IL FAUT APPRENDRE A L'HOMME A SE CONNAITRE
Ne parlons plus des flatteurs qui nous environnent au dehors ; parlons d'un flatteur qui est au dedans , par lequel tous les autres sont autorisés. Toutes nos passions sont des flatteuses, nos plaisirs sont des flatteurs ; surtout notre amour-propre est un grand flatteur qui ne cesse de nous applaudir ; et tant que nous écouterons ce flatteur caché, jamais nous ne manquerons d'écouter les autres : car les flatteurs du dehors , âmes vénales et prostituées , savent bien connaître la force de cette flatterie intérieure. C'est pourquoi ils s'accordent avec elle, ils agissent de concert et d'intelligence; ils s'insinuent si adroitement dans ce commerce de nos passions , dans cette complaisance de notre amour-propre , dans cette secrète intrigue de notre cœur , que nous ne pouvons nous tirer de leurs mains ni reconnaître leur tromperie. Que si nous voulons les déconcerter et rompre cette intelligence , voici l'unique remède : un amour généreux de la vérité , un désir de nous connaîtie nous-mêmes tels que nous sommes , à quelque prix que ce soit. Quelle honte et quelle faiblesse que nous voulions tout connaître , excepté nous-mêmes ! que les autres sachent nos défeuts , qu'ils soient la fable du monde , et que nous seuls ne les sachions pas !
( Deuxième Sermon pour le dim, de la Passion. )