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I. Je commence par établir les principeij de la matière

La famille n'est pas une institution humaine; l'homme ne Ta point imaginée en se disant : la vie de famille est celle qui nous convient le mieux; formons-nous en familles et vivons de cette vie. En d'autres termes, la famille n'est pas un choix, une préférence, mais une né-

cessîté de nature, et, par conséquent, une intention de Dieu* C^est Dieu dont la main créatrice a serré le premier de ces liens sacrés qui amenait tous les autres» La famille est donc ausû ancienne que l'humanité^ elles ont commencé ensemble, et, dans son simple langage, le premier livre de la Bible nous l'enseigne* Dès la création. Dieu dit : Il n'est pas bon qne l'homme soit seul; je donnerai à l* homme une aide semblable à lui. On le voit; selon la révélation, toujours d'accord avec notre sens nioral et notre nature intime. Dieu lui-même donne à l'homme sa compagne, et cette parole exprime l'institution divine du mariage et de la famille, en enseignant à l'humanité quels sont, sur cette terre, le devoir et le rang de la femme : elle est une aide donnée à l'homme, voilà sa tâche dans ce monde; une aide semblable à lui^ voilà sa place à ses côtés : elle doit le seconder à titre d'auxiliaire unique de sa vie ; son aide pour tous ses travaux, tous ses devoirs, tous ses progrès ; pour toutes ses peines et ses joies, pour tous ses jours, y compris le dernier ; son aide, à titre d'amie, de compagne, de conseillère, de consolatrice, et jamais comme une servante, une sujette, une esclave ; jamais comme une mercenaire qu'il achète , un complice qu'il exploite, un jouet dont il abuse. S'il ne veut pas d'esclavage pour lui-même, il ne doit la réduire en aucune servitude; elle cesserait d'être semblable à lui. Aussi, quand la femme sort de sa place naturelle et divine, l'homme est mis hors de la sienne, malheureux l'un et l'autre pour avoir démenti leur nature et renié leur création; la vraie famille, celle que Dieu a établie, n'est plus. C'est en vain que les hommes veulent met*

ire autre chose à sa place. Je compte bien vous montrer qu'ils n'y réussissent jamais.

La famille entraîne deux conséquences : la parenté et l'hérédité.

Toute famille suppose une parenté; le contrat qui lie, dans le mariage, les deux époux, les lie tous deux aux parents de l'un et de l'autre. Dans les vicissitudes de la vie, dans les différences mobiles de nos destinées, il arrive que souvent on se sépare, on se disperse, on vit à distance, on meurt sans s'être vus, et nous avons peut-être des parents que nous ne connaissons point, que nous ne connaîtrons jamais, relations de simple théorie sans pratique actuelle; mais le lien de droit n'en existe pas moins, et la vie de famille est une complication de tendresses et d'intimités variées ; l'idée de femille suppose celle de parenté.

L'hérédité en découle d'une façon non moins naturelle, avec une force non moins impérieuse. Le père ne travaille pas pour lui seul -, la mère ne Taide pas dans l'œuvre commune en vue de son intérêt privé 5 tous deux travaillent pour leurs enfants. Êtres prévoyants (car Dieu nous a soumis l'avenir autant qu'il le fallait, lorsqu'il nous a dotés dé prévoyance), c'est le sort de leurs enfants qu'ils prévoient surtout; c'est en vue de cet avenir qu'ils se dévouent. En creusant le sillon journalier de leur travail sur cette terre, pour eux féconde ou stérile, leur regard, quelquefois fatigué, brillant de joie ou voilé de larmes, ne se dirige pas seulement au bout du sillon sur le point où le soc s'arrêtera; leur regard porte au delà ; ils voient de loin un enfant chéri, reprenant à son tour le travail qu*ils ont cessé et mois-

sonnant où ils ont semé. Sèmeraienl-ils ainsi pour Tavenir qui suivra leur mort, si leur descendance n'était pas possesseur après eux des fruits de leur labeur? Non, sans doute, et nier les droits de l'hérédité, c'est donc délier les liens de famille, mettre tout travail et tout bonheur en viager, consacrer Tégoïsme en permettant à chacun de ne pourvoir qu'à son nécessaire privé, et faire de chaque tombeau un réceptacle de stériles trésors, où chacun emportera ce. qu'il possède, n'ayant personne qu'il aime à qui le laisser.

Un mariage est la constitution d'une famille de plus parmi les familles humaines; et si, d'une part, la famille est d'institution divine*, si, de l'autre, la famille n'existe pas sans les rapports de parenté et sans les droits d'hérédité, il en résulte qu'il n'y a pas de mariage sans que la loi religieuse et la loi civile n'interviennent dans le contrat. Cela est vrai dans le monde entier, et, à plus forte raison, dans la chrétienté. Partout, sous l'empire de toutes les religions et de toutes les législations, le culte a consacré le mariage, et la loi a veillé sur ses eSets. Les formes ont varié selon les temps, les systèmes et les mœurs ; mais jamais il n'a existé une religion ni une législation qui se soient montrées entièrement indifférentes aux engagements par lesquels s'institue une famille nouvelle. Les passions et les erreurs ont quelquefois dénaturé la société au point que les cultes et les lois ont dû, crainte de pire, accepter et régulariser les fautes immenses de la polygamie, du divorce, de la répudiation, à cause^ dit l'Écriture, de la dureté de nos ctmirs ; mais, au fond, le mariage a toujours été considéré comme un fait social

intéressant la société entière, comme un lien religieux impliquant les devoirs les plus saints. Le christianisme est venu mettre ces vérités dans un plus grand jour et les placer sous l'immuable garantie de sa céleste autorité; le christianisme enseigne que le mariage constitue un double engagement : un engagement religieux, puisqu'il est d'institution divine; un engagement social, puisqu'il entraine une ou plusieurs applications du principe d'hérédité. En conséquence le mariage suppose des promesses religieuses prononcées en présence de DieU) dont Dieu est le témoin et le juge, dont la foime est un acte de culte, dont l'Église se rend dépositaire, et des engagements civils dont les magistrats de la société civile doivent connaître, dont la société entière se porte garant, et qui ouvrent une page nouvelle sur le registre des noms des citoyens, d'où pas une seule ligne, une fois écrite, ne peut s'effacer.

Une grande et simple conséquence ressort directement de tout ce que vous venez d'entendre : c'est qu'il n'y a pas deux sortes de mariage, mais une seule, le mariage selon la religion et selon la loi ; le mariage reconnu par la société religieuse et la société civile, par l'Église dont on est membre et par la patrie dont on est citoyen; le mariage, accompagné de ces doubles promesses qui obligent les deux époux non-seulement l'un envers l'autre, mais tous deux envers Dieu, dont la Providence les a rapprochés, dont la loi les domine, dont la justice les jugera, et envers le corps social qui répond de leur lien pour répondre à leur descendance et à leur parenté que la loi de l'hérédité sera fidèlement accomplie au jour de leur mort. Tout mariage qui n'est

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pcis tel n'en est pas un; tout assemblage d*hoinine^ femme et enfants, qui se donne pour une famille et qui ne s^est ppint placé sous l'empire de ces seuls et véri* tables principes de la famille, ment à Dieu et aux hommes, et n'est une famille ni devant les hommes ni devant Dieu. Contester ces fondements de la société et refuser à la religion ou à la loi leur légitime part dans ces contrats 9 c'est refaire Thumanité sur un nouv^u plan; c'est sortir des conditions que le Créateur nous a faites ; c'est changer à la fois l'élément divin et l'élément temporel de ta vie de famille; c'est substitua à ce qu'il y a de plus beau dans l'humanité, de plus excellent dans notre >natur8 , de plus doux dans notre bonheur, une profanation d'autant plus imprudente que le péché y ress^iible mieux au devoir et le scandale à la sainteté; c'est prendre de la fange impure pour feindre de bâtir au Seigneur un temple de plus.

II. Vous ne pouvez plus vous étonner de la forée extrême que l'Évangile met à recommander les devmrs que la vie de famille impose. Saint Paul flétrit et ccmdamne celui qui n'a pas soin dés siens et surtout de oeuœ de sa. famille. L'apôtre distingue ici la famille et la parenté; il recommande les obligations que ces deux liens entraînent ; il signale leur importance relative et la nuance qui les sépare ; le mari 9e doit à la femme et la femme au mari, les pères et mères aux enfants, les enfant? aux auteurs de leurs jours, c'est le plus saint dévoir, parce que c'est le liéa le plus étroit; l'apôtre veut que le disciple de Jésus ait soin surtout de sa fo^ mille; mais il a commencé par lui prescrire d'avoir

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soin dês siens ^ de ses proches, de ses parents, et de remplir de bons sentiments et de bons offices ce cercle de parenté dont la famille est comme le centre et le foyer. Écoutez Fapôtre tonnant avec une indignation généreuse contre les contempteurs de ces affections et de ces obligations si saintes. Négliger le soin de la parenté, et surtout de sa famille, c'est renoncer... à quoi, mes Fi%res?... à la nature?... Oui, sans doute, car il n'y a pas de sentiment plus naturel, plus instinctif; parmi les hordes sauvages et vagabondes, arrêtées au plus bas degré de la civilisation , ne connaissant de dieu qu'un tronc d'arbre ou le serpent qui rampe à Fentour, le cœur humain éprouve quelque chose de ces émotions; Fépoux a quelque pitié de sa femme; la mère pleure quelquefois de tendresse sur ses enfants ; renoncer à ces affectfons et à ces soins, c'est renoncer à la nature... IÇt c'est renoncer à la vertu : quelle vertu demeurera dans notre âme, quand celle-là n'y demeure pas? Le vide qu'elle y laisse est si grand que toutes les mauvaises passions , faisant escorte à Tégoïsme, peuvent venir le remplir... B)t c'est renoncer à la tendresse s celui qui n'aime ni famille ni parents, qu'aimera-t-il donc, si ce n'est lui-même? jusqu'à ce qu'à force de s'aimer, il m finisse par se traiter comme il le mérite et se prendre à son tour en haine, tuant son bonheur à force de vouloir être seul heureu?^... Mais ce n'est pas seulement abjurer la nature, la vertu, la tendresse; c'est, selon saint Paul, renoncer à la foi et de^ venir pire qu'un païen; ces vertus naturelle, les païens les ont connues et pratiquées, lorsque, n'ayant point la loi révélée^ ils faisaient les choses qu'elle prescrit et

trouvaient leur loi en eux-mêmes, G -est donc descendre au-dessous d'eux, et sortir du christianisme, et renier l'ancienne alliance qui s'ouvre par Pinstitution divine de la famille, et renier la nouvelle qui la consacre, et donner un démenti à Jésus, et lui dire qu'il a fait quel- . que chose de trop en obéissant, à Nazareth, aux ordresde sa mère et en l'aimant encore sur Goigotha. J'en prends saint Paul à témoin devant vous : Il est impossible d'être mauvais père, mauvais mari, mauvais fils et bon chrétien ; ce temple n'est pas pour vous un temple, si votre maison n'en est pas un ; en vain vous priez Dieu en lui' disant que vous l'aimez, si vous ne savez pas aimer vos proches; pour demeurer dans le christianisme, ne désertez jamais votre cercle de parenté -, pour être fidèles à Dieu et à Ghrist, soyez fidèles à vos familles.

III. Dans tout ce que vous venez d'entendre, y a-t-il un éeul mot qui regarde seulement le riche ou seulement le pauvre? y a-t^il un seul mot qui ne les concerne tous deux, et tous deux également? Les liens, les affections et les devoirs de famille sont les mêmes dans l'opulence, la médiocrité, la misère, dans les vies les plus oisives et les plus laborieuses, dans les professions les plus douces comme dans les métiers les plus durs. Notre sort, d'homme à homme, diffère, et un précédent discours vous a expliqué ces différences; notre devoir ne diffère pas; au sein de cette variété infinie de destinées, tout varie et change, hors l'amour et la vertu ; une famille est toujours une famille; ce lien sacré Test également dans quelques circonstances de prospérité ou de peine qu'il se forme et se prolonge ; s'aimer est toujours s'aimer. Le titre de père et d'époux, dans tous les

rangs de la société, est également considérable, et quand vous voyez passer une honnête femme qui a donné des enfants à son mari, qui les a nourris du lait de son sein et qui les a élevés saintement selon sa foi et pour la patrie, alors, qu'elle soit couverte des vêtements de rindigence ou parée de tous les dons de la fortune... il n'importe... impudiques! éloignez-vous à égale distance, car ce que vous venez de rencontrer est ce qu'il y a de plus respectable et de plus sacré dans ce monde.

Ces ressemblances vont plus loin : la richesse ne rend tous ses fruits et on ne s'en sert comme il faut s'en servir ; la pauvreté ne reçoit tous ses soulagements et on ne la supporte comme il est bon de la supporter, qu'au sein de la famille véritable, sincère, légale et religieuse à la fois, et qu'à condition de raccomplissement mutuel des devoirs qu'elle prescrit.

A ce point de mon discours, je frémis en moi-même de ce qui reste à vous dire, et je vous le dirai cependant.

Voici des riches ou des pauvres qui n'ont pas voulu du lien du mariage et du cercle de famille tels que Dieu les a faits, tels que la société et la loi, l'Église et la religion les consacrent ; les uns dans leur richesse, les autres dans leur pauvreté, ont trouvé qi^e c'était là trop s'enchainer, et comme aucun milieu n'est possible, comme il n'y a pas deux sortes de famille, comme on est époux et épouse ou non, ils ont pris le parti, pour s'enchaîner moins, de ne s'enchaîner nullement ; leur unique engagement est leur passion ; pour assurer l'avenir, ils l'ont appuyé sur ce qui trompe le plus, sur ce qui

dure le moins, sur ce qui ne répond jamais d^un lendemain, une passion. Us n'ont voulu rien jurer devant personne, pas même devant Dieu ; ils n'ont prêté serment qu'entre eux ; ces serments clandestins, sans caution, sans publicité, sans témoignage, la loi les ignore, la morale les réprouve, Fhonneur les flétrit, la religion les condamne, et cette position est en dehors de la société et civile et religieuse, au point que la meilleure garantie pour la faire durer sans trop en souffrir, c'est le secret ou le mensonge. Une famille réduite à se cacher ou à prendre de faux noms, est-«lle une famille? Non, c'est un ménage; je l'avoue; ce n^est pas un mariage, et, pour dernier trait, il est tellement vrai qu'il n*y a là qu'un faux semblant du lien le plus saint, que des trois parties intéressées, j'en vois deux qui ne savent pas leurs noms ; l'homme, quand il n'en porte pas deux, l'un pour le dehors, l'autre pour le dedans, garde le sien, que la femme n'ose pas prendre, et les m'alheureux enfants ignorent encore le nom qui leur sera laissé.

Qu'il y ait richesse ou pauvreté, que se passera-t-il avec le temps au sein de cette prétendue famille? Je vais vous dire ce qui y manque, et vous vous direz ce qui en adviendra.

Il y manque l'ordre intérieur. On ne fait pas de Pordre au sein et au moyen du désordre ; on ne tient pas son ménage en règle, quand on dérègle sa vie; on ne partage pas bien son temps, quand il faut le consumer en tant de précautions pour se cacher. Le jour qui se lève sur la honte se lève difficilement sur le travail, et quand l'inconduite est ainsi à poste fixe dans la situation gé«

norale, elle se glisse dans tous les détails de la vie et dépose partout un peu de son poison... Ce qui manque encore^ c'est la prévoyance ; prévoir est alors un supplice; il y a impossibilité de contempler avec calme Tay^iir, quand le présent est si mauvais, si imprudent^ si chanceux, quand il pèse sur l'avenir d'un poids si menaçant. Le temps est si lourd dans sa fuite alourdie par le mal, qu'on ne s'occupe qu'à le tuer, au lieu de le pré* voir : et comme, pour le fidèle, à chaque j,our suffit sapeine^ pour le pervers^ à chaque jour suffit sa perversité^ oui, elle suffit» et au-delà... Aussi ce qui manque encore» c'est réc(»ibmie, cette vertu û douce et si facile à deux, parce que chacun, heureux de préparer un avenir dont il répond, sent qu'il n'économise pas pour lui seul et que ces fruits de la bonne gestion des intérêts domestiques, abondants ou médiocres, iront aux seules mains qui ont droit de les recueillir. 11 y a place alors pour un emploi modéré et prudent de la richesse, ou pour une lutte honorable et féconde contre la pauvreté. Mais on Ta vu mille fois, les fortunes les plus éclatantes, sous la pression de ces unions coupables, se fondent comme des neiges fangeuses aux feux du soleil, ne lassant qu'une tache de boue à leur place; on l'a vu mille fois, la pauvreté, quand elle s'aggrave par ce genre de scandale, arrive rapidement à un extrême de misère qu'aucun travaU, aucune habileté, aucune bienfaisance ne peut sou- ' lager. C'est que rien n'est plus coûteux que les passions ; les afiections honnêtes sont à bien meilleur compte; elles ne gaspillent rien, elles gagnent plus ; n'est-ce pas autour d'une vraie table de famille qu'après avoir mangé son pain quotidien, on peut le mieux suivre l'ordre de

Jésus à ses apôtres : Kamassezies restes,de peur que rien ne se perde! Et Téconomie manque, surtout parce qu'on ressent le besoin incessant, irrésistible, furieux, de s'étourdir, de se distraire, d'ensevelir ses hontes dans ses plaisirs, de cacher la rougeur de la face sous le sourire et de demander au monde et au bruit le bonheur de s'oublier quelques moments. De s'oublier, et Ton prétend que l'on s'entr'aime! de s'oublier, et l'on prétend qu'on s'appartient l'un à L'autre!...

On n'appartient pas même à ses enfants ! L'éducation manque -, l'éducation est-elle possible, qui a pour théâtre une scène perpétuelle d'inconduite, et que défait à mesure l'exemple des père et mère qui doivent la donner? Pour comble d'imprudence et de mécompte, pour comble de punition qu'on s'inflige naturellement 4ans ces unions flottantes, ce qui manque surtout, c'est un intérieur! Pesez bien- ce mot, et représentez-vous tout ce qu'il rappelle de calme, d'innocence, de contentement, de travail rendu plus facile, d'espérance rendue plus attrayante, de petites et douces ressources de bonheur rendues plus fécondes. Un intérieur! il n'y en a jamais, il ne peut y en avoir qu'au sein de la famille : c'est ce cercle qui le borne et qui le tient fermé, non pas toujours au malheur, aux privations, aux deuils, mais toujours aux défiances, aux discordes de détail, aux préventions, aux colères de plus en plus vives ; et, conune il n'y a rien entre l'intérieur de famille, le chez soi paisible d'un époux et d'une épouse entourés de leurs enfants, et le monde, le monde avec ses emportements de plaisir et ses tumultes de distraction, sous des lambris dorés ou sous les treilles d'un jardin public, il nlm-

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porte, cet homme et cette femme, qui n'ont pas de cheZ'Soiy ne sont jamais chez eux^ pas même quand il s^agit de faire faire à leurs enfants la prière du matin ou du soir. Songez que dans un intérieur de famille, il faut que l'honneur ait élu domicile ; il manque, dans ces fausses familles, au point que le faux mari ne sait comment prendre la défense de sa femme prétendue, au point que le fils même pâlit et balbutie en défendant sa mère !... A mesure que les années s'envolent, que les charges augmentent, que les privations augmentent en proportion, on commence par s^en vouloir tout bas de s'être mià réciproquement dans cette situation fatale ; on passe à s'en plaindre, à se le reprocher tout haut ; riche, on a souvent amoindri et épuisé sa richesse, tout en perdant sa place dans la société des hommes respectables et des femmes honnêtes ; pauvre, on a souvent épuisé la richesse du pauvre, ses forces, par des excès de travail pour subvenir aux premiers frais d'une passion, et plus 'tard par des excès de tout genre pour s'étourdir^ alors cette triste histoire, si commune, hélas ! de nos jours que déjà dans notre langue une phrase faite (vivre maritalement !) la résume, se termine de cetfe manière : il s'établit entre l'homme et la femme, à côté d'eux, au milieu de leurs enfants, un hôte importun qu'on veut chasser et qui revient toujours, qui se tient là immobile, impatient, taciturne, soucieux, menaçant parfois ; il trouve tout à charge, même les derniers soins qu'on prend pour lui plaire ; il se nomme le dégoût, le dégoût bientôt irrésistible, et qui chasse au loin d'abord la tendresse, ensuite la reconnaissance, enfin la pitié; alors il se change en con-

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seiHer, Et savez-vous ce qu'il conseille? Une setile chose, l'abandon , Tabandon qui est une ressource si facile ; Tabandon qui empêche d'entendre les murmures, de voir les souffrances, d'essuyer les colères ! A force de recevoir ce conseil du dégdût, il est suivi, et la malheureuse femme demeure seule, seule avec ses enfants, à qui elle ne pourra pas raconter son histoire; seule avec sa honte dorée ou non, seule et sans famille... Je me trompe, il lui reste, pendant que Thomme emporte loin d'elle le lâche remords de cette détresse, il lui reste de dite comme Job aux vers du sépulcre : Vous êtes mon père, et ma mère^ et ma sœur l

Je crois inutile, maintenant, de vousr arrêter à contempler le contraste que présente avec ce fidèle tableau des unions illicites, un véritable lien, une véritable vie de famille, et je termine ce discours en vous posant fleux simples questions: de quel côté y a-t-il le plus de liberté à sacrifier et le plus de solitude à prévoir? Hélas ! c^est par amour de l'indépendance, pour vivre plus libres, pour ne porter le poids d^aucun gênant contrôle, qu'on s'engage imprudenunent dans ces liens si légers au début. Loin que la liberté sott là, on y subit, je vous l'ai prouvé, la plus dure servitude. La véritable liberté, au contraire^ s'allie avec l'esclavage du devoir, sous l'empire de 'ces tiens sacrés fondés sur notre nature même et que la mort seule doit rompre. H est bon que, faibles comme nous le sommes, nous contractions un engagement divin qui nous retienne ; il est bon qu'une promesse désormais au^lessus -de notre volonté nons

lie; il est bon que nous soyons enchaînés dans la servitude du bien ; on se plie à une loi qu'on sait ne pouvoir être abrogée ; on finit par se plaire à un sort qui ne peut s'améliorer que si nous nous améliorons. Il en est du mariage comme de toutes les positions sociales. Quand on' veut la vraie liberté, on la trouve. On n^embrasse que son ombre, quand on veut la licence, et on ne trouve à sa place qu'une servitude, dont on a soi-même rivé les fers. Le monde, dans son langage de convention, ment quand il dit que se marier, c'est perdre sa liberté ; il n'y a rien à perdre, car cette liberté prétendue de Timpudicité, on ne Ta jamais, et la vie de famille ne ravit pas une indépendance que la vie de solitude ne peut donner.

La vie de solitude, ai-je dit ? mes Frères^ toute vie de famille, j'en conviens, aboutit là le plus souvent... Liens purs et sacrés que l'amour et la religion ont resserrés de concert pendant le cours d'une vie respectée^ liens de licence et de caprice que la passion, de sa main désordonnée et tremblante, attache ou relâche à son gré, vous vousbrisez tous tôt ou lard, et l'œil tristement attentif qui vous suit jusqu'au bout voit que vous vous perdez dans des solitudes où vos nœuds se défont d'euxmêmes... Oui, mais il y a deux solitudes d'espèce bien diflérente: celle, déjà dépeinte, du dégoût et des ruptures, des abandons, des remords, des désespoirs, des veuvages sans deuil et des tombeaux sans noms ^ celle que l'homme se fait à lui-même, lorsque ses passions éteintes ont dépeuplé sa vie, ont vidé son cœur, le laissant avec une vieillesse vouée à l'abandon, sans un seul lien de reste qui la soutienne. Et il y a une autre solitude.

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