‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 112 sur 139 · SUR L'HONNEUR · texte numérisé non relu

SUR L'HONNEUR

Je parle ici de l'honneur qui naît de l'estime des hommes ; et c'est une certaine considération que l'on a pour nous , pour quelque bien éclatant qu'on y voit ou qu'on y présume. Voilà l'honneur défini ; il nous sera aisé de le diviser : et je remarque d'abord que nous mettons l'honneur dans des choses vaines , que souvent même nous le mettons dans des choses tout à fait mauvaises, et que nous le mettons aussi dans des choses bonnes. Nous mettons l'honneur dans des choses vaines , dans la pompe , dans la parure, dans cet appareil extérieur, parce que* notre jugement est faible. Nous le mettons dans des choses mauvaises : il y a des vices que nous couronnons , parce qu» notre jugement est corrompu. Et aussi parce que notre jugement n'est ni tout à fait affaibli, ni tout à fait dépravé, nous mettons dans des choses bonnes, par exemple dans la vertu, une grande partie de l'honneur. Mais néanmoins cette faiblesse et cette corruption font que nous tombons dans une autre;

" ( .nil. VIII, f).

4'i0 EXTRAITS

faute , (}ui est celle de nous les attribuer , et de uc pas les rapporter à Dieu , qui est Fauteur de tout bien. Il faut donc que nous apprenions aujourd'hui , et , mes frères, que nous rapprenions par Texemple de saint Jean-Baptiste , à chercher du prix et de la valeur dans les choses que nous estimons ; par là toutes les vanités seront décriées : à y chercher beaucoup davantage la vérité et la droiture ; et par là tous les vices perdront leur crédit : enûn , à y chercher Tordre nécessaire ; et par là les biens véritables , c'est-à-dire les vertus seront honorées comme elles doivent être seules , mais d'un honneur rapporté A Dieu , qui est leur premier principe. Et c'est le sujet de ce discours.

( Sermon pour le troisième dimanche de PAvent. )

MANIFESTATION DE hk DIVINrTË DE JËSUS-GHRIST

Puisque mon Sauveur était Dieu, il fallait certainement qu'il fît des miracles : mais puisque mon Sauveur était homme , il ne devait pas avoir honte de montrer de l'infirmité , et l'ouvrage de la puissance ne devait pas renverser le témoignage de la miséricorde. C'est pourquoi, ditsaint Augustin, s'il faitde grandes choses , il en fait de basses : mais il modère tellement toute sa conduite , « qu'il relève les choses basses par les extraordi- « naires, et tempère les extraordinaires par les communes : Ut solita sublimaret insolitis, et insoUta solitistemperaret <. Ck>nfessez que tout cela est bien soutenu : je ne sais si je le fais bien entendre. Il naît, mais il nait d'une vierge; il mange, mais quand il lui plaît ; il se passe des nourritures mortelles , et n'a pour tout aliment que la volonté de son Père ; il commande aux anges de servir sa table; il dort, mais pendant son sommeil il empêche la barque de couler à fond , d'être ren • versée: il marche, mais quand il l'ordonne l'eau devient ferme sous ses pieds : il meurt , mais en mourant il met en crainte toute la nature. Voyez qu'il tient partout un milieu si juste, qu'où il paraît en homme, il nous sait bien montrer qu'il est Dieu ; où il se déclare Dieu, il fait voir aussi qu'il est

« Kp. cxxxvii , n. s, !om. îi , col. 405.

DB DIVERS SERMONS. 45 t

homme. L'économie est si sage , la dispensation si prudente , c'est-à-dire toutes choses sont tellement ménagées , que la divinité paraît tout entière , et Tinfirmité tout entière : cela est admirahle.

( Prem. Serm. sur le mysL de la Nativ, de N. S. )

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