l'humanité de cet abaissement; il a rendu l'homme respectable et précieux à Thomme en lui rappelant et la gloire d^ son origine, et la beauté de sa tâche, et la grandeur de sa destinée ; il lui a dit : Tu es ' enfant de Dieu, et à cette parole l'homme a senti de nouveau sur son front qu'il était couronné de gloire et d'honneur^ roi de ce monde qu'il doit achever de conquérir, et créé un peu moindre que les anges qu'il doit rejoindre un jour... Ce langage, le christianisme l'a tenu à tous, depuis les Césars du jour... et les Césars du jour se nommaient Tibère et Néron... jusqu'au dernier des esclaves venus des marais du Danube, juqu'au dernier des prisonniers sortis des forêts de la Gaule, destinés

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tous à mourir avec grâce dans Tarène pour amuser un moment les vainqueurs.

Aussi, mes Frères, le christiajiisme, dans son application, a pour but que chaque homme soit aussi éclairé, aussi heureux, aussi moral et aussi religieux que possible^ de ce but excellent vous ne pouvez rien retrancher ni excepter personne; ce serait fausser, ce serait amoindrir, ce serait défaire le christianisme. Concevezvous un seul motif plausible pour qu^un seul homme, quel quUl soit, se refuse à un progrès, ferme sa raison à une vérité, sa conscience à une vertu, sa jouissance à une joie, et sa sensibilité à une tendresse? Concevezvous un motif plausible pour qu^un seul homme ignore un peu ce Dieu de bonté qu'il pourrait mieux connaître, efface sous ses yeux une ligne de l'Évangile qu'il ferait mieux de lire, obscurcisse ou défigure devant son espérance une des perspectives de l'immortalité? Non, il n'y a pas, il ne peirt y avoir de motif chrétien pour mettre le moindre obstacle aux améliorations indéfinies de notre sort et de notre nature. Marchons sans cesse en avant, le flambeau de l'Évangile à la main ; il n'éclaire que le chemin du bien, et il l'éclairé d'avance à travers toute la vie, à travers toute l'immortalité.

J'avais donc raison de vous dire que les trois mots des inscriptions renouvelées de nos édifices, Liberté, Égalité, Fraternité, ont été d'abord des mots chrétiens. Oui, quand la politique a voulu s'en emparer, c'est dans l'Évangile, sans s'en douter peut-être, qu'elle les a pris; oui, bien avant qu'on ait pu songer à en faire la devise d'une révolution et à les écrire sur nos murailles, la plume des pêcheurs et des péagcrs de Galilée les avait

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écrits sous la dictée de Jésus ; oui, bien avant que la politique eût mis la liberté à Tordre du jour du monde, et gravé partout son nom en caractères souvent si glorieux et trop souvent ensanglantés, FÉvangile avait dit aux hommes : La vérité vous rendra libres ; avant que l'égalité fût le principe de notre ordre social et le fondement de nos codes, l'Évangile avait dit : Vous n'avez qu'un seul maître et vous êtes tous frères-^ avant que la fraternité fût une vertu dite civique, elle était une vertu chrétienne, enseignée dans ce simple précepte qu'on ne peut, ni embellir, ni augmenter, ni refondre, d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, et de faire aux autres ce que nous désirons qu'ils nous fassent... Loin donc de vous étonner qu'une telle devise, qui n'est pas seulement politique, décore les portes de nos temples, mes Frères, en la lisant sur la pierre des murs, souvenez-vous que le monde l'a lue ailleurs; rendez gloire à celui qui le premier a fait écrire ces mots dans le livre où tous les progrès promis sont résumés, et demandezvous comment, en leur donnant une valeur et une portée chrétienne, vous pourrez chercher la paix de la cité où l^ Éternel vous a établis. Voilà les principes-, venons aux devoirs.

II. Votre première dette envers la patrie est de tiavailler à Talliance de la liberté et de Tordre. La liberté, aujourd'hui, se défendra, n'en doutez point, seule; elle a la force, la publicité, lé nombre, le torrent pour elle \ c'est l'ordre qui a besoin qu'on le défende, et au fond ce sera se porter aussi au secours de la liberté, parce que,

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sans Tordre public, la liberté n'est qu'un leurre, un mensonge, qui bientôt même ne trompe plus. Tout désordre est une tyrannie; tout désordre ravit quelque chose à rindépendance de chaque citoyen ; tout désdl*dre me suscite des obstacles, et c'est me tyranniser que de mettre un obstacle illégal en travers de mon chemin. Le désordre, quelque prétexte qu'il invoque, quelque passion qu'il exploite, quelque mobile variété d'allures qu'il déploie tour à tour, n'est qu'un. autre nom pour l'anarchie, n'est que de l'anarchie à l'essai, en attendant de l'anarchie en grand ; et la plus ancienne, la plus terrible des leçons de l'histoire, en tout pays et tout âge, est que l'anarchie devient le plus mauvais desdespotismes -, c'est un despotisme qui n'a rien pour lui ; rien, ni cette pesante et monotone paix que le pouvoir absolu peut au moiqs entreteniri, ni cette prospérité matérielle qui empêche un peuple de se réveiller, ni cette gloire éblouissante de la guerre qui fait répandre souvent assez de larmes pour quk)n oublie de pleurer la liberté absente. Et en tuant la liberté, le désordre social tue le travail \ les outils qui servent d'armes au désordre s'ébrèchent trop profondément et trop vite pour servir encore aux arts et à l'industrie ; dans le tumulte rien ne se fait ; les travailleurs n'ont plus le cœur à l'ouvrage, distraits par d'autres bruits que ceux de l'atelier; les uns ne font rien parce qu'ils font le désordre, les autres parce qu'ils le regardent faire ; les inquiétudes interceptent et arrêtent les commandes; l'inféconde activité du désordre laisse et même accroît la faim et la soif, en retranchant le pain quotidien ; la misère arrive à pas pressés, s'introduit partout, gagne de

maison en maison, descend d'étage en étage, et la société se dissout dans le désordre immense, comme s'écroule un édifice dont on retire le ciment... Chrétiens! soyez donc tous les défenseurs de Tordre, chacun.de vous à la place que Dieu lui a marquée, chacun dans le cercle où s'exerce son influence, chacun par les moyens de pouvoir dont il dispose. Dans le sentiment de ce grand devoir, se rallier au gouvernement qui existe, selon le précepte de TÉvangile que toute puissance est établie de Dieu; donner force à l'autorité, inculquer le respect des lois, marcher dans les rangs de la garde citoyenne, verser sans délai le montant de ses contributions, et en tout et partout se porter le gardien vigilant et courageux de Tordre public, pères de famille, chefs de fabriques, maîtres et ouvriers, n'en doutez pas, voilà votre devoir comme citoyens et comme chrétiens, votre devoir envers la société et la patrie, votre devoir envers vous-mêmes, envers vos femmes et vos enfants, envers Dieu. Nul ne doit s'y soustraire, nul ne doit déserter son poste et chercher dans le passé des motifs de trahir le présent. Avez-vous des regrets, il faut les contenir ; des inquiétudes, il faut les dissimuler^ des ambitions, il faut les ajourner... Vous avez le temps d'être ambi- . tieux \ remettez à demain, et commencez par courir à ce qui presse le plus; certes, ce qui presse le plus, ce n'est pas votre ambition personnelle : c'est la paix publique \ on entendra mieux le bruit de vos réclamations, quand tant d'autres bruits seront assoupis ; et l'ordre, qui est votre premier devoir, est aussi votre premier intérêt. H n'est, vous le voyez, ancun prétexte de reste qui vous justifierait dans votre fuite loin de la défense

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de la paix publique. Les rois abdiquent, quand ils en croient l'heure venue: les citoyens ne peuvent jamais abdiquer, parce que la patrie est toujours là. Obéisses donc à votre maître qui vous a commandé de rendre à JHeu ce qui est à Dieu^ et à César ce qni est à César ^ et puisque César aujourd'hui, c'est la nation entière, ea la servant vous vous servirez vous-mêmes, et vous cher^ eherez la paix de la cité (yU Dieu vtms a établis.

Le désordre des idées sera plus grand sans nul doute que n'a été celui des faits, et vous imposera en second lieu le devoir de veiller à Talliance de la liberté et de la foi. Je n'entends point, en. vous parlant de foi, désigner telle ou telle doctrine religieuse, tel ou tel système de théologie ou suranné ou moderne, et vous demander d'exploiter la liberté au profit de vos opiniens particulières, l'entends ici par la foi, prenant ce mot dans une de ses acceptions trop oubliées, la confiance dans la vérité. Il est facile de prévoir que dans la surprise, dans l'excitation actuelle des esprits, au sein de tout ce peuple qui a tressailli d'émotion et d'espérance jusqu'au fond de ses entrailles, et qui rentre du champ de bataille qu^il s'est choisi, ardent à écouter* tant de voix ardentes à lui parler, il est facile de prévoir que mille idées neuves ou que l'on croira telles, les plans les plus chimériques, les systèmes les plus hardis, les rêves les plus généreux, mais aussi les plus impossibles, vont surgir, danander audience, obtenir attention, se croiser et se contredire en tout sens; l'expéri^oice recevra des démentis sans nombje ; l'avenir va se colorer des espérances les plus éblouissantes, hélas ! et les plus. candides ; on en croira probablement bien plus la jeu-

nesse qui osera promettre que la vieillesse qui voudra timidement prédire; le passé aura tort; on s'imaginera voir à quelques pas de distance, et tenir comme sous la main, des progi^ès qui seront loin.... L'Eglise même, l'Eglise, dans sa constitution, ses ressources, ses droits, aura des luttes à soutenir, peut-être des épreuves à traverser, peut-être de mauvaises préventions à combattre ou des amitiés imprudentes à contenir.... Eh bien, ayez la foi, ayez confiance en la force immortelle de la vérité; tout peut changer: elle ne change jamais; tout périt: elle ne peut périr, parce qu'elle est la pensée de Dieu. Les révolutions sont formidables, et je ne sais où se trouve dans ce qui est terrestre une puissance aussi irrésistible que la leur.... Regardez à vos pieds ce qui reste de ce que leur souffle chasse devant lui ; mais la vérité n'est pas de la terre ; elle est du ciel, et elle est plus puissante même que les révolutions ; elle les regarde passer sans trembler à leur bruit, et au premier silence elle dit aux nations étonnées: Me voici ! Nous surtout, chrétiens réformes, nous devons nous tourner tranquillement vers elle comme notre force, notre asile, notre trésor, nous qui ne croyons pas à deux vérités. Tune la religieuse, l'autre la philosophique, toujours en guerre sourde ou en guen*e ouverte, mais en une seule, qui peut se nommer pliilosophie sur la terre, mais qui se nomme religion au ciel ; nous, dont les ancêtres ont déli\Té la raison du joug de Fautoritéet brisé le premier et te plus ancien aaneatt de ses chaînes, il nous sera doux de BOUS confier en sa lumière, quelques vapeurs qu'on Iksse «louter du sol pour l'obscmxar ; i'Éoriture, dans son magttffîque langage, la dépeifit comiike le «Aéil

de justice.... les ténèbres peuvent surgir: le soleil est fait pour les dissiper, et il ne manque jamais de rayons. Seulement, disciples conflants de la vérité, soyez aussi ses défenseurs, et ne pennettez jamais que devant vous, en essayant ^^accréditer de téméraires illusions, on en vienne à saper les deux bases fondamentales de toùtordre social et de toutordre religieux, la propriétéet la famille. Ce sont là les deux pôles du monde de Thumanité, qui doivent demeurer éternellement immobiles, inébranlables; sans quoi, le monde. s'arrête dans, un chaos. Que jamais de si funestes erreurs ne vous trouvent silencieux ! Protestez, protestez de toute Ténergie de vos convictiotis morales , et patriotiques et chrétiennes, contre toute atteinte portée à ces dogmes sacrés, acceptés par tous les siècles, bénis par tous les cul tes, stipulés dans tous les codes, et dont le christianisme a montré que le principe n'est pas une convention de la sagesse humaine, mais une nécessité imposée par Dieu même à Thumanité. La propriété!... oui, la société, sans elle, est impossible et n'existe plus -, la propriété est de droit divin ; ce que chacun possède. Dieu le lui a donné, et nul ne peut légitimement le lui ravir ; c'est ne plus.vouloir ce que Dieu veut, c'est usurper sur sa Providence, c'est prendre la place de Dieu et refaire le partage qu'il a fait. 11 est faux que de ce principe découle la honteuse et lamentable conséquence que le nécessaire doive manquer à un seul membre de la grande famille humaine; il est faux que les uns doivent'n'avoir rien, afin que les autres aient trop; non, à chacun le nécessaire; mais, puisque tous lés hommes tsont différents, au-dessus du nécessaire, à chacun sa part, grande ou petite, telle

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que Dieu l'a voulu ! fit pour parvenir par des perfectionnements de tout genre, dans les institutions, les lois et les mœurs, dans les industries et les échanges, dans tout le mécanisme de la société comme dans toutes les applications de la religion, à mettre partout le nécessaire, mettez partout à côté la propriété; car la propriété est la basé même du nécessaire, et si la propriété périssait, le nécessaire périrait avec elle. Il est aussi une propriété.... La famille! Défendez à outrance son inviolable sainteté, et ne souffrez jamais qu'on porte la moindre atteinte à cette arche sainte que Dieu a consacrée ^ dites et redites sans cesse que la seule situation divinement fixée sur cette terre à Thomme est celle où, dans la plénitude de sa libre volonté et dans Tardeur d'un généreux amour, il donne à la femme de son choix ce qu'il a de plus cher, son nom 5 son nom, pour qu'elle le porte et l'honore, et en soit fière et heureuse ; où alors il travaille, simple manœuvre, de toute la vigueur de ses muscles, homme d'intelligence, de toute la tension de son cerveau, afin de pouvoir dire chaque jour à ses enfants et à leur mère : J'ai travaillé, et Dieu m'a donné de gagner pour vous ce pain quotidien ; dites et redites que c'est dans ce sanctuaire de la famille que doit habiter le citoyen digne de sa patrie, Thomme digne d'être homme, le chrétien digne de l'Évangile qu'il croit ^ que c'est après une telle vie passée dans les labeurs, les joies, les tendresses, et souvent les peines et les deuils inévitables du foyer domestique, qu'on meurt en paix entre les bras de ceux qu'on a tant chéris, pour s'en aller les attendre là-haut ; dites et redites que c'est là la vraie famille, telle que le Créateur l'a instituée-, donnez-en

l'exemple dans la vôtre, et ne toléi^z jamais qu*on prétende y substituer des lois de licence ou des utopies d^im pureté.... Dans la défense de cette sainte cause, vous serez toujours assez forts, parce que la science, l'éloquence, l'esprit sont ici de trop; il suilit du cœur pour la plaider, et ne doutez point qu'en défendant ces intérêts sacrés, votis chercherez la paix de la cité oit V Eternel vous a établis.

11 reste enfin une protestation qui doit trouver votre voix toujours fidèle; il reste une' alliance qu'il importe de faire conclure à la liberté ; il faut protester contre la guerre et allier la liberté et la paix.... Mes Frères, notre première révolution (vous savez si nous sommes réduits à les compter) a été dirigée contre l'esprit d'une secte célèbre qui a infesté le monde moral et le monde politique de cette odieuse et funeste maxime, que le but santifie le moyen, et qui a mis, on sait avec quel art et quelle persévérance, ce principe en pratique, partout, depuis l'ombre de ses couvents et les cachettes de ses conciliabules jusqu'au milieu de la splendeur des cours et des délibérations des conseils, lorsqu'elle parlait à l'oreille de tant de rois. Hais, par une contradiction étrange et fatale, la premier^ de nos révolutions s'est mise pour son propre compte, et sans s'en apercevoir, sans se le reprocher, sans vouloir s'en repentir, à suivre ce même principe sur la plus vaste échelle, lorsqu'elle a tenté de forcer tous les peuples parla guerre à se rendre libres-, la liberté est un bien, mais la guerre est un mal, et entreprendre des guerres terribles pour apporter l'indépendance aux nations, évidemment, c'était pratiquer en grand la maxime, que le but sanc-

lifîe le moyen 5 c'était prétendre arriver au bien par le mal ; c'était proscrire d'une main pour bénir de l'autre ^ c'était dévastée aujourd'hui pour féconder demain...

Loin de notre temps cette immense et cruelle erreur que l'on a retournée d'une façon si terrible contre nous! 11 n'y a de guerres légitimes que celles qui défendent ou le sol de la patrie ou ses droits. Restons les maîtres chez nous, et ne le soyons que là. L'arme au bras, sur sa frontière, que la France s'arrête; qu'elle écoute, qu'elle attende, qu'elle brave le signal et ne le donne pas I Sur sa frontière elle sera invisible, et Dieu la bénira A deux pas plus loin, la question change du

tout au tout, et le peuple, qui, le premier, a inscrit dans ses codes une lib^té de conscience complète et qui condamne toute propagande religieuse, Dieu ne le bénira pas, s'il se laisse emporter à une propagande politique. La guerre!... Ah! je ne m'arrête pas i vous la dénoncer comme la source la plus féconde de maux affreux à l'extérieur et à l'intérieur, de près et de loin ^ ces maux, quel peuple les a plus connus que notre peuple, et qui ne se souvient du temps où les mères levaient vers Dieu leurs yeux épuisés de larmes de deuil pour le bénir de n'avoir plus de fils à envoyer à la destruction?... Je vous dénonce la guerre comme un crime, un crime social, un crime religieux, comme un démenti •aux principes de la liberté. Pour être dignes d'être libres^ pour en être capables peut-être, gardons-nous de violer les indépendances nationales, et rappelons-nous que, dans les guerres de propagande, le vaincu demeure plus libre que le vainqueur; car celui-ci est obligé de faire de la tyrannie pour implanter des institutions

libres et de commencer par mettre au rebut cette liberté quUl apportait à la pointe de son glaive... Disciples de Jésus, je vous somme tous de vous instituer les apôtres de la paix, et de proclamer de toutes vos forces qu'il est temps enfin que cette grande épreuve soit faite d'une grande nation, souveraine chez elle au point de devenir en trois heures de temps une république, et amie de la paix au point de se mettre tranquillement, sous les yeux de l'Europe attentive, à changer de sa main saignante encore de la guerre civile ses épées en serpes et ses hallebardes en faucilles.

Trois heures! ai-je dit, et en trois heures un changement si profond!... mes Frères ! à ce souvenir, quel cœur français, quel cœur chrétien peut, sans ressentir une émotion atterrante, repasser en idée nos annales et y compter les époques de révolution, de discorde, de guerre, hélas! et de guerres intestines? Quelle page de notre histoire n'est pas tachée des flots d'un sang généreux, et qu'il est bien temps que notre chère patrie se repose dans sa gloire, sa liberté et sa paix!... Tous ces âges sanglants se déroulent devant ma pensée, se soulèvent sous les plis de leurs innombrables linceuls, et j'y vois des guerres civiles qui ont duré des siècles, des années, où des mois, ou des jours..... Et, dans sa miséricorde immense, Dieu a permis que la dernière n'ait duré que trois heures ! Dieu a permis que l'arme, à peine levée entre frères, se baissât aussitôt. ...

N'est-il pas juste de dire de ces heures si rapides, mais si terribles, ce que JésUs disait à ses disciples des désastres de la ruine de Jérusalem : Si le Seigneur n'avait pas abrégé la durée de ces temps ^ personne iie serait

é/^happé; mais il Va abrégée en faveur de ses élvs.,. Béni sois-tu, ô Dieu de bonté! d^un si grand bienfait; béni sois-tu de ce qu^un temps si court a été donné au combat entre concitoyens; fais que le glaive, baissé si tôt par ces mains fraternelles, ne se relève jamais; fais que cette guerre civile soit la dernière de nos annales; fais que la réconciliation de tout le peuple soit cimentée par la paix générale, par la réconciliation de tous les peuples du monde! Dieu de bonté! montre-toi le Dieu de paix, et que dorénavant toutes les querelles des nations se concilient, non sur les champs de bataille, mais dans les conseils de la liberté!

Tous vos cœurs. Chrétiens, se joignent à cette prière. 11 n'est pas un seul d'entre vous qui ne soit intéressé à ce que Notre Père céleste l'exauce. Croyez-en le prophète : c'est seulement dans la paix de la cité, dans la paix de la patrie, que vous trouverez votre paix. Contribuez donc de toute votre puissance à vous assurer ce premier des biens ; et si les unanimes efforts des vrais chrétiens, des vrais patriotes, des vrais amis de la liberté réussissent, quel spectacle, quel exemple magnifique la France prépare au monde! La paix dans les ateliers, où l'ouvrier comprendra que le seul pain digne de la main qui vient de combattre avec courage n'est pas celui qu'on donne, mais celui qu'elle gagne; que la meilleure organisation du travail sera la liberté de travailler selon ses forces et de suivre le précepte sacré : Tout ce que ta main trouvera à faire^ fais-le selon ton pouvoir; qu'enfin les seuls salaires qui se paient, non pas quelques jours de suite, mais à la longue, sont les salaires librement débattus et acceptés, et que la force manuelle,

qui |)Ossèdc moins, ne peul rien poor elle-même sans la force intellectuelle, qui possède plus.*. La paix dans les maisons, où les discordes civiles n'auront pais de venin à répandre pour empoisonner les tendresses du cercle de famille, où il sera d'autant plus doux de »'aimer comme parents qu'cm s'entraimera comme concitoyens... La paix dans les églises, où les sectes et les clergés comprendront que la patrie terrestre doit être rimage de la patrie du ciel ; que foire du bien el s'entr*aimer est une loi de tous les cultes, et que, quand toutes les haines s'éteignent, il est moins qae jamais permis aux haines religieuses de durer... Chfétiens! sur l'autel de la patrie élevé dans vos cœurs, jurez-vous à vous-mêmes de marcher d'un pas fidèle dans ces voies du vrai patriotisme chrétien^ et lorsque vous toucherez au terme de la course, lorsque cette pairie qui vous est chère s'effacera devant vos yeux déjà voilés par la mort, lorsque vous n'aurez plus qu'une tombe à y occuper, vous vous rendrez, devant Dieu et devant Christ, dans vos derniers adieux et vos dernières pvières, le consolant témoignage de léguer à vos fils une France plus paisible, plus puissante et plus heui*euse que jamais !

Le riche et le panvre se reneontrent; c'ett PÉternel cpii les a faite tons âeax.

ProvwbeSf XXII, S.

Mes Frères,

Aux diverses périodes de Thistoire, rhumanité se ressemble. Les différences sont plus apparentes que réelles. Quand on compare les sociétés anciennes et la société moderne, les temps passés et notre temps, on est tenté de croire au premier aspect que tout diffère, nouHseulement les religions et les cultes, les lois, les gouvernements, les institutions et les mœurs, toutes les formes en un mot de la civilisation, mais aussi Ie8 relations des citoyens de la même patrie, des habitants de la même cité. Si on y regarde de plus près , si on ne s^arréte point à Técorce des choses, à l'extérieur des faits, si on pénètre au fond de ce qui constitue à toutes les époques la vie d^une nation, on découvre bientôt que les générations humaines se succèdent en marc|;iant au pas pour ainsi dire, en posant le pied sur les traces à peine effacées qu^ont laissées leurs prédécesseurs. C^est que Dieu est toujours le même, et

rhomme aussi ; le cœur humain ne change pas , et quels que soient ses progrès, Thomme est toujours homme ^ une société humaine, dans quelques circonstances qu^elle soit placée, sous un ciel serein ou orageux, est toujours, une société humaine; nous éprouvons ce que nos pères ont éprouvé avant nous ; en fait de prospérités ou de misères surtout, nous refaisons ce qu^ils ont fait ; nous jouissons comme ils ont joui^, nous souffrons comme ils ont souffert ; nos chants d^allégresse résonnent comme les leurs^ maintenant évanouis dans le silence de la tombe; nos larmes sont leurs larmes; nos deuils sont leurs deuils... II y a trois mille ans et plus que Salomon régnait à Jérusalem, et pourtant ne croirait-on pas que l'Écriture sainte parle de nous autant que des contemporains de Salomon, dans ce trait simple et touchant du tableau de la société en Israël : Le Riche et le Pauvre se rencontrent ? \rdu/'^ /^ Vous entretenir de ces riches et de ces pauvres qui se rencontraient alors, c'est donc vous entretenir de vous-mêmes, de Tétàt présent de la société, du partage actuel des biens du monde. Et il importe que la / prédication chrétienne ne s'occupe pas seulement des choses d'autrefois, mais de celles d'aujourd%ui ; ignorer le mouvement des esprits et n'y prendre aucune part, ce serait moins encore que prêcher au désert; ce serait prêcher en quelque sorte pour les morts et se rendre inutile aux vivants. Lorsque saint Pierre sous les galeries du temple prononça le premier sermon chrétien, il n'oublia point quUl parlait à des Israélites de Jérusalem, la. capitale de la Judée, remplis de ces grandes espérances patriotiques et religieuses qui formaient

alors la vie morale de la nation et qui bientôt éclatèrent avec un si terrible enthousiasme dans la guerre contre les Romains, leurs conquérants et leurs oppresseurs. Lorsque saint Paul prononça cet admirable discours où il révèle le Dieu inconnu^ il n'oublia point qu'il parlait à des Grecs, à des Grecs d'Athènes, la capitale de la Grèce, la cité la plus élégante et la plus policée du monde, la ville des chefs-d'œuvre, à jamais célèbre par l'esprit de ses habitants , par ses progrès admirables dans les arts, les sciences et les lettres, par son amour des libertés publiques qu'elle eut le tort de laisser périr sous le coup des discordes civiles A quelque

distance que notre ministère soit placé de celui des compagnons et des successeurs inspirés de Jésus-Ghrist, j'espère obtenir aujourd'hui toute votre attention en m'efforçant de me souvenir que je parle devant des Français, devant des Français de la capitale, de cette ville unique sur le globe, où la civilisation a comme établi son foyer central et dont l'action pèse d'un poids si extraordinaire dans les destinées et de la patrie et du monde, devant des Français enfm, les héritiers de soixante ans des révolutions les plus imposantes... Dans notre société comme dans celle dont mon texte rappelle un souvenir, le Biche et le Pauvre se rencontrent; j'examinerai, avec une entière franchise, dans ce discours, comment cette rencontre doit se faire, et vous reconnaîtrez, je l'espère, que la réponse est fournie par la seconde pensée du sage : Cest V Éternel qui les a faits tous deux.

^4 U BSMGÛKTRfi

I. Commençons par préciser le sens des paroles du texte. Le Riche et le Pauvre $e rencontrent^ c'est-à-dire, selon la force de roriginaU-ils vivent Tun continuelle-

v\ )u U4^^^^^ ^^ ^ Tautre dans la même société; ils vivent de la même vie ; enfants de la même famille, ils* sont aussi citoyens de la même patrie, habitants de la même cité, fidèles de la même Église; ils ont dormi dans des berceaux également fragiles; ils s'avancent vers la nuit également profonde pour tous de la mort, et, au delà, vers un ciel pour tous également radieux ^ c'est d'un pas égal qu'ils franchissent le commun intervalle ; en un mot, ils sont hommes au même titre, doués de facultés semblables, raison, mémoire, conscience, sensibilité, instinct de tendresse, instinct de patriotisme, instinct de foi et de religion, et en qualité d'hommes, Us $e rencontrent sur le sol commun de l'humanité.

Cest l'Éternel qui les a fyits tçus ieux^ c'est-à-dire, c'est Dieu qui a voulu ou qui a permis (vous appréf devez plus loin la différence essentielle du sens de ( ces deux mots) que leur sort fût différent; c'est Pieu qui a dirigé leur destinée de telle sorte que la richesse, les prospérités, les succès se trouvent ici, et la pauvreté, les privations, les mécomptes ailleurs; dans les événements de leur carrière mortelle, la Providence est intervenue comme elle intervient toujours : il n*y a pas une joie à ressentir, pas une larme à répandre, qui m soit un effet de la volonté de Dieu; la même main toute-puissante répand les épreuves sur U tête du pauvre et les bienfaits sur celle du riche : c^est . 'Éternel qui les a faits tous deux.

II. Ce simple développement des deux pensées du texte indique assez le principe sur lequel tout ce discours repose : il y a un Dieu , le Père commun des hommes ;Nil nous donne la vie; il marque pour chacun le temps de naître et le temps de mourir; il compte un à un nos jours du premier au dernier; il choisit le siècle de notre vie; il pface où il veut notre berceau et notre tombe, et il veille sur toutes les circonstances qui les séparent; il nous prépare, il nous instruit, il nous élève ainsi pour une existence meilleure ; notre vie actuelle est un apprentissage; Ma Providence fait en ce monde notre éducation pour un autre,

£n effet. Dieu, sans la Providence, n'est plus Dieu, ou du moins il n'est plus notre Père. Un père est-il un p^e quand il délaisse et oublie ses enfants? Qu'est--ce qu'un Dieu qui crée le monde pour l'abandonner; qui nous donne la vie, et ne s'occupe plus de nous, et ne s'intéresse plus à notre sort? Non, s'il y a un Dieu, il y a une Providence, Ne parlez donc jamais de hasaixl : le hasard est un mot qui n*explique rien, parce qu'on ne l'explique pas; et on ne l'explique pas, parée qu'il n'a point de sens. Vous ne compreneis pas ou vous comprenez mal. comment et pourquoi les choses arrivent , et vous dites : C'est un hasard ! Si vous le compreniez, vous ne le diriez pas ; ce ne seraient plus des accidents fortuits, ce seraient des effets combinés et connus. Les attribuer au hasard, c'est donc faire aveu d'ignorance, et ce point est foodamental ; car ne voir dans les événements heureux ou malheureux de sa propire vie que les chances d'une partie de cartes ou les coups dun ieu de dés, c^est ne plus croire on Dieu

ni en sa ProYidence; c'est ne plus croire à rien, pas même à soi : si l'homme est le jouet du hasard , qu'est-il? ^lû^^iLù^^^a^

La Providence est^ individuelle, c'est-à-dire qu'elle règne, non pas seulement en grand, mais en détail; elle gouverne Tunivers, les soleils et les étoiles, et fait croître grain à grain le blé dans nos sillons ; elle gouverne, elle conserve le genre humain et chacun de nous en particulier; elle conduit le raycHi de lumière à travers les plaines incommensurables du ciel et Tétincelle qui ; • ** jaillit sous le marteau du forgeron; elle entend la voix de tout un peuple qui prie au moment où quelque

^ v' ; immense danger le menace, et la voix du jeune enfant

qui dit sa courte prière entre les bras de sa mère. Per-

K(i,,}ç^ sonne n'est si inconnu que Dieu ne le connaisse point :

on est toujours connu de Dieu, et rien ne lui ^st indifférent : il s'intéresse à tout et à tous ; rien n'est grand, rien n'est petit à ses yeux : c'est bien là l'idée que Jésus-Christ nous donne de la Providence, quand it nous dit que les cheveux même de nos têtes sont comptés. III. De cette notion dis Dieu, de cette doctrine de la Providence, il résulte que, devant Dieu, tous les hommes sont égaux, égaux dans toute la force du terme, égaux d'une égalité absolue, complète, infranchissable pour ainsi dire. £t comment les enfants ne seraient-ils pas égaux à ce point devant leur Père céleste? Quelle ombre de privilège pourrait se glisser où il n'y a pomt de droits, et quels droits avons'-nous à faire valoir devant Dieu? Comment nous placer à des distances inégales de Celui qui est partout ? Comment concevoir que Celui qui est la justice même ait deux balances pour

nous peser^ et que Celui qui est l'amour même chérisse,

dans sa grande famille, les uns plus que les autres? Si

nous nous prosternons pour Padorer, est-il donc un

seul homme parmi les hommes qui doive se moins

prosterner que ses frères? L'orgueil humain peut rêver

des distinctions, quand il fait regarder en bas vers la ^

terre, ce champ d'exploitation de toutes nos vanités; ^U^i'-^rj •

mais quand on regarde vers le ciel, vers la Providence,

vers Dieu, on ne voit plus qu'un seul au-dessus de toiis, /

Dieu, et tous les hommes au même rang devant lui. ; ç/^/^

Mais si les hommes sont égaux^ il ne s'ensuit nullement qu'ils soient 'pareils^ et je vous conjure de réfléchir •' ■ attentivement au sens si différent de ces deux mots, que trop souvent on prend l'un pour l'autre; les con- / {., ^, . fondre, c'est se perdre dans la plus flagrante et la plus ^ funeste des erreurs. Autant il est incontestable, si ce n'est pour l'orgueil dans ses plus étranges accès de folie, que les hommes sont égaux, autant il est évident que les hommes ne sont point pareils ; c'est le contraire qui ] c< ; «^ est la vérité : les hommes sont tous difierents, et ils différent, malgré l'apparence, en tout. Rien n'est plus H c.^ r rare que deux visages humains qui puissent se prendre ' r^^t, ' l'un pour l'autre; il est certainement bien plus rare , ,. ^ encore, ou pour mieux dire, il est impossible de rencontrer deux hommes qui soient exactement pareils dans les forces de leur corps et celles d^ leur esprit, dans leur stature, leur tempérament et la videur ou la délicatesse de leurs cinq sens ; dans leur degré d'intelligence et de mémoire ; dans leur caractère, leurs penchants et leurs goûts ; dans les aptitudes et les secrètes propensions qui décident de leur talent, de leur car-

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rtëre, de l«ur métier; même dans leur sensibilité et leur puissance d'aimer et de se faire aimer, et, pour €omble,' dans leur instinct religieux, dans leur faculté de croire et d'adorer.

L'expérience le démontre à Tentour de nous chaque jour ; il suffit de suivre, d'écouter, de c(»nparer, pour voir amibien toujours les hommes diflerent les uns des autres, et n'en doutons pas, ces diflférences de nature

'iLç ' ijL^ étaient nécessaires au bien et au progrès commun. Je ^ vous délie de vous représenter l'humanité «composée

'■ lue i ^"^ d'hommes absolument pareils en tout, et pour le corps, et pour Fesprit, et pour le cœur. Cette espèce d'humanité-là s'arrêterait immobile sur son chemin ; tout progrès serait impossible ; vous ne seriez plus hommes, et je ne sais ce que vous.seriez.

ur> ^ ""tow ' Aussi ces difiérences d'homme à homme,' indisp^sables au plan général que Dieu s*est prescrit dans la , , ' marche des choses humaines, se retrouvent-elles dan& I tout ce qui est humain et terrestre. ;i, ^, ■ i :*

Dans tout ce qui est humain : il faudrait, pour que les hommes fussent pareils, changer complètement ^ l'ordre^lans lequel les générations humaines se suivent ; il faudrait que chaque génération arrivât fout entière au même moment dans la vie et descendit au même moment dans la mort *, il faudrait que tous ces contemporains de la même vie eussent une pareille enfance, une pareille jeunesse, une ' vieillesse pareille; alors, ils pourraient peut-être passer par une égale croissance, jouir toujours d'une égale santé, parvenir à une égale stature et se donner une semblable constitution ; plus tard, ils arriveraient à une décrépitude identique, et on

les verrait enOn mourir tous ensemble ,k un moment donné. Bien p)us, il faudrait que toutea, les unions fus* sent au même degré fécondes et que tous les ménages eussent le même nombre d'enfants à recevoir, à nourrir, à élever #.. Qui ne voit que nous sortons du monde réel et que nou» nous perdons comme à plaisir dans un HMMide imaginaire?

La nature entière, le globe de la terre, l'atmosphère qui le cotivre, Fair que notre poitrine respire, le sol que nos mains cultivent, sont arrangés en vue de cette di- Tersiié qui nous distingue, et y contribuent. Voilà le nuage chargé de grêle qui s^élève et s'approche... Sur quel champ éclatera-t-il? Sur le vôtre ou le mien? Sur le eh^mp cultivé ou sur la bruyère aride? Sur le champ du père de famille pu de l'égoïste sans famille? Sur le ehamp du paresseiflï et de l'oisif ou du travailleur?... Qui le sait? Qui le peut prévoir et qui en décide? Est* ce vous ou mm?.** Non, c'est Dieu, qui n'a point de eompte à nous rendre^ Dieu qui a ses raisons pouf ioot et qui n'est pas tenu de nous les dire. Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants et des* cendre ses pluies sur les justes et les injustes. Voulezvous qu'il n'y ait point d'orages, point de nuées, point de grêle, où vous chargerez-voifô de les diriger? En demiàre anatyse, vous devez convenir que se plaindre de ces différences, c'est demander au Créateur un autre m<»ide que celui où nous sommes, ou bien c'est méconttaître celui-ci... celui-ci qui est ce qu'il doit être comme monde d'épreuve et de travail, et non comme immde de récompense, de repos et de bonheur.

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