‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 126 sur 139 · L'HOMME EN PRÉSENCE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L'HOMME EN PRÉSENCE DE LA NATURE

Toute la nature veut honorer Dieu , et adorer son principe autant qu'elle en est capable. La créature privée de raison et de sentiment n'a point de cœur pour Taimer , ni d'intelligence pour le comprendre : « Ainsi , ne pouvant connaître , tout ce « qu'elle peut , dit saint Augustin , c'est de se présenter eile- « même à nous pour être du moins connue, et pour nous « faire connaître son divin auteur : » Qux cun} çognpscere non possit, quçisi innotçscere velle videtur ' ! C'est pour cela qu'elle étale à nos yeux avec tant de magnificence son ordre, ses diverses opérations et ses infinis ornements. Elle ne peut voir, elle se montre; elle ne peut adorer, elle nous y porte ; et ce Dieu qu'elle n'entend pas , elle ne nous permet pas de l'ignorer : c'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière, elle glorifie le Père célçste. Mais l'homme^ animal divin , plein de raison et d'intelligence , et capable de connaître Dieu par lui-même et par toutes les créatures , est aussi pressé par lui-même et par toutes Içs créatures à lui rendre ses adorations. C'est pourquoi il est mis au milieu du monde, mystérieux abrégé du monde, afin que, contemplant l'univers entier et le ramassant en soi-même , il rapporte uniquement à Dieu et soi-même et toutes choses ; si bien qu'il n'est le contemplateur de la nature visible qu'afîn d'être l'adorateur de la nature invisible, qui a tout tiré du néant par sa souveraine puissance.

{Serm. pour le vendredi de la trois, sem, de Carême, )

Page 1