‹ SermonsChapitre 27 sur 37 · IV. Hélas ! ce n'est pas tout. Il existe entre les hom · texte numérisé non relu

IV. Hélas ! ce n'est pas tout. Il existe entre les hom

mes une autre différence, la plus triste de toutes, qu^il est nécessaire de signaler^ les hommes ne sont pas seulement heureux ou malheureux : toutes les questions / r ■' ' ( ^$s ^^ ^^ \j^\lQ soulève seraient bien autrement faciles à ; vider, et la rencontre du pauvre et du riche aurait un

bien autre caractère \ mais les hommes sont bons ou méchants \ les uns cultivent leurs facultés pour le bien, les autres cèdent à leurs mauvais penchants ; les uns nourrissent les purs et nobles sentiments dé l'âme humaine et y cherchent leur sécurité, leur paix, leur bonheur, et les autres changent ces sentiments naturels en passions fatales et corrompent leurs joies en se corrompant eux-mêmes; les uns disent au démon des m^auvaises habitudes : Retire-foi! et les autres plient sous son tyrannique empire \ les uns cherchent dans la vertu un refuge contre l'adversité, et les autres cherchent ce refuge dans le désordre et le péché, quelquefois dans le crime *, les uns, pour tout dire en un mot, laissent à Dieu dé mesurer leur part des peines inévitables de cette vie ; les autres s'en chargent eux-mêmes * et augmentent leur part de souffrance de tout ce que le vice sait si bien ajouter de malheurs aux malheurs ordinaires de la vie.

y. Résumez en votre esprit tous ces principes, ces faits, ces expériences, et la conclusion à saisir ne pourra vous échapper : un Dieu qui est notre père 5 une Providence qui est individuelle dans ses soins toujours indépendants et souvent mystérieux, mais toujours pleins de sagesse et d'amour; les hommes tous égaux, mais tous différents, et ces différences, variées et nuancées â l'infmi, nécessaires au progrès commun, sanctionnées

DU RiCHE ET DU PAUVRE. 301

par les phénomènes de la nature qui y contribuent, et • trop souvent envenimées et renforcées par les différences de conduite et de moralité^ voilà Pétat du monde, voilà Dieu et l'homme, voilà la Providence et notre situation ici-bas... Mes frères ! la richesse et la pauvreté ne sont qa'une des formes, un des accidents, un des noms de ces différences universelles et inévitables qui se produisent au sein de l'humanité.

£n voici des preuves de fait : les différences de fortune tiennent aux différences générales et fondamentales qui /u / /^ c

séparent les hommes, au point que, comme toutes les autres, les différences de fortune sont variées à lïnfini, et que, de plus, elles proviennent souvent de causes indépendantes de notre volonté et de notre conduite. Où finit la pauvreté ? Où commence la richesse ? Qui / peut le dire? Qui peut tracer entre elles une ligne nette, tranchée, visible pour tous, et qui les sépare? Personne. Aquelsigneéclatantetpublicreconnaîtrez-vousunriche et un pauvre? De signe, il n'y en a pas, il ne peut y en avoir-, car il changerait sans cesse de moment en moment, de lieu en lieu, d'individu en individu, et plus encore, s^il est possible, de famille en famille^ il changerait aussi de deuil en deuil *, il changerait selon le nombre des pertes-, il changerait par tombeau... Richesse et pauvreté sont des questions de climat : on est riche au midi sous les feux d'un ardent soleil et un ciel toujours pur, avec bien moins qu'au nord sous des frimas et des cieux glacés^ ce sont des questions d'habitude, surtout à une époque avancée de la vie, au point que si vous donnez trop d'opulence à un homme rompu à la vie de l'indigence, il ne sait qu'en faire et souvent se la laisse

extorquer, et tjue le riche réduit à iine médiocrité voisine des privations seira pauvre à la lettre avec ces restes de fortune qui seraient de l'aisance potir tant d'autres; ce sont des questions d'âgé :lé vieillard â plus de besoins que le jeune homme et l'homme mûr; ce sont des questions de santé; le malade et rihfirme sont pauvres par leur débilité même; ce sont des questions de sexe : la femme est riche ou pauvre à d'autres conditions, à d'aiitres degrés que l'homme ; ce sont des questions d'aptitude et d'assiduité au travail : le paresseux se fait son indigence ; l'incapable, l'itihabile lutte plus difficilement contre la sienne; ce sont des questions d'à- \ bondanoe et de disette., de fertilité et de stérilité, de' ^ pluie et de soleil, où la nature entière et toutes ses ) forces, tous ses phénomènes ont leur part; ce sont des . . questions de paii et de guerre, d'ordre public et de discordes civiles... Qui comptera les fortunes brisées par les guerres et les révolutions, fortunes ou d'ouvriers ou de patrons?... Et enfin ce sont des questions de famille : un berceau de plus quelquefois appauvrit; et il est lugubre, mais il est vrai de dire que dans un monde tel que celui-ci un cercueil de plus petit ne pas appauvrir. •• Voyez donc combien il est vrai que le riche et le pauvre doivent se rencontrer sans haine, sans envie, sans défiance, sans égoîsme, puisque la richesse et la pauvreté, si éloignées dans leurs;|iegrés extrêmes, s'avoisinent et se touchent dans leurs^ degrés intermédiaires, au point qu'il est absolument impossible de séparer et de tenir à distance les pauvres et les riches.

Mais, hélas ! il me reste à vous donner une plus triste démonstration de cette vérité que la richesse et la pau^

vretéj qqel que soit le degré qu^elles atteignent, sont une de ces différences natives qui pèsent sur nous tous... Oui, sur nous tous!... Mes Frères, je m'efforcerais en vain d'épuiser l'immense sujet que je traite : il me faudrait vous montrer que le riche et le pauvre se rencontrent nécessairement, parce que Tun a besoin de l'autre; le riche du pauvre, le pauvre du riche, et que l'échange mutuel de services entre eux est une des lois de ce monde, une des épreuves et des leçons permanentes que Dieu nous impose. 11 me faudrait vous montrer que cette rencontre pacifique du riche et du pauvre est d'autant plus impérieusement ordonnée par Dieu même, que dans ce monde, on a eu raison de le dire, rien n'est certain, si ce n'est l'incertitude; que le riche n'est jamais sûr de sa richesse, ni le pauvre àe sa pauvreté, et que les situations de jour en jour peuvent changer et devenir l'inverse... J'ai hâte d'en venir au point de contact et de'resti^mblance le plus frappant entre elles, et tout ce discours a dû vous y préparer* Il résulte des principes mêmes posés dans ce qui précède qu'il y a deux sortes de richesses et deux sortes de pauvretés, et voici leurs noms, que je n'ai garde d'affaiblir ou de décolorer devant vous : il y a une bonne, richesse et une bonne pauvreté ) il y d une mauvaise richesse et une mauvaise pauvreté.^

La bonne richesse (héréditaire ou non, peu importé, car si vous acceptez^l'idée de famille, vous acceptez celle d'bérédité, et le lien de famille n'existe plus quand le père, en travaillant, en économisant, en recueillant pour lui-même, n'est pas sûr de travailler, d'économiser, de recueillir pour trapsn)ettre à ses enfants), la bonne ri^

• rfjiit « W

chesse est celle qui, l^en acquise par légitime héritage < ou par intègre succès, est de plus empreinte de ces quatre caractères : l'humilité, car qu'as4u que tu n'aies reçu de Dieu,'^^ si tu l'as reçu, pourquoi t'en glorifier^ comme si tu ne l'avais pas reçu ? la modération : jouir de sa fortune est un droit ; abuser est un vice, et le vice n'a jîimais le droit pour lui ; le travail : écoutez saint Paul : Si quelqu'un ne veut pas travailler, il ne doit pas non plus manger, et il est certain quesaint Paul, par le travail, est bien loin d'entendre seulement le travail corporel qui ouvre la terre sous la pression d'une bêche, façonne le bois sous le tranchant d'un outil, coupe les pierres et cisèle les métaux ; non, saint Paul parle ici du travail, quel qu'il soit, manuel ou intellectuel ; sa pensée est simplement que nul n'a droit d'être inutile, qu'il y a toujours une tâche à remplir dans la vie, que chaque homme a la sienne, et qu'il paye, en la remplissant, une dette sacrée, une dette de naissance, une dette contractée envers l'humanité, envers sa patrie et son Église, envers Dieu. Aussi, sous ce rapport, la richesse et la pauvreté ont été mises par la Providence en opposition l'une à l'autre, l'une comme point de mire, l'autre comme écueil à fuir, et les plus heureux, d'ordinaire, sont ceux qui, sans atteindre l'un ou l'autre des extrêmes, s'arrêtent entre deux, à distance égale,< dans cette médiocrité paisible que l'Ancien Testament nomme le pain de notre ordinaire, et le Nouveau notre pain quotidien. Mais, dans la gêne ou dans la richesse, peu importe, il y a un emploi à faire du temps, et c'est contre ceux qui refusent d'être utiles dans leur vie que Tapôtre prononce cette sentence, qu'ils n'ont plus le droit de manger, c'est-à-

dire le droit moral de vivre. La bienfaisance, enfin, est le dernier signe de la bonne richesse ; car tout garder pour soi, c'est tout corrompre entre ses propres mains, et donner au pauvre, c'est prêter à l* Eternel qui rendra le bienfait... La mauvaise richesse, c'est celle qu'accompagnent l'ostentation et l'orgueil, l'excès des jouis* sances du monde, l'oisiveté d'une vie inutile et cette dureté de cœur, cet égoïsme de, conduite qui ne veut pas que le riche et le pauvre se rencontrent^ qui ne veut pas que les bienfaits compensent ces différences, qui ne veut pas que la vraie charité se fasse l'auxiliaire de la Providence. J'en ai la ferme conviction : ce concours que la charité prête à la Providence doit aller au point de rendre, sous ce rapport, la société vraiment fraternelle, vraiment chrétienne^ et la société ne le sera qu'imparfaitement avant d'avoir fait en sorte que la misère absolue frappe seulement ceux qui le méritent et s'y retiennent eux-mêmes. Un dénûment complet et immérité doit être secouru; complet et immérité !... Car «ans ces deux caractères, il n'a droit formel à aucune assistance ; t^nt qu'il lui reste des ressources, le pauvre doit les employer à se sortir lui-même de sa pauvreté ^ c'est seulement à l'heure où il ne le peut plus que le secours lui est dû... Et si le dénûment n'est pas immérité ?.;. la question est changée du tout au tout.

Vf. Mes Frères, j'arrive ainsi à la plus lamentable des réflexions que mon sujet et mon texte suggèrent : il y a aussi une bonne et une mauvaise pauvreté ; une bonne, c'est celle qui naît du malheur et non du vice, celle qui, pure de toute envie et dé toute haine, s'appuie Isur la résignation et la confiance en Dieu, celle qui n'est que

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la suite d^in de ces mille accidents qui nous menaçât tous; celle qui a sa source peut*être dans une imprudence, une inexpérience, une erreur, ou qui tombe du ciel avec rinclémence des airs, ou qui sort du sol avec des émanations malsaines, ou qui s^attache à nos mem* bres avec les faiblesses d'un excès de travail et les dou* leurs d'une atteinte de maladie, ou qui vient à nous pour ainsi dire à travers Tagonie et la mort d'un père, d'un m^ri) d'un protecteur, A quel respect, j'ose à peine dire 4 quelle pitié, ont droit toujours de telles pauvretés, les les plus résignées, les plus touchantes, les plus faciles à secourir, à conseiller, à consoler ! S'il n'en existait pas d'autreg, que la rencontre du riche et du pauvre serait plus heureuse et plus féconde !... Mais, hélas ! qui ne le sait, qui pe le voit ? Â côté de ces misères si religieuses et si morales, il en apparaît de bien différentes qui trop souvent ^*y fnèlent -, la mauvaise pauvreté trop souvent circonvient, complique, aggrave la pauvreté intègre et pieuse, Je i\p sais rien de plus honorable au monde, devant Dieu et deyant les hommes, que l'iionnète ouvrier, rbpnn^te cultivateur, malade, ou blessé, ou infirme, ou vi^ux, vieuic et de travail et d'âge, qui laisse malgré lui tomber de sa main défaillante Toutil de son [ métier ou le manche de sa charrue en se demandant où il trouvera désormais le pain quotidii^n pour sa femme, ses enfants et lui-même. Ah ! c'est sans qu'il ait à relever sa inain fatiguée pour implorer des secours, que sa patrie d'uue part et son l^glise de l'autre doivent fournir au repos de sa vieillesse et lui payer honorablement le 9alaire de sa vie. Mais quel plus cruel spectacle pour le citoyen et le chrétien, et quel plus cruel désespoir pour

tous les amis de rhumanité assidus à chercher les moyens d*en compenser et d^en restreindre les inégalités nécessaires, que la misère de toute une fan^ille, femme, enfants, vieillards peut-être, sans cesse entretenue par rineonduite, la lâche paresse, la régulière intempérance du père et du mari, qui, oubliant ces titres sacrés, fait payer Tescompte de ses vices à ceux dont Dieu lui a confié le bonheur, et les plonge dans la misère pour se plonger, lui, plus à Taise dans la dépravation ! G^est une loi terrible, mais juste, établie par Dieu même, que le mal enfante le mal, et que le mal dont nous nous rendons coupables, avant de retomber en condatnnationfiur notre tête, retombe en misères sur la tête de nos pères et mères, de nos femmes et de nos enfants.

Que faire donc, et où se trouve notre devoir au milieu de cette complication de deux misères si différentes, et comment faciliter la rencontre du riche et du pauvre ?••• Mes Frères, il faut attaquer, par tous les moyens dont la religion, dont la société, dont la morale publique et Topinion publique disposent, la mauvaise richesse et la mauvaise pauvreté^ il iaut, h toutes ces mauvaises passions, opposer des institutions qui les combattent et les désarment de plus en plus ; il faut, aux mauvais riches et aux mauvais pauvres, tenir un langage également sévère, et faire rougir les uns de leur égoîsme, les autres de leur immoralité, et les citer tous au tribunal de ce Dieu qui les jug^a ; il faut répandre et populariser ces simples et grandes ^vérités, que les différences de sort ne dispensent pwsonne de la Fésignation et personne de la charité^ il faut réunir toute la puissance dont la patrie et dont ses diverses

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Églises disposent pour ne laisser se prolonger nulle part la misère vraiment digne de compassion. Et ici s'offre une dernière idée que je vous supplie tous de bien peser : Le malheur a une limite, et l'on peut compteir avec lui et y mettre un terme; tout dènûment qui n'est qu'un malheur, je le répète, peut et doit être secouru et terminé ; mais le vice n'a pas de limite; on peut toujours devenir plus vicieux et toujours dévorer la substance de sa famiUe : le péchés la licence, la révolte sont des gouffres sans fond , que toutes les richesses du monde ne combleraient pas... Pauvres, rentrez en vous-mêmes, jugez votre indigence, et voyez si elle est suite de malheurs : alors elle peut finir; ou suite d'iniquités : elle ne finira qu'avec ces iniquités mêmes. Vous, riches, jugez votre richesse, et, pour la sanctifier, cherchez, cherchez plus que jamais autour de vous les maux que vous avez moyen de guérir, et ne doutez pas. que la rencontre des pauvres et des riches, conduite selon ces règles que l'Évangile de Jésus-Christ a enseignées au monde, ne soient une bénédiction, une joie et une paix pour eux et pour vous.

Et comment vous refuseriez-vous, du milieu de vos prospérités et de votre richesse, ou de vos souffrances et de votre pauvreté, comment vous refus^iez-vous à ces rencontres de familles, paisibles, confiantes, sans esprit d'orgueil, de domination et d'égoïsme chez les uns, sans esprit de haine, d'envie et de murmure chez les autres; comment refuseriez-vous, riches et pauvres, de vous donner ainsi la main fraternelle dans ce monde

d'un jour, et d'abjurer pour jamais toute idée ou d'opprefsion ou d'attaque, si vous considérez que Dieu a arrangé pour vous trois inévitables rencontres dont le moment revient sans cesse ou peut à chaque instant venir, et que vous ne pouvez refuser?... La rencontré de l'Église, d'abord : qui de vous, dans ce temple, est riche ou pauvre? Votre luxe ou votre dénûment a-t-il à faire ici, et crée-t-il devant Dieti quelque différence, quand l'eau du baptême touche en son nom le front de vos enfants, quand vous lui confessez vos fautes avant d'en imploret le pardon, quand la Sainte Cène vous réunit en sa présence? Non, vous êtes tous ici également riches et également pauvres ; car icrvous ne pouvez être riches qu'en Dieu, riches seulement en espérance, en foi et en amour, riche^ de ces trésors que les vers ne peuvent ronger, de ces biens spirituels qui appartiennent à quiconque les veut, qui sont donnés à quiconque les demande, et dont on ne peut être dépouillé que par soi-même. Ah ! vous anéantiriez votre culte dans l'Église, et vous le réduiriez à rien, et vous arrêteriez au passage vers le ciel vos prières prêles à y monter, si, riches et pauvres, vous refusiez de vous rencontrer dans le temple en paix et en égalité devant Dieu, votre Père céleste, et Jésus, votre unique Sauveur, votre guide, votre modèle.

Plus loin, la rencontre de la mort!... Différez dans la vie, il le faut; je vous l'ai démontré ; mais je vous défie de différer dans la mort; un dernier soupir est toujours un dernier soupir; il n'y a pas deux manières de l'exhaler; il ne laisse après lui qu'un cadavre pareil ; le linceul et ses plis, le sépulcre et sa profondeur peu-

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vent varier en dehors ; mais sous ces vaines apparences, le contenu est le même ; ce n'est jamais qu'un cadavre que les vers attendent, et au bout d'un pgu de temps,

, qu^uii peu de poudre qui elt tellement retournée en

poudre qu^op ne la distingue plus ^ s^ place Qt qii'elle cesse d^avoir une forme et un nom.

Enfin, la rencontre de Timmortalité- Y a-t-il des riches et des pauvres dans le ciei ? Non, nous nous y trouverons

> tous au même rang; là régnent, non-seulement la vraie

félicité, la vraie gloire, la vraie paix, mais aussi la vraie égalité \ ceux qui auront donné, ceux qui auront reçu pendant la vie, avanceront du même pas vers Dieu pour y recevoir tous le trésor du même salut...* Oh! con^mencez donc par vous soufirir mutuellement dans ce monde, vous qui devez vous reconnaître et vous rapprocher dans Fautre \ commencez par vous entr'aimer dans la vie, vous que Dieu appelle à vous entr'aimer dans Vimmortalité! Que vos réconciliations et vos affections de la terre vous disposent à celles de ce mopde meilleur, où la sou(Ifance ne peut pas plus pénétrer que 1^ discorde, et où Dieu sera tout en tous... Mes Frères, il est dit dans rÉvangile que le pauvre Lazare a eu $e$ ma'ux dam cette tne, et qu'à l'heure de sa mort, transporté par les anges au

:/^v)^^ sein d'Abraham^ il fut consolé... Les dédommagement p . du ciel pour les pauvres qqi auront su souffrir, et les Il ' récompenses du ciel pour les riches qui auront su ainier,

voilà le lien de cette vie et de la vie éternelle. •• Reconnaissez-le donc : il bon que le Riche et le Pauwfi se rçncontrenti c'est l'Éternel qui les a faits tous d^gs {

LE RICHE ET LE PAUyRE CHEFS DE FAMILLE.

s Gelai qui n'a pas soin des siens, et surtout de

ceux de sa famille^ a renoncé èi la foi, et il est pire qu'un païen.

Ire EpU. de saint Paul à Timoth., V, 8.

Mes Frères,

L^homme est un être aimant. Son cœur abonde en affections saintes et pures, qui ne sont point un fruit de réducation ou de Thabitude, un effet des institutions sociales, de la douceur des mœurs ou du progrès de la civilisation et des lumières. L'homme est un être aimant, parce qu'il a été créé tel. Il entre dans la vie avec la puissance et le besoin d'aimer ; ses affections sont une dA saintetés de son âme, une des grandeurs de sa destinée, une des gloires qui prouvent que Dieu nous a faits un peu moindres que les anges.

Conforme, dans ses principes immuables, à notre nature , le christianisme est une religion d'amour. Il nous dit que Dieu est amour, et il x-eut que nous le soyons. !^

Aime ton prochain , c'est-à-dire tout homme quel quUl soit) sans plus t'inquiéter que le bon Samaritain

de la patrie, de la condition, de l'éducation, de la fortune, de la renommée, de la religion même du voyageur blessé^ aime ton prochain comme toi-même, etfai$ aux autres ce que tu désires quHls te fassent : voilà toute la loi et les prophètes^ tout ce que la loi prescrit, tout ce que les prophètes enseignent, le second corn- ' mandement égal au premier,^ égal au commandement de Tamour de Dieu : voilà le lien unique et général qui abolit tous les privilèges, condamne toutes les servitudes, et trouve sa sanction dans le fait incontestable que Dieif a formé d*un seul sang tout le genre humain et que tous les hommes sont frères.

En dedans de ce cercle immense viennent se placer nos liens plus étroits, nos affections plus intimes, que les préceptes de l'Évangile et les exemples de Jésus consacrent, et qui, loin de délier ou même de relâcher le lien de la fraternité universelle, h^en sont qu'une forme plus douce, une application plus facile : 1- amour de nos coreligionnaires :j/aiïe5 du bien à tous, dit saint Paul, et surtout aux serviteurs de la foi; de nos concitoyens : Jésus n^a jamais oublié qu'il se devait, avant tout, aux brebis perdues de la maison d'Israël, sa nation. Autant que le patriotisme, l'amitié, dont on se demande toujours si elle est un devoir ou sBnplement un bonheur, reçoit dans l'exemple même de Jésus une sanction décisive ^ parmi ses apôtres, qu'il aimait tous, . Jésus avait un ami, saint Jean... Enfin, sur les affections d'amitié planent les affections de famille. Notre divin Sauveur les déploie au milieu de la tranquillité de sa jeunesse et des horreurs douloureuses de sa mort. Dans l'atelier de Nazareth, sous l'humble toit de ses

parents, il leur était soumis ; sur Golgothu, du haut de sa croix, il a donné la plus touchante leçon de piété filiale et de confiante amitié, quand il a dit à Marie et à saint Jean : Femmes voilà ton fils! disciple, voilà ta mère! Et saint Paul, avec Fénergie accoutumée de sa parole, recommande ces vertus en ces termes : Celui qui n*a pas soin des siens, et surtout de ceux de sa famille^ a renoncé à la foi, et il est pire qu'un païen.

Dans un premier discours, je vous ai montré la rencontre du Riche et du Pauvre, au point dé vue de la Providence. et de la religion \ aujourd'hui, je viens étu- .dier avec vous la richessse et la pauvreté au point de vue de la constitution de la famille. Je ne craindrai point de toucher à ce côté de mon sujet, qui semble, au premier aspect, rebutant ou dangereux, et je me propose de traiter cette matière si délicate , mais si grave, avec la franchise et Tautorité que justifient trente années de ministère. J'aurai atteint, et non dépassé les bornes prescrites, si je vous force à reconnaître que richesse ou pauvreté ne change rien à la nature de la vie de famille, ni à ses devoirs, ni à ses avantages.

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