‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 114 sur 139 · HUMILITÉ DE JËSUS-CH&IST · texte numérisé non relu

HUMILITÉ DE JËSUS-CH&IST

Mais voulez- vous que je vous dise au contraire ce que je trouve de grand , d'admirable, ce qui me parait digne véritablement d'un Dieu conversant avec les hommes ? C'est qu' il semble n'être paru sur la terre que pour fouler aux pieds toute cette vaine pompe, et braver, pour ainsi dire, par la pauvreté de sa crèche , notre faste ridicule et nos vanités extravagantes. Il a vu , du plus haut des cieux, que les hommes n'étaient touchés que des biens sensibles et des pompes extérieures. 11 s'est souvenu , en ses bontés, qu'il les avait créés au commencement pour jouir d'une plus solide félicité. Touché de cx)mpassion , il vient en personne les désabuser, non par sa doctrine , mais par ses exemples , de ces opinions non moins fausses et dangereuses qu'elles sont établies et invétérées. Car voyez où va son mépris : non-seulement il ne veut point de grandeurs humaines ; mais , pour montrer le peu

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d'état qu'il en fait, il se jette aux extrémités opposées. H a peine à trouver un lieu assez bas par où il fasse son entrée au monde : il rencontre une étable à demi ruinée ; c'est là qu'il descend. Il prend tout ce que les hommes évitent , tout ce qu'Us craignent, tout ce qu'ils méprisent , tout ce qui fait horreur à leurs sens , pour faire voir combien les grandeurs du siècle lui semblent vaines et imaginaires. Si bien que jiB me représente sa crèche,, non point comme un berceau indi^ gne d'un Dieu , mais comme un char de triomphe , où il traine après lui le monde vaincu. Là sont les terreurs surmontées , et là les douceurs méprisées ; là les plaisirs rejetés , et ici les tourments soufferts : rien n'y manque , tout est complet. Et il me semble qu'au miUeu d'un si beau triomphe, il nous dit, avec une contenance assurée : « Prenez courage, j'ai « vaincu le monde : » Confidite : ego vici mundum » ; parce que par la bassesse de sa naissance , par l'obscurité de sa vie , par la cruauté et rignomînie de sa mort , il a effacé tout ce que les hommes estiment, et désarmé tout ce qu'ils redoutent. Et hoc vobis signum : « Voilà le signe que l'on nous « donne pour reconnaître notre Sauveur. »

Accourez de toutes parts , chrétiens, et venez connaître à ces belles marques le Sauveur qui vous est promis. Oui, mon. pieu, je vous reconnais , vous êtes le libérateur que j'attends. Les Juifs espèrent un autre Messie , qui les comblera de pros-^ pérîtes, qui leur donnera l'empire du monde, qui les rendra contents sur la terre. Ah ! combien de Juifs parmi nous ! com-^ bien de chrétiens qui désireraient un Sauveur qui les enrichit, un Sauveur qui contentât leur ambition , ou qui voulût flat^ ter leur délicatesse! Ce n^est pas là notre Jésus -(Christ. A quoi le pourrons-nous reconnaître? Écoutez ; je vous le dirait par de belles paroles d'un ancien Père : Si ignobilis , si in-^ glorius, si inhonorabilis , meus erit Christus^ : « S'il est •i méprisable, s'il est sans éclat, s'il est bas aux. yeuxdes mor- « tels , c'est le Jésus-Christ que je cherche. » Il me faut wn,

• Joan. XVI, 33. - ' Tertull. aiiv. Marcion. Ub. m, n. 17.

Sauveur qui fasse honte aux superbes , qui fasse peur aux délicats de la terre , que le monde ne pbisse goûter, que la sagesse humaine ne puisse compren(fre , qui ne puisse être connu que des humbles de cœur. Il me faut un Sauveur qui brave , pour ainsi dire, par sa généreuse pauvreté nos vanités ridicules , extravagantes; qui m'apprenne par son exemple que tout ce que je vois n'est qu'un songe; que je dois rapporter à un autre et mes craintes et mes espérances ; qu'il n'y a rien de grand que de suivre Dieu , et tenir tout le reste audessous de nous ; qu'il y a d'autres maux que je dois craindre, et d'autres biens que je dois attendre. Le voilà , je l'ai rencontré , je le reconnais à ces signes ; vous le voyez aussi , chrétiens. Reste à considérer maintenant si nous le croirons.

(Prem. Sermon sur le myst, de la Nativité de N. S.)

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