‹ SermonsChapitre 8 sur 37 · EN JINOE DE LUMIÈRE · texte numérisé non relu

EN JINOE DE LUMIÈRE

sîoa , que se passe-t-il au fond des âmes de tous ces persécuteurs? Essayez, essayez de vous en rendre compte et vous reconnaîtrez que l^intolérance, dans ses dures cruautés, est la forme peut-être la plus éclatante de ce pervertissement du sens moral qui donne au mal les honneurs et les apparences du bien. Voilà un homme que Ton torture à loisir pour lui faire renier sa foi, suspendant par moments les souffrances pour en atten«<^ dre Teffet, poussant les tourments jusqu'aux limites extrêmes des forces humaines, mais conservant un reste de vie pour refaire la douleur en épiant au passage la conversion... • que veulent donc les ordonna*teurs et les témoins d'une si horrible scène ? Croyez-vous quïls ont étouffé tout sentiment humain et qu'ils font souffrir à ce point un de leurs semblables pour le plaisir de le voir souffrir?.... Non, mes Frères! cet homme même, dont je vous cite la renommée sans oser vous citer le nom, ce grand inquisiteur qui a laissé derrière lui la réputation d'avoir le plus fait périr d'hommes par le feu et qui comptait les victimes de sa Icmgue carrière par milliers et dizaines de milliers, que voulait-il donc, quand tout décrépit de vieillesse et d^jà presque un cadavre lui-même, il se traînait encore au pied des bûchers et s'occupait ainsi à voir de près d'autres cadavres que le sien.... que voulait-il en repaissant sa vieillesse de ces terribles spectacles? Seulement le plaisir de les vdr?.... Non, mes Frères!.... £t lorsqu'un roi et ses cmiseillers ourdissent avep réflexion et poursuivent pendant tout une moitié du plus long règne de notre histoire une trame de proscription contre nos coreligicmnaires et y persévèrent à travers quatre-vingts dé*

crets qui se succèdent à divers intervalles, chefs-d'œuvre de vexation, de dureté et de perfidie, au point, par exemple, qu'un protestant qui se convertissait était déclaré libre de toutes ses dettes envers ses frères.... que voulait-il ce monarque dans sa gloire et que voulaient ses habiles conseillers? L'amusement d'une proscription et le déplaisir de fonder par toute l'Europe des colonies de réfugiés qui emportaient avec eux leur part du génie et de l'industrie de la France?.... Non, mes Frères! Il est triste de le dire: l'intolérance peut être de bonne foi; Tin tolérance peut se légitimer à ellemême ses plus cruels excès.... et ce qu'ils ont voulu en leur temps, les conciles et les clergés intolérants des diverses communions, et ces rois persécuteurs, et ces inquisiteurs cruels, ce qu'ils ont voulu c'est le règne de la vérité et le triomphe de leur foi ; ce qu'ils ont voulu dans leur politique abusée, c'est un seul autel à côté d'un seul trône, et nous savons comment cet autel l'a sauvé; ce qu'ils ont voulu, c'est de tuer l'erreur, c'est de défendre Christ, c'est de venger Dieu.... Seulement, ils oubliaient qu'il est écrit : c^est à moi qu'appartient la vengeance et je la rendrai^ dit le Seigneur l L'atrocité des moyens aurait dû les éclairer sur la folie du but. Se mettant à la place de Christ, ils devaient se souvenir qu'il disait: Apprenez de moi^ parce que je suis doux de cœur. A la lueur des flammes qui consumaient leurs victimes, ils devaient se souvenir qu'à ses disciples, prêts à appeler le feu du ciel sur une bourgade de Samarie, Jésus a dit: Vous ne savez de quel esprit vous êtes o«tmés ! Mais non ; leur aveuglement a été porté au point de ne pas apercevoir l'absurde contradiction de servir

Page 1