DIEU NOUS FRAPPE POUR NOUS RÉVEILLER
Mais j'ai à vous découvrir de plus profondes vérités. Je ne prétends pas seulement faire appréhender aux pécheurs les rigueurs du jugement dernier^ ni les supplices insupportables du siècle à venir. De peur que le repos où ils sont dans la vie présente ne serve à nourrir en leur cœur aveugle et impénitent Fespérance de l'impunité , le Saint-Esprit nous enseigne que leur repos même est une peine. Pécheurs , soyez ici attentifs. Voici une nouvelle manière de se venger, qui n'appartient qu'à Dieu seul : c'est de laisser ses ennemis en repos , et de les punir davantage par leur endurcissement et par leur sommeil léthargique , que s'il exerçait sur eux un châtiment exemplaire. Il est donc vrai , chrétiens , qu'il arrive souvent qu'à force d'être irrité , Dieu renferme en luimême toute sa colère ; en sorte que les pécheurs, étant étonnés eux-mêmes de leurs longues prospérités et du cours fortuné de leurs affaires , s'imaginent n'avoir rien à craindre, et ne sentent plus aucun trouble dans leur conscience. Voilà ce pernicieux assoupissement, voilà ce sommeil de mort dont j'ai déjà tant parlé. C'est , mes frères , le dernier fléau que Dieu envoie à ses ennemis ; c'est le comble de tous les mal heurs ; c'est la plus prochaine disposition à l'impénitence finale , et à la ruine dernière et irrémédiable. Pour l'entendre , il faut remarquer que c'est une excellente niaxime des saints docteurs , « Qu'autant que les pécheurs sont rigoureux ceu" « seurs de leurs vices, autant Dieu se relâche en leur faveur de «la sévérité de ses jugements : » In quantum non peperceris iibi, in tantum tibi Deus, crede, par cet ^ En effet , comme il est écrit que Dieu aime la justice et déteste l'iniquité, tant qu'il y a quelque chose en nous qui crie contre les péchés et s'élève contre les vices , il y a aussi quelque chose qui prend
* TertuH. de P«nitenUa , n. lo.
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le parti de Dieu ; et c'est uae disposition favorable pour le récoDcilier avec nous. Mais dès que nous sommes si malheureux que d'être tout à fait d'accord avec nos péchés ; dès que , par le plus indigne des attentats, nous en sommes venus à ce point que d'abolir en nous-mêmes la sainte vérité de Dieu , Timpression de son doigt et de ses lumières , la marque de sa justice souveraine, en renversant cet auguste tribunal de la conscience qui condamnait tous les crimes ; c'est alors . que l'empire de Dieu est détruit, que l'audace de la rébellion est consommée, et que nos maux n'ont presque plus de remèdes. Cest pourquoi-ce grand Dieu vivant , qui sait que le souverain bonheur est de le servir et de lui plaire , et que ce qui reste de meilleur à ceux qui se sont éloignés de lui par leurs crimes , c'est d'être troublés et inquiétés du malheur de lui avoir déplu ; après qu'on a méprisé longtemps ses grâces , ses inspirations, ses miséricordieux avertissements, et les coups par lesquels il nous a frappés de temps en temps, non encore pour nous punir à toute rigueur, mais seulement pour nous réveiller ; prend enfin cette dernière résolution pour se venger des hommes ingrats et trop insensibles : il retire ses saintes lumières, il les aveugle, il les endurcit; et , leur laissant oublier ses divins préceptes, il fait qu^en même temps ils oublient et leur salut et eux-mêmes .
{Premier sermon pour le prem. dim. de VAvent.)