EN ANGE DE LUMIERE
une religion de paix et d*ainour par un système de rigueurs et de souflrances inouïes \ leur pitié se taisait devant leur erreur, et sur les chemins de ces exils, dans la profondeur de ces donjons, au pied de ces échafauds, dans les flammes et la fumée de ces bûchers, partout, je ne vois qu'un juge, un dénonciateur, un bour* reau : Satan déguisé m ange de lumière.
J'ai essayé, (dus encore par des tableaux et des exemples que par des réflexions, de conserver devant vous à l'image dont Tapôtre s'est servi toute sa force, et de Yous montrer psu* combien d'illusions diverses le mal peut revêtir à nos yeux la forme extérieure du bien. Ce danger que e^ourt notre conscience est-il continuel, renait-il chaque jour, et le retrouvons^nous au bord même du sépulcre? Mes Frères, chose bien digne d'attention, il n'y a qu'un moment de la vie où ce danger moral cesse, et ce moment, c'est le dernier ; il est partout dans la vie ; il n'est pas à sa fin ; il nous suit jusque-là, et s'arrête devant les premières ombres du tombeau ; c'est qu'aucun pouvoir n'est comparable à celui de la mort pour dissiper les illusions, démentir les mensonges, déjouer les prétextes, détromper les vanités, et nous montrer la vérité sous des traits si frappants qu'il faut bien la voir* La vie contemplée en avant et la vie contemplée en arrière ne sont pas la même; l'horizon s'est déplacé, les fausses lumières pâlissent et s'éteignent ; les ténèbres factices s'entr'ouvrent et s'illuminent. Le monde, d'un dernier regard jeté du seuil de la tombe, ne se voit plus qu'à une seule
clarté, jcelle de ce Jésus qui seul a pu dire : Je suis te lumière du monde... Et alors Satan reprend son obscu« rite et désespère de se déguiser en ange de lumière... Quand la mort est là, le mondain peut-il se dire de ses vanités ce qu'il s'en disait autrefois? Quand la mort est là, le paresseux, devant le repos qui Tattend, jugerait-il avec la même indulgence sa paresse? Quand la mort est là, régoîste trouvera-t-il si naturel de n'avoir aimé que lui-même, et le trompeur, en présence des sincérités de la tombe, s'efforcera-t-il encore de colorer ses mensonges, et Torgueilleux d'approuver encore son orgueil, et l'ambitieux de légitimer encore son ambition, et l'impur d'excuser ses turpitudes, qu'une autre corruption, celle du trépas, va dévorer? Non, non, au* cun cours de morale, aucune leçon d'histoire ne serait comparable au récit des derniers moments de tous ces hommes, dont Tâme pendant la vie a été attachée à la poudre, et de leurs derniers aveux, au moment où ils la quittent pour s'en aller par le chemin de tonte la terre. Mes Frères! le dernier cri le plus ordinaire que l'on jette en ce monde est ce cri de regret : Ah ! si j'avais à recommencer ma vie!... Et d'où viennent ces impuissants retours en arrière? D'où sortent ces involontaires condamnations d'un passé qu'on ne peut refaire? Comment s'est-on dégagé tout à coup du nuage de tant d'illusions?... C'est que la mort remet chaque chose à sa place, restitue à chaque chose sa va* leur et sa nature, et qu'au début des ombres envahissantes de notre fosse entr'ouverte , Satan trouve làtrop de ténèbres pour réussir à se déguiser en ange de lumière.
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Pénétrez en idée d^m ce palais déjà à moitié désert où le grand roi se meurt après avoir trop longtemps régné, el d'où les flatteur^ prennent déjà la fuite autant que les illusions.; il se souvient de ce terrible usage de sa puissance souveraine , de ces ordonnances de persécution qui ont recouvert les cendres de nos temples de eAles de couvents catholiques. Ce souvenir est lourd sur sa conscience, le doute est entré dans son âme. iSi près de Téternelle vérité, il se demande s» c'est ainsi qu'il aurait dû la défendre, et dans le silence avant^coureur du silence éternel de cette voix si hautaine, écoutez ses dernières confid^ices à ses prélats et à ses conseillers; il leur renvoie, avant de mourir, la responsabilité de tant d'intolérance, et déclare que c'est uniquement sur leurs avis qu'il a voulu procurer ainsi le bien de la religion... Vous le voyez, l'illusion s'entr'ouvrait, la justice et la bonté reprenaient enfin, mais trop tard, leurs droits. Au milieu de ces royales et funèbres angoisses, Satan ne se déguisait plus en ange de lumière, et nous, les héritiers de ses premières victimes, nous, les frères des descendants dispersés de ses proscrits, loin de maudire sa mémoire, nous nous souviendrons que saint Paul, en gémissant de ses persécutions, déclare qu'il Va fait par ignorance , et nous nous souviendrons que Satan, malgré ses déguisements splendides, peut au dernier moment tomber du ciel comme un éclair.
Seulement, instruisons -nous dans notre humble sphère par de si grands exemples et n'attendons pas qu'il soit trop tard. Que toutes nos illusions d'indulgence et d'iniquité s'évanouissent bien avant que la