EXHORTATION A LA CHARITÉ
Combien de malades dans Metz ! Il semble que j'entends tout autour de moi un cri de misère : ne voulez-vous pas avoir pitié .^ Leur voix est lasse , parce qu'elle est infirme : moins je les entends , et plus ils me percent le cœur. Mais si leur voix
' Prov. XX ,23.-2 niich. VI , 10.
ti*est pas assez forte, écoutez Jésus-Christ qui se joint à eux. Ingrat, déloyal, nous dit-il , tu manges et tu te reposes à ton aise ; et tu ne songes pas que je suis souffrant en telle maison , que j'ai la fièvre en cette autre , et que partout je meurs de faim , si tu ne m'assistes. Qu'attendez-vous, eruds, pour subvenir à la pauvreté de ce misérable ? Quoi ! attendezvous que les ennemis de la foi en prennent le som , pour les gagner à eux par une cruelle miséricorde ? Voulez-vous que votre dureté leur serve d'entrée? Ah! qu'un homme se fait bien entendre, quand il vient donner la vie à un désespéré! Faiblesse d'esprit dans la maladie. Vous voulez qu'ils soient secourus ; favorisez donc de tout votre pouvoir cette confrérie charitable qui se consacre à leur service. Aidez ces filles charitables , dont toute la gloire est d'être les servantes des pauvres malades ; victimes consacrées pour les soulager. Et ne médites point : Les pauvres sont de mauvaise humeur, on ne peut les contenter. C'est une suite nécessaire de la pauvreté. Sont-ils de plus mauvaise humeur que ceux auxquels Jésus- Christ disait : O generatio perversa! usquequo paiiar vos f Adduc hucfilium fuum^. a O race incrédule et dépravée ! jus- « qu'à quand vous souffWrai-je? Amenez ici votre fils. » Mais ils ne se contentent pas de ce que nous leur donnons : ils veulent de l'argent , et non des bouillons , et non des remèdes. Qui le veut? c'est l'avarice. Vous n'êtes pas assemblées pour satisfaire à ce que leur avarice désire , mais à ce qu'exige leur nécessité. Mais il n'y a point de fonds ? C'est la charité des fidèles ; et c'est à vous , mesdames, à l'exciter. C'est pour cela , mesdames , que vous vous êtes toutes données à Dieu, pour faire la quête.
Si la pauvreté dans le christianisme est honorable , vousdevez être honorées de faire pour Jésus-Christ l'action de pauvres. Quoi ! rougirez-vous de demander l'aumône pour J^ sus-Christ ? Quand est-ce que vous donnerez , si vous ne pouvez vous résoudre à demander? Vous devriez ouvrir vos bourses , et vous refusez de tendre la main l Mais on ne me
' Luc. IX, 4F.
donne rien. O vanité , qui te mêles jusque dans les actions les plus humbles , ne nous laisseras-tu jamais en repos? Jésus se contente d'un liard ; Jésus se contente d'un verre d'eau : bien plus , il ne laisse pas de demander aux plus rebelles , aux plus incrédules. Animez-vous donc les^unes les autres; mais persévérez. Quelle honte d'avoir commencé ! ce serait une hypocrisie. Rien de plus saint : tout le monde y devrait concourir. N'écoutez pas ceux qui disent : Cet œuvre ne durera pas. Il ne durera pas , si vous êtes lâches : il ne durera pas , si vous manquez de foi, si vous vous défiez de la Providence. Dieu suscitera l'esprit de personnes pieuses pour vous fournir des secours extraordinaires ; mais ce sera si vous faites ce que vous pouvez. Quelle consolation : Je n'ai qu'un écu à donner; il se partagera entre tous les pauvres , comme la nourriture entre tous les membres ! C'est l'avantage de faire les choses en union. Si chaque membre prenait sa- nourriture de lui-même, eonfusion et désordre ;.la nature y a pourvu : une même bouche. Comme les membres s'assistent les uns les autres , prêtez-leur vos mains, prêtez leur vos voix. La main prend un bâton pour soutenir le cocps,^ au défaut du pied.
Exhortation , en considéraut la miséricorde que nous recevons de Jésus-Christ : que lui rendrons-nous? il n'a que faire de nous. Empressement de la reconnaissance : Sauveur , je meurs de lionte^ de recevoir vos bienfaits sans rien rendre ; donnez-moi le moyen de les reconnaître. Pressé par ces raisons que la gratitude inspire , il dit : Je te donne les pauvres; ce que tuleurieras, je le tiens pour reçu aux mêmes conditions qu'eux : je veux entrer en leur place. Ne le croistu pas? C'est lui qui le dit. Il a dit que du pain c'était son corps; tu le crois, et tu l'adores. Il a dit qu'une goutte d'eau lavait nos péchés; tu le crois, et tu conduis tes enfants à cette fontaine. Il a dit qu'il était en la personne des pauvres ; pourquoi refuses-tu de le croire ? Si tu refuses de le croire , tu le croiras et tu le verras , lorsqu'il dira : Infirmas, et non visi- (astis me* : « J'ai été malade , et vous ne m'avez pas visité •»
» Mallh. \xv, 4:i.
L'homme devant Dieu , demandant de le voir dans sa gloire: Tu ne m'as pas voulu voir dans mon infirmité : une troupe de misérables s'élèvera : Seigneur, c'est un impitoyable. (Test pour cela que le mauvais riche voit Lazare au sein d'Abraham. Au contraire , ces pauvres vous recevront dans les demei^res étemelles : Récipient vos in xterna tabernaada '.
Employez à cela le crédit et l'autorité : elle s'évanouira en Tautre monde. Voulez-vous qu'elle vous y serve , employezla au ministère des pauvres.
{Premier Sermon pour la fête de tous les Saints,)