‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 14 sur 139 · D£ MADAME DE LA VALLIEBE · texte numérisé non relu

D£ MADAME DE LA VALLIEBE

d'une manière digne de lui , par la bouche du prophète Maiachie'. « Vos paroles se sont élevées contre moi, dit le Sei- « gneur, et vous avez répondu : Quelles paroles avons-nous « proférées contre vous? Vous avez dit : Celui qui sert Dieu « se tourmente en vain : quel bien nous est-il revenu d'avoir « gardé ses commandements, et d'avoir marché tristement « devant sa face? Les hommes superbes et entreprenants sont a heureux; car ils se sont établis en vivant dans l'impiété, et « ils ont tenté Dieu en songeant à se faire heureux malgré ses « lois, et ils ont fait leurs affaires. »

Voilà l'objection des impies , proposée dans toute sa force par le Saint-Esprit. « Aces mots, poursuit le prophète, les « gens de bien étonnés se sont parlé secrètement les uns aux « autres. » Personne sur la terre n'ose entreprendre, ce semble, de répondre aux impies qui attaquent Dieu avec une audace si insensée ; mais Dieu répondra lui-même : « Le Seigneur a « prêté l'oreille à ces choses , dit le prophète , et il les a ouïes : « il a £ait un livre où il écrit les noms de ceux qui le servent ; « et en ce jour où j'agis , dit le Seigneur des armées , c'est-à- « dire en ce dernier jour où j'achève tous mes ouvrages , où « je déploie ma miséricorde et ma justice; en ce jour, dit-il , « les gens de bien seront ma possession particulière ; je les « traiterai comme un bon père traite un fils obéissant. Alors « vous vous retournerez , à impies , vous verrez de loin leur « félieilé , dont vous serez exclus pour jamais ; et vous verrez « alors quelle différence il y a entre le juste et l'impie, entre « celui qui sert Dieu et celui qui méprise ses lois. » C'est ainsi que Dieu répond aux objections des impies. Vous n'avez pas voulu croire que ceux qui me servent puissent être heureux : vous n'en avez cru ni ma parole, ni l'expérience des autres; votre expérience vous en convaincra ; vous les verrez heurenx , et vous vous verrez misérables : Base dicit Dominus faciens hxc : « C'est ce que dit le Seigneur ; il l'en faut croire :

■Mal., III, 13 et scq.

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« car lui-même qui le dit , c'est lui qui le fait ; » et c'est ainsi qu^il fait taire les superbes et les incrédules.

Serez- vous assez heureux pour proûter de cet avis , et pour prévenir sa colère? Allez, messieurs , et pensez-y : ne songez point au prédicateur qui vous a parlé , ni s'il a bien dit , ni s'il a mal dit : qu'importe qu'ait dit un homme mortel? Il y a un prédicateur invisible qui prêche dans le fond des cœurs ; c'est celui-là que les prédicateurs et les autres auditeurs doiventécouter. C'est lui qui parle intérieurement à celui qui parle au dehors , et c'est lui que doivent entendre au dedans du cœur tous ceux qui prêtent l'oreille aux discours sacrés. Le prédicateur, qui parle au dehors , ne fait qu'un seul sermon pour tout un grand peuple : mais le prédicateur du dedans, je veux dire le Saint-Esprit , fait autant de prédications différentes qu'il y a de personnes dans un auditoire; car il parle à chacun en particulier, et lui applique selon ses besoins la parole de la vie éternelle. Écoutez-le donc , chrétiens ; laissezlui remuer au fond de vos cœurs ce secret principe de Tamour deDieu.

Esprit saint, Esprit pacifique, je vous ai préparé les voies en prêchant votre parole. Ma voix a été semblable peut-être à ce bruit impétueux qui a prévenu votre descente : descendez maintenant, ô feu invisible! et que ces discours enflammés, que vous ferez au dedans des cœurs, les remplissent d'une ardeur céleste. Faites-leur goûter la vie étemelle , qui consiste à connaître et à aimer Dieu : donnez-leur un essai de la vision dans la foi ; un avant goût de la possession dans Tespérance ; une goutte de ce torrent de délices qui enivre les bienheureux dans les transports célestes de l'amour divin.

Et vous , ma sœur , qui avez commencé à goûter ces chastes délices , descendez , allez à l'autel ; victime de la pénitence, allez achever votre sacrifice : le feu est allumé, Fencens est prêt, le glaive est tiré : le glaive, c'est la parole qui sépare IMme d'avec elle-même, pour l'attacher uniquement à son

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