DÉSIR UNIVERSEL DU BONHEUR
Le roi- prophète fait une demande dans le psaume trentetroisième , à laquelle vous jugerez avec moi qu'il est aisé de répondre. « Qui est l'homme qui désire la vie , et souhaite de « voir des jours heureux ? » Quis est homo qui vuU vitam, diligil dies vider e bonos* ? A cela toute la nature , si elle était animée, répondrait, d'une même voix, que toutes les {créatures voudraient être heureuses. Mais surtout les natures intelligentes n'ont de volonté ni de désir que pour leur félicité; et si je vous demande aujourd'hui si vous voulez être heureux, quoique vos bouches se taisent , j'entendrai le cri secret de vos cœurs, qui me diront, d'un commun accord, que sans doute vous le désirez, et ne désirez autre chose. Il est vrai que les hommes se représentent la félicité sous des formes différentes : les uns la recherchent et la poursuivent sous le nom de plaisir , d'autres sous celui d'abondance et de richesses , d'autres sous celui de repos , ou de liberté, ou de gloire ; d'autres sous celui de vertu. Mais enfin tous la recherchent , et le Barbare et le Grec , et les nations sauvages, et les nations polies et civilisées, et celui qui se repose dans sa maison , et celui qui travaille à la campagne , et celui qui traverse les mers , et celui qui demeure sur la terre. Nous voulons tous être heureux , et il n'y a rien en nous ni de plus intime ni de plus fort ni de plus naturel que ce désir.
' Luc. XVI, î>. — ^ Ps. XXXIII, 12.
DE DIVERS SEJRHONS. 44i
Ajoutons-y, s'il vous plaît, messieurs, qu'il n'y a rien aussi de plus raisonnable. Car qu'y a-t-il de meilleur que de souhaiter le bien, c'est-à-dire la félicité? Vous donc, ô mortels qui la recherchez, vous recherchez une bonne chose; prenez garde seulement que vous ne la recherchiez où elle n'est pas. Vous la cherchez sur la terre , et ce n'est pas là qu'elle est établie, ni que l'on trouve ces jours heureux dont nous a parlé le divin Psalmiste. En effet , ces beaux jours, ces jours heureux , ou les hommes toujours inquiets les imaginent du temps de leurs pères , ou ils les espèrent pour leurs desc^idants ; jamais ils ne pensent les avoir trouvés, ou les goûter pour eux-mêmes. Vanité , erreur et inquiétude de l'esprit humain ! Mais peut-être que nos neveux regretteront la félicité de nos jours avec la même erreur qui nous fait regretter le temps de nos devanciers : et je veux dire en un mot , messieurs , que nous pouvons ou imaginer des jours heureux , ou les espérer, ou les feindre ; mais que nous ne pouvons jamais les posséder sur la terre.
{Quatrième Sermon pour la fête de tous les Saints^