‹ SermonsChapitre 7 sur 37 · SN ANGE DE LUMIÈRE · texte numérisé non relu

SN ANGE DE LUMIÈRE

ces prétextes se gravent en nos cœurs comme sur FairaiDy et par degrés, pour combler la mesure de ces actx>inmodements de l'irréligion, la fausse honte vient arrêter au passage les retours accidentels et involontaires vers la piété de la jeunesse, vers le culte de la famille-, le respect humain achève d'empêcher le respect de Dieu ; on se plonge chaque jour plus avant dans les affaires, les intérêts, les luttes, les vanités, les triomphes ou les mécomptes du monde ^ on se déshabitue de plus en plus de l'Évangile, de la religion, de la ioi, de Christ, de Dieu ; on oublie le chemin du temple, et quand les détours de la vie y ramènent comme par hasard, sur le seuil du sanctuaire où l'on a cessé de prier et de communier, on rencontre Satan déguisé en ange de lumière.

Les pi^es de la vie morale sont plus variés encore, et se modifient, se renouvellent avec plus de perfidie. Tantôt, il se produit une morale selon les divers âges de la vie: celle de l'Évangile est toujours la même, également rigoureuse, également sain^^ est-il juste, est-il possible d'imposer les mêmes devoirs au jeune homme dans l'effervescence de ses passions, dans l'inexpérience de ses désirs et de ses goûts, au sein du tumulte où il est jeté dès qu'il entre dans le monde, et au vieillard qui en sort, que la longueur de ses jours a désabusé, qui ne connaît plus de jouissance que le souvenir et pour qui se contenir est se reposer?... Tantôt, les différences portent sur les différentes conditions: que les pauvres sachent se résigner el se priver; que les hommes dans les conditions humbledi et obscures se soumettent à des devoirs sévères ; mais la richesse admet plus d'indul-

geDice comme die facilite {dus d'oisivelé : et que faire quand aucun aiguillon de néceesiié n'oblige au travail, quand on a la libre disposition de tous ses moments, quand aucune chaîne vcdontaim n'a été acceptée, que faire de soi-même, de son temps et de spn or, si on se crée des règles et des (^stades de sévérité qui assom-r brissent la journée sans la remplir?.... Quelquefois, on s'attache à la différence de la vie privée et de la vie publique *, les hommes, se dit-on, qui occupent la scène du monde, qui, travaillant aux premières places, attirait tous les regards et n'ont pas même de toit domestique ; les hommes qu'environne sans cesae, pour parier le langage de saint Paul, une nuée de témoifis et qu'en con* séquence leur charge ou leur gloire appelle à doQ&er l'exemple, les hommes qui ont choisi ces places éclatantes doivent accepter les inconvénients de leurs succès, g'obeerver, s'arrêter à temps, fuir tout ce qui comprmaettrait leur position, sauver à tout prix les apparences et s'assurer au moins l'ostentation de la vertu, s^Hs ne veulent pas oyeux faire ; mais nous, cachés dans l'obscurité commode des situations inférieures, nous qui n'avons point de théâtre où monter et que personne ne voit, n'épie, ne ccainaît, nous dont la conduite n'importe qu'à nous-mêmes et qui ne pouvons donner de scandale quand nous le voudrions, qu'imp<^teat nos fautes sans éclat et nos pasiûoBS sans retentissement? Kt alors vient se pisser au bout du raisonnement le spécieux prétexte, qui n'est jamais vrai : je ne ferai tort qu'à raoi-»mâme, coinme si jamais on était seul, comme s'il y avait sur la teri« des solitudes pour le péché, Tomme sUI était possible ea semant l'ivraie du mal de

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ne la semer que dans son ehamp et de savoir où tombe chaque grain.... Toutes ces ruses que Ton accumule pour tromper sa conscience se résument en une seule où toutes viennent aboutir; on se donne une morale personnelle et particulière, on s'exempte de la morale universelle ; on se propose une espèce de vertu de son invention ; on se décide après réflexion à être bon et juste, non pas comme Dieu l'ordonne et comme TÉvan*^ gile l'enseigne, mais comme on se l'ordonne à soi-même ; on déplace adroitement ainsi les vieilles notions du bien et du mal ; on nie que la morale soit éternelle comme la volonté de Dieu, et en définitive, sans s'en apercevoir, on s'est donné utie loi, on s'est prescrit une morale si peu éternelle qu'elle finira avec nous, ou, pour mieux dire, on n'a reconnu de législateur que Satan déguisé en ange de lumièreé

III. Ces corruptions du bien, ces palliatifs du mal ne sont point renfermés dans les étroites limites de la morale individuelle et de la vie privée ] ils prennent de plus grandes proportions-, ils se retrouvent dans la vie pu* blique, dans ce qu'on peut appeler la morale en grand, dans les rapports des différents peuples et des diverses communions religieuses, dans les principes de conduite des nations et de leurs gouvernements, des églises et de leurs sacerdoces.

Yoyes en politique ce qu'on appelait autrefois la raison d'État, et je voudrais être sûr que si le mot est tombé en désuétude et a presque disparu du langage de convention admis dans ce genre de discussion et d'étude, on s'est aussi dé^abitué de la chose. La raison d'État, vue de près à travers le tissu de phrases pompeuses et

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sonores dont on l'enveloppe, n'est qu'un système de sacrifice; c'est le sacrifice de l'intérêt particulier à un intérêt général, c'est une petite iniquité qui assure de grands avantages; un mal partiel qui procure un grand bien ; une dérogation momentanée et légère aux règles communément admises du juste et de l'injuste et d'où il sortira pour la chose publique des périls de moins ou des prospérités de plus. Au fond, tout ceci revient à penser qu'il y a une morale pour les simples citoyens et une autre morale pour les gouvernements -, dès lors tout est légitime, ou du moins tout est excusable; le succès devient le signe unique du bon et du mauvais, du vrai et du faux ; réussir, voilà le but ; le moyen importe peu ; et à force d'épaissir le bandeau que l'on s'est complais samment placé sur les yeux, à force de resserrer la conscience dans ces retranchements où elle étoufle, on en vient à parler avec tranquillité de crimes d'État qui sont à peine des crimes et à qui l'histoire, souvent trop indulgente, n'ose pas donner ce nom ; on en vient à des mensonges qui mentent à peine, àdes perfidies qui ne sont pas perfides, à des trahisons qui ne trahissent pas, à des spoliations qui ne ravissent rien, à des proscriptions que Ton donne pour de la justice un peu prompte et par masses; enfin, le dirai-je ? à des meurtres qui ne sont pas cruels et violent seulement quant à la lettre le commandement : tu ne tueras point /. • . • mes Frères ! Il est faux de toute fausseté que la bonne foi, la justice, la clémence, ne soient pas des vertus politiques autant que des vertus privées; il est faux de toute fausseté que la vraie morale de l'Évangile ne convienne pas aux gouvernements comme aux individus. La révélation ne fait pas

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ces distinctions trompeuses, quand Esaie s'écrie dans son magnifique langage : malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal^ qui font les ténèbres lumière et la lumière ténèbres^ et dans tous les conseils oii s'ourdissent de longues et habiles trames d'iniquité en dedans des frontières ou de haine en dehors sous prétexte du Lien public, tenez pour certain que Dieu voit siéger Satan déguisé en ange de lumière.

Le fameux axiome qui a trouvé plus de metteurs en œuvre que d'apologistes, et que Ton a rarement défendu, si ce n'est à mots couverts, Taxiome que le but sanctifie le moyen, est très certainement une instigation de ce conseiller-là. Aucun principe n'est plus dangereux et plus faux : dangereux , parce qu'il est impossible d'imaginer une iniquité quS l'on ne justifie à l'aide de ce prétexte, et que du moyen qu'il emploie, l'homme est toujours sûr ; c'est le présent qui est à lui , tandis que du but qu'il poursuit, il ne l'est jamais \ c'est l'a« venir qui n'est qu'^ Dieu;... faux, parce que le but, fût-il excellent, qu'il soit atteint ou non, ne fait pas compensation avec le moyen quand il est mauvais, parce que l'homme n'a jamais le droit d'acheter le bien au prix du mal, et de proposer à Dieu cet infâme marché qui consisterait à lui dire : Seigneur, permets-moi une iniquité et je te promets en revanche une vertu. De toutes les ruses qui servent à donner au mal les couleurs du bien, c'est la plus funeste, celle qui a semé le plus de calamités dans le monde, celle qui a fait le plus de tort à la religion ; e^le embrasse , elle domine la morale et la piét^ tout entières, et elle s'applique à tout ] que dis-je ? elle a fait en quelque sorte descendre

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du ciel la gloire de Dieu, s'en est empan^, et Ta ren<^ due complice de ses perversités. Qu'y a-t-il de plus beau, de plus méritoire, de plus saint que de servir la gloire de Dieu , de ne songer qu'à elle et de lui tout sacrifier-, tous les moyens ne sont-ils pas à tenter pour arriver à un résultat si excellent ^ et partant de là il n'y a pas de victimes trop chères qu'on n'immole, sans même les pleurer, sur cet autel qui n*est saint qu'en apparence. Que parlez-vous des lois vulgaires de la sincérité ou de la probité? la gloire de Dieu ne vaut* elle pas la rupture d'un serment, la négation d'un dépôt, l'honnêteté d'un édiange; que pariez-vous des liens vulgaires de ce monde? quand la gloire de Dieu est intéressée, la patrie n'est plus la patrie, la famille n'est plus la famille ; am<Slir paternel, tendresse oonju-igale, piété filiale, meurent en rendant hommage à une piété {dus élevée , celle envers Dieu ; tout est absorbé par ce dévouement unique, contrepoids suffisant de ces petites affections de la terre, et l'on ose ainsi, dans une balance abominable, peser d'un côté la gloire de Dieu et de l'autre la morale que lui-même a donnée^ pour que la morale soit trouvée légère... Mes Frères, cette balance-là n'est tenue que par Satan déguisé em angi de lumière»

IV. Enfin , pour dernier trait, quand les Églises , les clergés et les sectes font assaut d'intolérance et échange de persécutions; quand la foi rcHnaine est proecrile au Nord, ou la foi protestante au Midi, ou la foi Israélite partout; quand les bannissements et les confiscations, les séparations des enfants et des' parents, les prisons, les gibets et les bAchers sont des moyens de oonver ^

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