‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 12 sur 139 · DB MADAME DE LA VALLIBBE · texte numérisé non relu

DB MADAME DE LA VALLIBBE

ture impénétrable, une obéissance entière, toutes les actions réglées, tous les pas comptés , cent yeux qui vous observent ; encore trouve-t-elle qu'il n'y en a pas assez pour l'empêcher de s'égarer : elle se met de tous côtés sous le joug; elle se souvient des tristes jalousies du monde , et s'abandonne sans réserve aux douces jalousies d'un Dieu bienfaisant, qui ne veut avoir les cœurs que pour les remplir des douceurs cetestes. De peur de retomber sur ces objets extérieurs, et que sa liberté ne s'égare encore une fois en les cherchant, elle se met des bornes de tous côtés : mais , de peur de s'arrêter en elle-même, elle abandonne sa volonté propre. Ainsi resserrée detoutesparts, elle ne peut plus respirer que du côté du ciel > : ^lle se donne donc en proie à l'amour divin ; elle rappelle sa connaissance et son amour à leur usage primitif. Cest alors que nous pouvons dire avec David : « O Dieu ! votre servi- « teur a trouvé son coeur pour vous faire cette prière ». » L'âme, si longtemps égarée dans les choses extérieures, s'est enCn trouvée elle-même ; mais c'est pour s'élever au-dessus d'elle , et se donner tout à fait à Dieu.

Il n'y a rien de plus nouveau que cet état où l'âme , pleine de Dieu, s'oublie elle-même. De cette union avec Dieu, on voit naître bientôt en elle toutes les vertus. T^à est la véritable prudence ; car on apprend à tendre à sa Gn , c'est-à-dii^ à Dieu , par la seule voie qui y mène , c'est-à-dire par l'amour : là est la force et le courage ; car il n'y a rien qu'on ne souffre

|a retraite profonde dans laquelle s'eqsevelit madame de la Yalllère ai) <»uvent des Cariqélites. (M.)

*■ Bossuet n'est jamais orateur, il est souvent éloquent sans le vouloir. CTest ce qu*on peqt observer surtout dans ce discours, où il semble s^ëtre interdit tout mouvement oratoire pour ne laisser entendre que les pieux accents de cette âme qui ne respirait plus que du côté du ciel. Entraîné comme malgré lui par son génie, Bossuet laisse échapper sous )a forme la plus éloquente les réflexions que lui arrache le mystère de la pâture humaine, mystère qui serait entièrement inexplicable, sUl n'était pas lié à la doctrine fondamentale de tout le christianisme. ( B. ) — Celte dernière perspective, ainsi préparée et restreinte, effraye rimaginalion ; et Pon croit voir madame de la Valliére enfoncée, par sa pénitence, au foR'l d'un gouffre d'où elle ne peut plus découvrir que le firmament. (M- )

ni, Reg , VII, 27.

pour Tamour de Dieu :1a se trouve la tempérance parfaite^ car on ne peut plus goûter les plaisirs des sens , qui dérobent à Dieu les cœurs et l'attention des esprits : là on commence à faire justice à Dieu, au prochain et à soi-même; à Dieu, parce qu'on lui rend tout ce qu'on lui doit, en Taimant plus que soi-même; au prochain, parce qu'on commence à l'aimer véritablement , non pour soi-même , mais comme soimême , après qu'on a fait l'effort de renoncer à soi-même ; enfin on se fait justice à soi-même, parce qu'on se donne de tout son cœur à qui on appartient naturellement. Mais, en se donnant de la sorte , on acquiert le plus grand de tous les biens , et on a ce merveilleux avantage d'être heureux par le même objet qui fait la félicité de Dieu.

L'amour de Dieu fait donc naître toutes les vertus ; et pour les faire subsister éternellement, il leur donne pour fondement rhumilité. Demandez à ceux qui ont dans le cœur quelque passion violente, s'ils conservent quelque orgueil ou quelque fierté en présence de ce qu'ils aiment; on ne se soumet que trop , on n'est que trop humble. L*âme possédée de l'amour de Dieu , transportée par cet amour hors d'elle-même, n'a garde de songer à elle , ni par conséquent de s'enorgueillir; car elle voit un objet au prix duquel elle se compte pour rien, et en est tellement éprise qu'elle le préfère à elle-même, nonseulement par raison , mais par amour.

Mais voici de quoi l'humilier plus profondément encore : attachée à ce divin objet , elle voit toujours au-dessous d'elle deux gouffres profonds : le néant , d'où elle est tirée ; et un autre néant plus affreux encore, c'est le péché, où elle peut retomber sans cesse pour peu qu'elle s'éloigne de Dieu , et qu'elle l'oblige de la quitter. £lle considère que si elle est juste , c'est Dieu qui la fait telle continuellement. Saint Augustin ne veut pas qu'on dise que Dieu nous a faits justes ; mais il dit qu'il nous fait justes à chaque moment '. Ce n'est pas, dit-il, comme un médecin qui, ayant guéri son malade, le laisse dans une santé qui n'a plus besoin de son se-

» De Gen. ad litt. , lib. viii , n. 25 ; lom. m , part. I , col. 234.

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