A CEUX QUI SOUFFRENT
Consolez- VOUS, chrétiens, qui languissez parmi les douleurs : mon Sauveur n*a épargné à son corps , ni la faim , ni la soif, ni les fatigues, ni les sueurs , ni les infirmités, ni la mort. Il n'a épargné à son âme , ni la tristesse, ni Finquiétude, ni les longs ennuis , ni les plus cruelles appréhensions. O Dieu ! qu'il aura d'inclination de nous soulager, nous qu'il voit, du plus haut des deux , battus des mêmes orages dont il a été attaqué sur la terre! C'est pourquoi l'Apôtre se glorifie des infirmités de notre pontife. Ah ! nous n'avons pas . dit-il , un pontife qui ne sente pas nos infirmités : il les sent, il en est touché , il en a pitié , dit saint Paul. Et pourquoi ? « C'est qu'il a passé comme nous, répond-il, par toutes sortes « d'épreuves : » Tentaium per omnia absque peccato. Il a tout pris , à l'exception du péché : « 11 a fallu qu'il fût en toi t « semblable à ses frères, pour être touché de compassion , et « être un fidèle pontife en ce qui regarde le culte de Dieu : " Unde debuU per omnia fratribus similari, ut miserlcors fieret etfidellspontlfex ad Deum '. H sait, il sait par expérience combien est grande la faiblesse de notre nature.
Et quoi donc, le Fils de Dieu, direz-vous , qui est la sagesse du Père , ne saurait-il pas nos infirmités , s' il ne les avait expérimentées ? Ah ! ce n'est pas le sens de l'Apôtre , vous ne prenez pas sa pensée : entendons cette doctrine tout apostolique. Je l'avoue, cette sqfBiété de malheurs ne lui ajoute rien pour la connaissance, mais elle ajoute beaucoup pour la ten dresse. Car Jésus n'a pas oublié ni les longs travaux, ni les autres difficultés de son pénible pèlerinage; cela est encori' présent à son esprit : de sorte qu'il ne nous plaint pas seulement
' Hrlir. XI, 17.
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comme ceux qui sont dans le port plaignent les autres qu'ils voient sur la mer, agités d*une furieuse tempête ; mais il nous plaint à peu près comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres , par une expérience sensible de leurs communes disgrâces. Il nous plaint, si je Tose dire, com me ses compagnons de fortune, comme ayant eu à passer par les mêmes misères que nous , ayant eu tout ainsi que nous une chair sensible aux douleurs et un sang capable de s*altérer, et une température de corps sujette, comme la nôtre, à toutes les incommodités de la vie et à la nécessité de la mort. Quiconque , après cela , cherche d'autres joies et d'autres consolations que Jésus, il ne mérite ni joie ni consolation. Qui peut douter, fidèles , de la guérison de nos maladies , après ce signe que Ton nous donne ? Car, pour recueillir mon raisonnement, la compassion du Sauveur n'est pas une affection inutile ; si elle émeut le cœur, elle sollicite le bras. Ce médecin est tout-puissant : tout ce qui lui fait pitié , il le sauve ; tout ce qu'il plaint, il le guérit.
(Prem. Serm, sur le myst, de la Nativité de N. S.)