‹ SermonsChapitre 6 sur 37 · N AN6£ DE LUMIÈRE · texte numérisé non relu

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cérité, la paix, pour la vertu et le progrès; c^est là sa destinée première, comme c'est là aussi, grâce au christianisme, sa vocation définitive; le mal est toujours contre nature; il n'y a de naturel, il n'y a d*humain, que le bien ; le mfal n'a rien de nécessaire ; Dieu ne le voulait pas: la création y est étrangère; c'est Thomme qui l'a voulu, et dans sa misère il n'a pu oublier sa gloire ; dans sa déchéance, il n'a pu se voiler sa pureté première; sa chute n'a pas été si profonde qu'il ne mesure parfois, d'un triste regard, la hauteur céleste d'où il est tombé. Et si l'irréligion s'offrait toujours dès l'abord avec ses tristesses, l'erreur avec ses déceptions, rhypocrisie avec sa fatigante vigilance, la discorde et la haine avec leurs suites amères, le péché, en un mot, avec ses hontes, ses mécomptes et ses dégoûts, nous n'en voudrions pas ; notre sens moral se révolterait ; notre dignité native refuserait de descendre si bas ; le légitime amour de soi nous démontrerait à temps que la vertu est, après tout, le meilleur calcul ; la gloire de Dieu conserverait sous notre regard toute sa splendeur, et nous refuserions de l'offenser; la justice de Christ garderait toute sa sainteté, et nous éviterions de la braver; le cri de sauvegarde jeté par le patriarche s'élancerait de nos lèvres : Comment ferais^je un si grand mal et pécherais-je contre mon Dieu?... Au milieu des privations et de l'abandon, des mécontentements de l'orgueil ou des rêves d'une ambition désordonnée, nous dirions comme le Christ : Retire-toi^ Satan /... et pour nous séduire, il faut que les passions s'y prennent avec plus d'habileté; il tant que les iniquités ressemblent le moins possible à des iniquités; notre faible cœur se

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prête à ces tromperies de la conscience ; le mal peu à peu ressemble au bien, et pour éviter de s'entendre dire : Retire-toi l.*. Satan se déguise en ange de lumière*

Le piège est d'autant plus dangereux qu'il attaque, vous le voyez, la vertu à Taide de la vertu, qu'il détruit la vérité à l'aide de la vérité, qu'il mine la droiture à l'aide de la droiture, qu'il énerve la force de la piété par la piété même, et qu'il intéressé notreconscîence, notre progrès, notre gloire, à nos fautes. Semblable à ces liqueurs perûdes, si douces sur les lèvres et si limpides à la vuO) mais qui distillent un poison mortel caché dans chaque goutte, le principe de mort morale s'introduit dans notre cœur, quand on s'imagine puis^ à une source féconde et pure un nouveau principe de vie. On croit monter vers le sommet resplendissant d'un Sinaî ou d'un Thabor, et à chaique pas l'on redescend, par une pente insensible, vers quelque abominable vallée de Tophet ou de Hinnom . On croit se sauver, on se perd \ on à le bruit de vivre j nan la vie; on croit viyre, et l'on meurt; on croit marcher par le bon chemin^ s'avancer vers le ciel 9 s'élever vers Dieu, suivre près de lui un ange pour guide... et tout à coup on reconnut que Ton a suivi Satan déguisé en ange de lumière»

Il n'y a pas un trait d'exagération dans ces images, et une simple observation dont l'occasion n'est que trop fréquente, une expérience que tous, hélas ! nous avons faite, le prouve assez ^ mes Frères, c'est la différence du péché avant et après qu'il est commis. Avant, à difrtance, pendant les précautions, les préparatifs, les essais, comme notre imagination est prpmpte à nous abuser ; quelles fausses délices elle rassemble en foule;

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quelles attrayantes peintures elle traee et varie de mille manières sous nos regards faseinés ; comme elle efface les aspérités, comme elle arrange les aventures, comme elle garantit les complicités; comme elle promet facilement le secret; avec quel soin elle sait cacher les iniquités sous 1^ plaisirs, les scandales sous Tespoir de Findulgenee, les dégoûts sous le charme des récidives ; avec quel art elle sait colorer des nuances les plus changeantes le tond sombre et toujours monotone du péché!.,. Après, non plus le jour, mais le lendemain *, non plus dans l'éloignement, mnis à notre portée, quel changement ! Que le péché nous a trompés ! quUl est vide, insuffisant, ennuyeux! de quel poids insupportsiAe il pèse sur notre enistenee fatiguée ! Plus il nous a enivrés, hier, par ses eicès, plus il nous dégoûte, aujourd'hui, par ses turpitudes ; quoique seul, on devient honteux de soi-même... on s'était donné pour compagnon Satan déguisé en ange de lumière.

II. €es pièges se rencontrent et dans notre vie religieuse et dans notre vie morale.

P^'sonne n'est irréligi^ix et incrédule de parti pris; on ne se propose pas d'être indilfi6rent et tiède ; on ne se prépare pas d'avance à délaisser le culte, à fermer la Bible, à renier Christ, à oublier Dieu. Non, mais on se berce lentement de l'idée que la philosophie peut bien tenir lieu de la rèligtom, que la piété co nvient beaucoup aux âmes faibles et assez peu aux ânries fortes, qu'elle est nécessaire luix masses et beaucoup moins aux esprits d'élite, nécessaire à l'efilisince des nations oà l'état social, l'ordre public sont mal arrangés et mal compris. Biais que, parvenus à un stage plus avancé de leur dé«

veloppement, mûris par répreuve des révolutions et l'expérience faite des diverses formes de gouvernement, un peuple peut se passer d'une religion positive et assurer la stabilité de sa prospérité et de sa paix sur la base de la civilisation *, en un mot, l'homme encore grossier et barbare a besoin de plier sous une loi religieuse chargée de dogmes, de rites, d'observances^ l'homme policé apprend à s*en passer. Puis, toutes ces illusions, on les rend individuelles ; on les applique à son usage particulier^ on se sort de la foule à qui les '^'^ pratiques religieuses peuvent être encore salutaires; on se place parmi les esprits fortement trempés qui ne courent pas le risiiue de choisir le roseau pliant pour appui ; on répète avec une satisfaction secrète ces deux mots : les autres et bioi... les autres ne sont pas à ma hau- ^^ I teur; les autres sont loin de ma portée d'intelligence,

^ C^ ^^ de ma fermeté de caractère, de l'étendue de mes études

et de ma sûreté de vue; qu'ils continuent de se sou-

, ' mettre à des habitudes de piété qui en tout cas rem-

^^'> plissent leur temps; mais moi, moi qui ai plus creusé

le fond des choses et qui connais mieux le monde et la vie, moi que rien dans l'histoire n'étonne et que rien dans le conflit des intérêts ne déconcerte* moi dont la sagesse est si rarement prise au dépourvu, je puis me dispenser de ces devoirs factices; je puis me délivrer de cet assujettissement stérile ; je puis mieux employer mon temps que de le consumer à relire ce vieux livre quf ne m'apprend plus rien et dont l'antiquité rend les leçons et les exemples si peu applicables à la tâche que je me suis donnée... Voilà comme on parle, ou, pour mieux dire, voilà comme on pense ; à force de revenir,

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