‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 107 sur 139 · DES APPRÉHENSIONS DE LA MORT · texte numérisé non relu

DES APPRÉHENSIONS DE LA MORT

Que si l'attache à la santé même et à la vie est si vicieuse et si contraire à la dignité du christianisme, que dirai-je de la curiosité, de la vanité, de cette vivacité qu'on affecte tant sur le teint et sur le visage ? Faible et misérable créature , et vainement appelée à une beauté et à une gloire éte^ nelle, vous ne sauriez sans regret voir tomber cette fleur d'un jour, ni passer cette couleur vive, ni cet air de jeunesse s'évanouir. Hélas ! vous en avez honte , comme si c'était un défaut. Vous voulez cacher vos années , et non-seulement les cacher, mais résister à leur cours qui emporte tout; vous soutenir contre leur effort, et tromper leurs mains si subtiles, qui ne cessent de vous enlever par mille artiGoes toujours quelque chose. Est-ce là cette gloire du corps de Jésus? [Il est une autre santé , une autre beauté , une autre vie. Hé ! laissezvous dépouiller de ce fragile ornement qui ne fait que nourrir

votK vaDÎté , vous exposer à la tentation, vous environner de scandales. Quittez Tamour de ce corps trop chéri et trop soigné : car si vous persistez à le tant chérir, ô que la mort vous sera eruelte4 Oqoe vainement vous soupirerez, disant avec ce soi des Amalécites : Siccine séparât amara mors > ?' « flst-ce « ainsi que la mort amère sépare de toitf ? » Quel coup !* quel effort ! quelle violence \

Au contraire, un homme de bien n'a âea à perdre^ en ce jour. La mortification lui rend la mort familière ; le détachement du plaisir le désaccoittume du corps. 11 a depuis fort longtemps , ou dénoué , ou rompu les liens les plus délicats qui nous y attachent. Il ne s'afflige donc pas de quitter son coi^s;. il sait qu'il ne le perd pas. 11 a appris de TApôtre que nous avons un double voyage à faire : Scient^ quoniam dura sumus in corpore peregrinamur a Domino,.. Bonam volunta,' tem habemus magis peregrinari a corpore ^ et présentes esse^ ad Dominum * : « Nous savons que, pendant que nous habir « tons ce corps , nous sommes éloignés du Seigneur... Nous «. aimoas mieux sortie de la maison de ce corps pour aller har « biter avec le Seigneur. » Car tant que nous sommes dans le corps, nous voyageons loin de Dieu ; et quand nous sommes, avec Dieu , nous voyageons. loin du. corps. L'un, et l'autre n'estqu'uu voyags, et non une entière séparation; parce qu(h nous passons dans le corps pour aller à Dieu , et que nous allons à Dieu dans Tespérance de retourner à nos corps. Ainsi lorsque nous vivons dans cette chair, nous ne devons pas nous y attacher comme si nous y. devions demeurer toujours : et lorsqu'il en faut sortir, xh)U9 ne devons pas nous, affliger comme si, nous n'y devions jamais retourner. Par là. étant délivrés des soins inquiets de la vie et des appréhensions de> la mort , lorsque notre dernière heure approche, nous nous endormons en paix et en espérance. Car que crains-tu , âme chrétienne , dans les approches de la mort? Crains-tu de perdre ton corps ? Mais quêta foi nç chancelle pas: pourvu

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que tu le soumettes à TEsprit de Dieu, cet esprit tout-puissaut te le rendra meilleur saura bien te le conserver pourFéternité.

(Sermon pour le Jour des Morts.)

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