‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 22 sur 139 · SU A L UN 1TB · texte numérisé non relu

SU A L UN 1TB

« que ta délieras sera déliée » Tou» 1^ papes et tous lë9 saints Pères Font enseigné d'un commun accord. Oui, mes frères , ces grandes paroles , où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé lesévéques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire , et comme le dernier, sceau delaprédication^ueJésus^Christ leur à confiée ; et vous voyez en passant^ tout Tordre de la juridiction ecclésiastique. C'est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : « Tout ce que tu lieras sera lié ; tout ce que tu dé- « lieras sera délié * , » a dit la même chose àtous les apôtres ; et leuB a dit encore : « Tous ceux dont vous remettrez les o péchés , ils leur seront remis ; et tous ceux dont vous retien- « drez les péchés, ils leur seront retenus^. » Qu'est-ce que lier, sinon retenir ? et qu'est-ce que délier, sinon remettre ? £t le même , qui donne à Pierre cette puissance , la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres. «Comme mon « Père m'a envoyé, ainsi, dit-il, je vous envoie 4. » On ne peut voir ni une puissance mieux, éti^lie , ni i une mission, plus immédiate; aussi souffle-t-ii également sur tous; il ré-pand sur tous le même esprit avec ce soufQe, en leur disant : . « Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous remettrez les pé- « chés , ils seront remis- ^, » et le reste que nous avons ré-.

dté.

C'était donc manifestement le dessein de Jésus-Christ, de* mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs : mais la suite, ne renverse pas le commencement., etlepremier ne perd passa place.^ Cette première parole : « Tout ce que tu lieras, » dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : « Tout ce que vous remettrez. » Car les promesses de Jésus-Clirist ,.aussi.bien que ses dons , sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement

» Matth. XVI. 19. — * Ibid. xviii. 18. - » Joaa. xx. 23. - * Ibid, 2i. — ^ Ibid, T2 , 23.

DK L*É(jL1SE. lot

estirrévocable, outre que la puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage, au lieu que la puissance donnée à un seul et sur tous, et sans exception, emporte la plénitude ; et n*ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris , que je pourrais ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même voix , dans la chaire de saint Pierre, la plénitude de la puissance apostolique : c'est un point décidé et résolu; mais ils demandent seule* ment qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons, c'est-à-dire par les lois communes de toute l'Église ; de peur que , s'élevant au^-dèssus de tout , elle ne détruise elle-même ses propres décrets.

Ainsi le mystère est entendu : tous reçoivent la même puissance , et tous de la même source , mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue; car Jésus-Christ se communique en telle mesure qu'il lui platt,^ et toujours de la manière la plus convenable à établi» l'unité de son Église. C'est pourquoi il commence par le premier, et dans ce pre« miier il forme le tout; et lui-même il développe avec ordre ce qu'il a mis dans un seul. « Et Pierre, dit saint Augustin » , « qui, dans l'honneur de sa< primauté représentait toute F É- R giise , reçoit aussi le premier, et le seul d'abord, les chefs « qui dans l& suite devaient être communiquées à tous les auci très > , » afin que nous apprenions , selon la doctrine d'un saint évéque de l'Église gallicane 3, que l'autorité ecclésiasr tique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu'à condition d'être toujours ramenée au principe de son unité , et que tous ceux qui auront à l'exercer se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire.

Cest cette chaire romaine tant célébrée par les Pères , où ils ont exalté, comme à l'envi, « la principauté de la chaire « apostolique, la principauté principalei.la source de l'unité,

' s. Aug, in Joan. Tract, cxxiv. tom. iir, part, ii, col. R22. — ' s. Opl. Mil. lib. VII, n. 3, pag. loi. — ^ S. Casar. Arel. Epist. ad S>n)m.

tum. I CoQC. (îail. pag. 184.

t03 SVR L'vmri

« et dans la place de Pierre réminent degré delà chaire sac^- « dotale, l'Église mère, qui tient en sa main la conduite de » toutes les autres Églises; le chef de Tépiscopat , d'où part « le rayon du gouvernement; la chaire principale, la chaire « unique en laquelle seule tous gardent Tunité. » Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin , saint Cyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avite, saint Thétfdoret , le concile de Chalcédoine, et les autres ; T Afirique , les Gaules, la Grèce, l'Asie; TOrient et TOccident unis ensemble > : et voilà, sans préjudice des lumières divines, extraordinaires et surabondantes , et de la puissance proportionnée à de si grandes lumières , qui était pour les premiers temps dans les apôtres , premiers fondateurs de toutes les Églises chrétiennes; voilà, dis-je, ce qui doit rester, selon la parole de Jésus-Christ et la constante tradition de nos Pères , dans Tordre commun de l'Église : et puisque c'était le conseil de Dieu de permettre, pour éprouver ses fidèles, qu'il s'élevât des schismes et des hérésies, il n'y avait point de constitution ni plus ferme pour se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cetteconstitution tout est fort dans l'Église, parce que tout y est divin et que tout y est uni : et comme chaque partie est divine, le lien aussi est divin ; et l'assemblage est tel que chaque partie agit avec la force du tout. C'est pourquoi nos prédécesseurs, qui ont dit si souvent , dans leurs conciles >, qu'ils agissaient dans leurs Églises comme vicaires de Jésus-Christ et successeurs des apôtres qu'il a immédiatement envoyés , ont dit aussi dans d'autres conciles ^ ^ comme ont fait les papes à Châlons, à Vienne et ailleurs , qu'ils agissaient « au nom de Pierre : » vice Pétri ;

I s. Aug. Epist. XLiii , tom. ii , col. 91. S. Iren. lib, m, cap. m , p. 175. 9. Cypr. £pist. lv, pag. 86. Th(H)d. Ep. ad Ren. cxvi, tom. ni, p. 989. I. Avit. Ep. ad Faust, tom. i Conc. Gai. p. 158. S. Prosp. Carm. de Ingr. cap. u. CoDC. Chalc. Relat. ad Léon, Lab. tom. iv, col. I4S6. S. Opt. Mil. lib. II, n. 2, p. 28. — » Conc. Meld. Praf. tom. m Conc. Gall. p. 27. — ' Synod. Rem. tom. viu Conc. col. 591. Conc. Vien. tom. ix Conc. ool. 433. Conc. Cabil. ib. col. 275. Conc. Rem. ib. col. 481. Conc. Ctccst. t. X Conc. col. II82. IvoCarn. deCatb. Peir. Ant.

DE l'Église. lOS

« par l'autorité donnée à tons les évéques en la personne de « saint Pierre ? » Auctoritate episcopis per beaium Petrum collata; « comme vicaires de saint Pierre : »♦ vicarii Pétri ; et Tont dit lors même qu'ils agissaient parleur autorité ordinaire et surbordonnée; parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre , et que la correspondance est telle dans tout le corps de FÉglise, que ce que fait chaque évéque, selon la règle et dans Tesprit de Tunité catholique , toute TÉglise , tout l'épiscopat , et le chef de i'épiscopat, le fait avec lui.

S'il est ainsi , chrétiens ; si les évéques n'ont tous ensemble qu'une même chaire, par le rapport essentiel qu'ils ont tous avec la chaire unique où saint Pierre et ses successeurs sont assis ; sien conséquence de cette doctrine ils doivent tous agir dans l'esprit de l'unité catholique , en sorte que chaque évéque ne dise rien, ne fasse rien, ne pense rien que l'Église universelle ne puisse avouer, que doit attendre l'univers d'une assemblée de tant d'évêques ? M'est*il permis , messeigneurs , de TOUS adresser la parole, à vous de qui je la tiens aujourd'hui , mais à vous qui êtes mes juges et les interprètes de la volonté divine ? Ah ! sans doute , puisque c'est vous qui m'ouvrez la bouche, quand je vous parle, messeigneurs, ce n'est pas moi qui vous parle , c'est vous-mêmes qui vous parlez à vous-mêmes. Songeons que nous devoas agir par l'esprit de toute l'Église ; ne soyons pas des hommes vulgaires que les vues particulières détournent du vrai esprit de l'unité catholique : nous agissons dans un corps , dans le corps de l'épiscopat et de l'Église catholique , où tout ce qui est contraire à la règle ne manque jamais d'être détesté; car Tesprit de vérité y prévaut toujours. Puissent nos résolutions être telles , qu'elles soient dignes de nos pères , et dignes d'être adoptées par nos descendants; dignes enfin d'être comptées parmi les actes authentiques de l'Église , et insérées avec honneur dans ces Registres immortels où sont compris les décrets qui regardent non-seulement la vie présente, mais encore la vie future et l'éternité tout entière !

La comprenez-vous maintenant cette immortelle beauté de

t%% SUR L*|]N1TB

TÉglise catholique, où- se ramasse oe que tous les lieux <, ce que tous les siècles présents, passés et futurs , ont de beau et de glorieux ? Que vous êtes belle dans cette union , ô Église catholique! mtds en même temps que vous êtes forte! « Belle, « dit le saint Cantique^ , et agréable comme Jérusalem ; » et en même temps, « terrible comme une armée rangée en « bataille : » belle comme Jérusalem, où l'on voit une sainte uniformité, et une police admirable sous un même chef; belle assurément dans votre paix , lorsque recueillie dans vos murailles vous louez celui qui vous a choisie, annonçantses vérités à ses fidèles. Mais si les scandales s'élèvent,. si les ennemis de Dieu osent l'attaquer par leurs blasphèmes , vous sortez de vos murailles , ô Jérusalem! et vous vous formez en armée pour les combattre : toujours belle en cet état , car votre beauté ne vous quitte pas ; mais tout à coup devenue terrible : car une armée qui parait si belle dans une revue, combien est-elle terrible quand on voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi ! Que vous êtes donc terrible, 6 Église sainte! lorsque vous marchez, Pierre à votre tête, et la chaire de l'unité vous unissant toute; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés; les accablant tout ensemble et de toute l'autorité des siècles passés, et de toute l'exécration des siècles futurs; dissipant les hérésies, et les étouffant quelquefois dans leur naissance; prenant les petits de Babylone et les hérésies naissantes, et les brisant contre votre Pierre ; Jésus-Christ votre chef vous mouvant d'en haut et vous unissant; mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés, par des moyens convenables , par un chef qui le représente*, qui vous fasse en tout agir tout entière , et rassemble toutes vos forces dans une seule action.

Je ne m'étonne donc plus de la force de l'Église, ni de ce puissant attrait de son unité. Pleine de l'esprit de celui qui dit : « Je tirerai tout à moi '; » tout vient à elle, Juifs et

* €ant. VI. 3. — » Joan. xii. 32.

Gentils , Grecs et barbares. Les Juifs devaient venir les premiers; et, malgré la réprobation de ce peuple ingrat , il y a ce précieux reste et ces bienheureux réservés tant célébrés par les prophètes. Prêchez , Pierre ; tendez vos ûlets , divin pécheur. Cinq mille, trois mille entreront d'abord, bientôt suivis d'uD plus grand nombre/ Alais ^ Jésus-Christa d'autres brebis « qui ne sont pas de ce bercail '. » C'est par vous , ô Pierre ^ qu'il veut commencer à les rassembler. Voyez ces serpents y. voyez ces reptiles et ces autres animaux immondes qui vous sont présentés du ciel. C'est les Gentils , peuple immonde , et peuple qui n'est pas peuple : et que vous dit la voix céleste ? « Tue et mange ' , » unis, incorpore^ fais mourir la gentilité dans ces- peuples : et voilà en même temps à la porte les envoyés de- Cornélius; et Pierre, qui a reçu les bienheureux restes des Juifs , va consacrer les prémices des Gentils.

Après les prémices viendra le tout; après l'officier romain, Home viendra elle-même; après Rome , viendront les peuples Fun sur l'autre. Quelle Église a enfanté tant d*autres Églises? D'abord tout l'Occident est venu par elle-, et nous 9onUnj|& venus des premiecs ; vous le ver-rez bientôt. Mais Roaie'a'est pas épuisée dans sa vieillesse, et sa voix n'est pas éteinte; nuit et jour elle ne cesse de crier aux peuples les plus éloignés , afin de les appeler au banquet où tout est fait un : et voilà qu'à cette voix maternelle les extrémités de 10rient s'ébranlent , et semblent vouloir enfanter une nouvelle ehrétienté, pour réparer les ravages des dernières hérésies : «'est le destin de l'Église. Movebo candelabrum tuum : « Je^ « remuerai, votre chandelier, » dit Jésus-Christ à l'Église d'Éphèse ^;.je vous ôteraila foi : « Je le remuerai ; » il n'éteint pas la lumière , il la transporte ; elle passe à des climats plus heureux. Malheur, malheur encore une fois à qui la perd ! mais la lumière va son train, et le soleil achève sa course.

Mais quoi , je ne vois pas encore les rois et les empereurs ! où sont^iis ces illustres nourriciers, tant de fois promis à l^Église par les prophètes.' Ils viendront , mais en leur. temps»

* Joan. X. 16. — » Acl. x. 12, 13. -^ ^ Apoc. 11. ».

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Ne voyez-vous pas dans un seul psaume ■ le temps « où les « nations entrent en fureur , où les rois et les princes font de « vains complots contre le Seigneur et contre son Christ ? » Mais je vois tout à coup un autre temps : Et nunc, et nunc , <« Et « maintenant : » c'est un autre temps qui va paraître. Et nunc, regeSy intelligite*: « Et maintenant , ô rois , entendez : » durant le temps de votre ignorance vous avez combattu TÉglise, et vous Tavez vue triompher malgré vous ; maintenant vous allez aider à son triomphe. « Et maintenant , 6 rois , enten- « dez ; instruisez-vous , arbitres du monde , servez le Sei- <t gneur en crainte ; >* et le reste que vous savez.

EHjrant ces jours de tempête, où TÉglise, comme un rocher, devait voir les efforts des rois se briser contre elle , demandez aux chrétiens si les Césars pouvaient être de leur corps : Tertullien vous répondra hardiment que non. Les Césars , dit-il ' , » seraient chrétiens , s'ils pouvaient être tout « ensemble chrétiens et Césars. » Quoi , les Césars ne peuvent pas être chrétiens ! ce n'est pas de ces excès de Tertullien ; il parlait au nom de toute l'Église dans cet admirable Apologétique , et ce qu'il dit est vrai à la lettre. Mais il faut distmguer les temps. 11 y avait le premier temps, où l'on devait voir l'empire ennemi de l'Église , et tout ensemble vaincu par l'Église ; et le second temps , où l'on devait voir l'empire réconcilié avec l'Église , tout ensemble le rempart et la défense de l'Église.

L'Église n'est pas moins féconde que la Synagogue : elle doit , comme elle , avoir ses David , ses Salomon , ses Ézéchias , ses Josias , dont la main royale lui serve d'appui : comme elle , il faut qu'elle voie la concorde de l'empire et du sacerdoce ; un Josué partager la terre aux enfants de Dieu avecunÉléazar; un Josaphat établir l'observance de la loi avec un Amarias ; un Joas réparer le temple avec un Joïada ; un Zorobabel en relever les ruines avec un Jésus , fils dé Josedec; un Néhémias réformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue, dont les promesses sont terrestres , commence

* Ps. 11. — > Tertul. Âpolog. 11.21.

par la puissance et par les armes ; l'Église commence par la croix et par les martyres ; fille du ciel , il faut qu'il paraisse qu'elle est née libre et indépendante dans son état essentiel , et ne doit son origine qu'au Père céleste. Quand après trois cents ans de persécution , parfaiterpent établie et par- Caitement gouvernée durant tant de siècles, sans aucun secours humain , il paraîtra clairement qu'elle ne tient rien de l'homme ; Venez maintenant , 6 Césars , il est temps : Et nunc mtelligite. Tu vaincras , ô Constantin , et Rome te sera soumise; mais tu vaincras par la croix : Rome verra la première ce grand spectacle ; un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d'un pécheur , et devenu son disciple.

Depuis ce temps-là, chrétiens, l'Église a appris d'en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu; « pour élargir, disait saint Grégoire ■ , les voies « du ciel ; » pour donner un cours plus libre à l'Évangile , une force plus présente à ses canons , et un soutien plus sensible à sa discipline. Que l'Église demeure seule , ne craignez rien ; Dieu est avec elle, et la soutient au-dedans : mais les princes religieux lui élèvent par leur protection ces invincibles dehors qui la font jouir , disait un grand pape * , d'une douce tranquillité , à l'abri de leur autorité sacrée.

Mais parlons toujours comme il faut de l'Épouse de Jésus- Christ : l'Église se doit à elle-même et à ses services toutes les grâces qu'elle a re<^ues des rois de la terre. Quel ordre , quelle compagnie , quelle armée , quelque forte , quelque (idèle et quelque agissante qu'elle soit , les a mieux servis que l'Église a fait par sa patience .^ Dans ces cruelles persécutions qu'elle endure sans murmurer duranttant de siècles , en combattant pour Jésus- Christ , j'oserai le dire , elle ne combat guère moins pour l'autorité des princes qui la persécutent : ce combat n'est pas indigne d'elle , puisque c'est encore combattre pour l'ordre de Dieu. En effet , n'est-ce pas combattre pour l'autorité légitime que d'en souffrir tout sans murmure?

» s. Greg. F.pisl. lib. m , Epist. lxv, ad Maorie. Aug. tom. ii , col.- 676. — » Innoc. II , Ép. Il ; tom. x Conc. col. 916. Conc. Aquis. ii, tom. Il Cooc. Gall. pag. 576.

laS SUE h UNITE

Ce n'était point par faiblesse ; qui peut mourir n>st jamais faible ; mais c'est que l'Église savait jusques où il lui était permis d'étendre sa résistance. Nondum usqve ad sanguinem restitistis: « Vous n'avez pas encore résisté jusques an « sang, » disait PA pôtre' ! jusques au sang, c'est-à-dire jusqu'à donner le sien , et non pas jusqu'à répandre celui des autres. Quand on la veut forcer de désarouer ou de taire les vérités de l'Évangile , elle ne peut que dire avec les apôtres: Non poasumns , non possumus * : que prétendez-vous ? « Nous ne pouvons pas ; » et en même temps découvrir le sein où l'on veut frapper : de sorte que le même sang qui rend témoignage à l'Évangile, le même sang le rend aussi à cette vérité ; que nul prétexte ni nulle raison ne peut autoriser les révoltes ; qu'il faut révérer l'ordre du ciel, et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes, quels qu'ils soient, puisque les plus beaux temps de l'Église nous le fopt voir sacré et inviolable , même dans les princes persécuteurs de l'Évangile. Ainsi leur couronne est hors d'atteinte : l'Église leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même où Dieu a le sien ; et c'est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.

Nous leur dirons donc sans crainte , même en publiant leurs bienfaits , qu'il y a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu'ils accordent à l'Église , et qu'ils ne pouvaient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume , qu'elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu'au milieu de tant d'ennemis, de tant d'hérétiques , de tant d'impies , de tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes ; et que nos mains désarmées , que nous ne pouvons que tendre au ciel , sont heureusement soutenues par leur puissance.

Il le faut avouer, messieurs, notre ministère est pénible: s'opposer aux scandales , au torrent des mauvaises mœurs,

* Hebr. xii 4. — * Kci. iv. 20.

DE l'ÉGLISK. f>09

Cfl au cours violent des passions, qu'on trouve toujours (]':mtant plus hautaines qu'elles sont plus déraisonnables ; c'est un terrible ministère, et on ne peut Texercer sans rigueur. Cest ce que nos prédécesseurs , assemblés dans les conciles de Thionville et de Meaux , appellent « la rigueur du salut « des hommes; » Rigorem salutis humanas '. L'Église assemblée dans ces conciles demande l'assistance des rois , pour exercer plus facilement cette rigueur salutaire au genre humain ; et, convaincue par expérience du besoin qu'elle a de. leur protection pour aider les âmes inGrmes , c'est-à-dire le plus grand nombre de ses enfants , elle ne se prive qu'avec peine de ce secours ; de sorte que la concorde du sacerdoce et de Fempire , dans le cours ordinaire des choses humaines , est un des soutiens de l'Église , et fait partie de cette unité qui la rend si belle.

Car qu'y a-t-il de plus beau que d'entendre un saint empereur dire à un saint pape : « Je ne vous puis rien refuser, « puisque je vous dois tout en Jésus-Christ : » Nihil tibi negare possum, cuiper Deum omnia debeo » : « Tout ce que <i votre autorité potemelle a réglé dans son concile pour le « rétablissement de l'Église , je le loue , je l'approuve , je le « confirme comme votre fils ; je veux qu'il soit inséré parmi « les lois, qu'il fasse partie du droit public, et qu'il vive au- « tant que l'Église : 9 Et in œternum mansura , et humants solemniter legiàus inscribenda , et inter publicajura semper recipienda hac auctoritaie, vivente Ecclesia , victura : ou d'entendre un roi pieux dans un concile ; c'était un roi d'Angleterre : ah! nos entrailles s émeuvent à ce nom, et l'Église toujours mère ne peut s'empêcher, dans ce souve^ nir, de renouveler ses gémissements et ses vœux. Passons, et écoutons oe saint roi, ce nouveau David, dire au clergé assemblé : Ego Constantiniy vos Pétri gladium habetis in fnanibus ; jungamus dexteras , gladium gladio copidemus 3 :

' CoDC* ad Tbeodon. vil. caiL vi , Conc. G^\. t. m , p. 16. Conc Mekl. cao. XII, ibid. pag. 35. — > Henric. 11 ad Bened. vin. tom. \\ Conc. cd. 831. — > Eadg. Oral, ad CIcr. tom. ix Conc. col. 007.

BOSSCET. — SERM. '«

110 SUfi l*unit6

« J'ai le glaive de Coustantio à la main, et vous y avez celui « de Pierre ; donnons-nous la main , et joignons le glaive M au glaive. » Que ceux qui n'ont pas la foi assez vive pour craindre les coups invisibles de votre glaive spirituel^ tremblent à la vue du glaive royal. Ne craignez rien , saints évéques ; si les hommes sont assez rebelles pour ne pas croire à vos paroles , qui sont celles de Jésus -Christ , des châtiments rigoureux leur en feront, malgré qu'ils en aient, sentir la force , « et la puissance royale ne vous manquera jamais. « A cet admirable spectacle , qui ne s'écrierait encore une fois , avec Balaara : Quam pulchra tabernacula tua, Jacob ! O Église catholique , que vous êtes belle ! le Saint-Esprit vous anime ; le saint-siége unit tous vos pasteurs ; les rois font la garde autour de vous : qui ne respecterait votre puissance ?

SECOND POINT

Paraissez maintenant , sainte Église gallicane , avec vos évéques orthodoxes et avec vos rois trèsHshrétiens , et venez servir d'ornement à l'Église universelle. Et vous, Seigneur tout-puissant , qui avez comblé cette Église de tant de bienfaits , animez-moi de ce même esprit dont vous remplîtes David , lorsqu'il chanta si noblement les grâces de l'ancien peuple, afin qu'à son exemple je puisse aujourd'hui , avec tant d'évéques et dans une si grande assemblée , célébrer vos miséricordes étemelles : Quoniam bonus, quoniamin xternum misericordia ejus^. C'est vous. Seigneur, qui excitâtes saint Pierre et ses successeurs à nous envoyer dès les premiers temps les évéques qui ont fondé nos Églises. C'était le conscvil de Dieu que la foi nous fQt annoncée par le saint-si^e , afin qu'éternellement unis par des liens particuliers à ce centre commun de toute l'unité catholique, nous pussions dire avec un grand archevêque de Reims : « La sainte Église romaine, « la mère, la nourrice et la maîtresse de toutes Its Églises , « doit être consultée dans tous les doutes qui regardent la « foi et les mœurs , principalement par ceux qui , comme

I P8. cxxxv. !•

« nous , ont été engendrés en Jésus-Christ par son ministère, « et nourris par elle du lait delà doctrine catholique '. »

11 est vrai qu'il nous est venu d'Orient , et par le ministère de saint Polycarpe , une autre mission qui ne nous a pas été moins fructueuse. Cest de là que nous avons eu le vénérable vieillard saint Pothin , fondateur de la célèbre Église de I.yon ; et encore le grand saint Irénée , successeur de son martyre aussi bien que de son siège; Irénée, digne de son nom , et véritablement paciûque, qui fut envoyé à Rome et au pape saint Éleuthère de la part de TÉglise gallicane ' ; ambassadeur de la paix , qui depuis la procura aux saintes Églises d'Asie, d'où il nous avait été envoyé ; qui retint le pape saint Victor, lorsqu'il les voulait retrancher de la communion ; et qui, présidant au concile des saints évéques des Gaules , dont il était réputé le père , fît connaître à ce saint pape qu'il ne fallait pas pousser toutes les affaires à l'extrémité , ni toujours user d'un droit rigoureux ^. Mais, comme l'Église est une par tout l'univers , cette mission orientale n'a pas été moins favorable à Tautorité du saint-siège , que ceux que le saint-siège avait immédiatement envoyés; et le même saint Irénée a prononcé cet oracle révéré de tous les siècles 4 : « Quand nous exposons la tradition que la très-grande, trèsci ancienne et très-célèbre Église romaine, fondée par les apô- « très saint Pierre et saint Paul , a reçue des apôtres , et qu'elle « a conservée jusqu'à nous parla succession de ses évéques , a nous confondons tous les hérétiques , parce que c'est avec <t cette Église que toutes les Églises et tous les fidèles qui a sont par toute la terre doivent s'accorder, à cause de sa prince cipale et excellente principauté, et que c'est en elle que ces « mêmes fidèles , répandus par toute la terre , ont conservé « la tradition qui vient des apôtres. »

Appuyée sur ces solides fondements , l'Église gallicane a

' Hincm. de divort. Loth. et Teutb. tom. I , pag. 561. — ' Euseb. Hbt. Ecci. lib. V, cap. m, p. 168. Edit. Val. —3 Easeb. Hist. Ecd. iib. V, c: XXIII, XXIV, p. 19! , 102. — < S. Iren. llb. m conlr. Hîercs. cap. m, p. 175

113 SUE L UMITE

été forte comme la tour de David. Quand le perfide Arius voulut renverser, avec la divinité du Fils de Dieu , le fondement de la foi prédiée par saint Pierre , et changer en création et en adoption la génération étemelle de ce Fils unique , cette superbe liérésie, soutenue par un empereur, ne trouva point déplus grand obstacle à ses progrès que la constance et la foi de saint Athanase d'Alexandrie et de saint Hilaire de Poitiers; et , malgré l'inégalité de ces deux si^es , les deux évéques furent égaux en gloire comme ils Tétaient en courage.

Pour perpétuer cette gloire de l'Église gallicane , le célèbre saint Martin fut élevé sous la discipline de saint Hilaire ; et cette Église , renouvelée par les exemples et par les miracles de cet homme incomparable , crut revoir le temps des apôtres : tant la Providence divine fiit soigneuse de réveiller parmi nous Fancien esprit , et d'y faire revivre les premières grâces.

Quand le temps fut arrivé que l'empire romain devait tomber en Occident, et que la Gaule devait devenir France, Dieu ne laissa pas longtemps sous des princes idolâtres une si noble partie de la chrétienté ; et , voulant transmettre aux rois des Français la garde de son Église , qu'il avait confiée aux empereurs, il donna non-seulement à la France, mais encore à tout l'Occident , un nouveau Constantin en la personne de Clovis. La victoire miraculeuse qu'il envoya du ciel à ces deux princes guerriers fut le gage de son amour, et le glorieux attrait qui leur fit embrasser le christianisme. La foi fut victorieuse, et la belliqueuse nation des Francs connut que le Dieu de Clotiide était le vrai Dieu des armées.

Alors saint Remy vit en esprit qu'en engendrant en Jésus- Christ les rois de France avec leur peuple , il donnait à l'Église d'invincibles protecteurs. Ce grand saint et ce nouveau Samuel , appelé pour sacrer les rois, sacra ceux-ci, comme il dit lui-même, pour être « les perpétuels défenseurs de « l'Église et des pauvres ' ; » digne objet de la royauté. Après leur avoir enseigné à faire fleurir les Églises et à rendre les peuples heureux (croyez que c'est lui-même qui vous parle ,

^ Testam. S. Rem. ap. Flod. lib. i , cap. xviii.

DE L^ÉGLISE. ft3

puisque je ne fais ici que réciter les paroles paternelles de cet apôtre des Français) , il priait Dieu nuit et jour qu'ils persévérassent dans la foi, et qu'ils régnassent selon les règles qu*il leur avait données, leur prédisant en même temps qu'en dilatant leur royaume ils dilateraient celui de Jésus-Christ , et que , s'ils étaient fidèles à garder les lois qu'il leur prescrivait de la part de Dieu > , l'empire romain leur serait donné; en sorte que des rois de France sortiraient des empereurs dignes de ce nom , qui feraient régner Jésus-Christ.

Telles furent les bénédictions que versa mille et mille fois le grand saint Remy sur les Français et sur leurs rois , qu'il appelait toujours ses chers enfants; louant sans cesse la bonté divine de ce que , pour affermir la foi naissante de ce peuple béni de Dieu , elle avait daigné , par le ministère de sa main pécheresse (c'est ainsi qu'il parle) renouveler, à la vue de tous les Français et de leur roi, les miracles qu'on avait vus éclater dans la première fondation des Églises chrétiennes. Tous les saints qui étaient alors furent réjouis; et, dans le déclin de Fempire romain , ils crurent voir paraître dans les rois de France « une nouvelle lumière pour tout FOccident : » In oeciduispartibus novijubaris lumen effidgurat > ; et nonseulement pour tout l'Occident, mais encore pour toute l'Église , à laquelle ce nouveau royaume promettait de nouveaux progrès. C'est ce que disait saint Avite , ce docte et ce saint évéque de Vienne, ce grave et éloquent défenseur de l'Église romaine, qui fut chargé par tous ses collègues, les saints évéques des Gaules, de recommander aux Romains, dans la cause du pape Symmaque, la cause commune de tout l'épiscopat; « parce que, disait ce grand homme ^, quand « le pape et le chef de tous les évéques est attaqué, ce n'est « pas un seul évéque , mais l'épiscopat tout entier, qui est « en péril. »

■ Tous les conciles de ces temps font voir qu'en ce qui tou-

» Testam. S. Rem. ap. Flod. llb. I , chap. xviii. et cap. xiii. — ' S. Avlt. VIen. Episl. ad Clod tom. I Conc. GaM. pag. 154. - ^ Epi»l- ad Faust, ihid. pag. I5S.

f 14 SUB L UNITB

cbait la foi et la discipline, nos saints prédécesseurs regardaient toujours FÉglise romaine, et se gouvernaient par ses traditions '. Tel était le sentiment de FÉglise gallicane, qui , en recevant, par le ministère de saint Remy, Clovis et les Français dans son sein , leur imprimait dans le fond du cœur ce respect pour le saint-siége , dont ils devaient être les plus zélés aussi bien que les plus puissants protecteurs. Les papes connurent d^abord la protection qui leur était envoyée du ciel ; et, ressentant dans nos rois je ne sais quoi de plus filial que dans les autres , que ne dirent«ils point alors , comme par un secret pressentiment, à la louange de leurs protecteurs futurs? Anastase II, du temps de Clovis, croit voir dans le royaume de France nouvellement converti « une colonne de fer « que Dieu élevait pour le soutien de sa sainte Église, pendant « que la charité se refroidissait partout ailleurs *. » Pelage II se promet des descendants de Clovis, comme des voisins charitables de Tltalie et de Rome , la même protection pour le saint-siége qu'il avait toujours reçue des empereurs ^ ; et saint Grégoire, le plus saint de tous, enchérit aussi sur ses saints prédécesseurs , lorsque , touché de la foi et du zèle de ces rois, il les met « autant au-dessus des autres souverains « que les souverains sont au-dessus des particuliers ^. »

Leur foi croissait en effet avec leur empire; et, selon la prédiction de tant de saints , FÉglise s^étendait par les rois de France. L'Angleterre le sait, et le moine saint Augustin son premier apôtre. Saint Boniface , Fapôtre de la Germanie, et les autres apôtres du Nord , ne reçurent pas un moindre secours de la France; et Dieu montrait dès lors, par des signes manifestes, ce que les siècles suivants ont confirmé, qu'il voulait que les conquêtes des Français étendissent celles de FÉglise.

* Ep. Syn. Episl. Gall. apqd Léon. Concil. Araas. ii , Prœf. tom. i Conc. Gai. pag. 216. Bonif. ii Ep. ad Cssar. Arel. ibid. p. 223. Conc. Vas. II , can. m , iv, v, ibid. p. 226 , 227. Conc. Aurel. m , can. m ; xxvi , ibid. p. 248, 255. — '' Anast. ii Ep. ii, ad Clod. tom. iv Conc. col. 1282, — ^ Pel. 11 Episl. ad Annach. Auliss. tom. i Ck>nc. Gai. p. 37G. — * S, Greg. M. Epist. lib. vi , Episl. vi, t. ii, col.'795^.

Les enfants de Clovis ne marchèrent pas dans les voies que saint Remy leur avait marquées : Dieu les rejeta de devant sa face; mais il ne retira pas ses miséricorde de dessus le royaume de France. Une seconde race fut élevée sur le trône: Dieu s'en mêla , et le zèle de la religion s'accrut par ce changement : témoin tant de papes réfugiés , protégés , rétablis , et comblés de biens sous cette race. Les papes et toute l'Église bénirent Pépin , qui en était le chef ' ; les bénédictions de saint Remy passèrent à lui : de lui sortit cet empereur, père d'empereurs, que ce saint évéque semble avoir vu ; et Cliarlemagne régna pour le bien de toute l'Église. Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant , malgré les reproches des siècles ignorants , ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu , et il se montra très-chrétien dans toutes ses œuvres. Il fit revivre les anciens canons; les conciles longtemps n^llgés furent rétablis >, et la discipline revint avec eux. Si ce grand prince rétablit les lettres , ce fut pour faire mieux entendre les saintes Écritures et l'ancienne tradition par ce secours. L'ï^glise romaine fut consultée dans les affaires douteuses, et ses réponses reçues avec révérence furent des lois inviolables ^. Il eut tant d'amour pour elle , que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison qu'il avait reçu de son père et de son a\eul , et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l'un de ses descendants, que « quand cette « Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait « souffrir 4^ » plutôt que de rompre la communion avec elle.

* Paul. 1 Epist. X f ad Fr. t. il Conc. Gall. p. 59. — ^ De schol. instit. Capil. Baluz. tom. I , pag. 202, 203. — ^ Conc. Francof. can. viii, tom. Il Conc. (îaU. pag. I9a. Capit. Aquis. an. Imp. m, cap. iv, Baluz. t. i, p. 300, 381. Capit. de divis. Regni, cap. xv, ibid. p. 444. — * Capit. Car. M. dehoP' sed. Apost. an. Imp. i; Qaluz. tom. l , p. 357. Conc. Tribur. sub. Arn. Imp. can. xxx , t. ix Conc. col. 456. Capit. Angllr. data t. ii Conc. Geli. pag. loo. Epit, can. ab Adr. Car., M. oblat. Conc. tom. vi, col. 1800.

t|6 SUB L UlflTB

Elle nlmposait point de tel joug ; mais ee sage prince Toulait tout prévoir, pour affermir Tunion dans tous les cas. Au reste, les canons que lui envoya son sage et intime ami , le pape Adrien, n'étaient qu'un abrégé de Tancienne discipline, que l'Église de Franco regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés : nous demandons encore d'être jugés par les canons envoyés à ce grand prince; et, sous un nouveau Charlemagne, nous souhaitcms d'avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.

Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n'a été moins guidé par un faux zèle ; jamais on n'a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du concile de Francfort, tantôt lesévéques seuls, tantôt le prince seul, et tantôt les deux puissances ensemble '. Je ne veux pas m'étendre sur les diverses matières qui donnèrent lieu à cette diversité; je remarquerai seulement que les évéques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouvelle hérésie qu'on vit alors s'élever en Espagne * , ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Gomme son savoir éclatait dans toute l'Église autant que son équité , les nouveaux hérétiques le prièrent de se rendre l'arbitre de la cause ^. Charlemagne, pour les confondre par eux-mêmes, accepta l'offre; mais il savait comment un prince peut être arbitre en ces matières. 11 consulta le saint-siége avant toutes choses; il écouta aussi les autres évêques, qu'il trouva conformes à leur chef. C'est sur quoi se régla ce religieux prince ; c'est par ce canal qu'il reçut la doctrine de l'Évangile et l'ancienne tradition de l'Église catholique : c'est de là qu'il apprit ce qu'il fallait croire ; et, sans discuter davantage la matière dans la lettre qu'il écrit aux nouveaux docteurs 4, il leur envoie n les lettres , les décisions « et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique, les ex- « Portant à s'y soumettre avec lui , et à ne se croire pas plus

' Conc. Francof. can. i, ii. can. m, v. can. rv, v, vi, vu» tora. ii Conc. Gall. pag. I93 et seq. - > Ibid. can. i , pag» 193. — ' Conc. Francof. Epist. Car. M. pag. I88. — * Ibid. pag. 18», \9o.

DB L*ÉGLISB. 117

« savants que TËglise universelle, parce que , ajoutait ce grand « prince, après ce concours de Fautorité apostolique et de « l'unanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d'être te- « nus pour hérétiques, et nous n'osons plus avoir de commu- « nion avec vous. »

'Qu'on n'impute point à la France des sentiments nouveaux; voilà tous ses sentiments du temps de Charlemagne; mais Charlemagne les avait reçus de plus haut, et ils étaient venus des anciens Pères, et dès l'origine du christianisme. Le saint-siége principalement , et le corps de l'épiseopat uni à son chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ec* clésiastique confiée aux évéques par les apôtres : car c'est aussi à cette unité qu'il estdit : « Qui vous écoute , m'écoute * ; et encore : " Les portes de l'enfer ne prévaudront point con- « tre elle*; » et encore : < Vous êtes la lumière du monde 3; » et encore : « Dites-le à TÉglise; et s'il n'écoute pas l'Église, « qu'il vous soit comme un Gentil et un publicain 4 ; » et encore, pour me servir du même passage qui est ici allégué par Charlemagne : « Je serai toujours avec vous jusqu'à la con- « sommation des siècles ^. » Ce grand prince, soumis le premier à cette règle, ne craint plus après cela de condamner les hérétiques , comme déjà condamnés par l'autorité de l'Église; et le jugement du saint-siége et du concile de Francfort devint le sien.

Est-il besoin de raconter ce que Charlemagne , à l'exemple du roi son père , fit pour la grandeur temporelle du saintsiége et de ri^lise romaine ? Qui ne sait qu'elle doit à ces deux princes et à leur maison tout ce qu'elle possède de pays? Dieu, qui voulait que cette Église, la mère commune de tous les royaumes , dans la suite ne fût dépendante d'aucon royaume dans le temporel, et que le siège où tous les fidèles devaient garder l'unité, à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'État pour-

. • Lac. X. 16. — » MaUh. xvi. i». - 3 ibid. ▼. 14. — * Ibid. xvui. n. — » Ibid. XXVIII. 20.

118 sua L^UMITÉ

raient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et par Gharleinagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Église , indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir les âmes; et que , tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent ennemis , elle entretient Tunité dans tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.

L'empire sortit trop tôt d'une maison et d'une nation à bienfaisante envers l'Église. Rome eut des maîtres fâcheux, et les papes avaient tout à craindre tant des empereurs que d'un peuple séditieux; mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avait espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée que Tltalie et que Rome même , leur devint comme un second siège où ils tenaient leurs conciles , et d'où ils faisaient entendre leurs oracles par toute l'Église. Troyes , et Clermont , et Toulouse , et Tours , et Reims plusieurs fois , et les autres villes, le peuvent dire ; pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon , et d'un autre concile universel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et le plus authentiques de TÉglise , dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Église gallicane.

Cependant la troisième race était montée sur le trône ; race encore plus pieuse que les deux autres ; qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire; qui seule dans tout l'univers, et depuis le commencement du monde, se voit sans interruption depuis sept cents ans toujours couronnée et toujours régnante; race enfin qui devait donner saint Louis au monde; enjaquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses, et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénite par le saint-siége? Sous cette race la France est « un royaume chéri «t béni de « Dieu , un royaume dont l'exaltation est inséparable de

« celle du saint-siége > , » un royaume ; mais si j'entreprenais de tout raconter, le jour n'y suffirait pas.

Aussi £aut-il avouer qu'il y a eu dans ces rois , avec beaucoup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre, et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantaient de combattre pour les intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur état , et dans une plus grande hautear de leur couronne , une plus sûre défense ; puisque , sans qu'ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces premiers temps , et que jamais ils n'ont été obligés ni à soutenir des guerres , ni , ce qui est bien plus horrible , à faire des schismes pour la défendre.

Ces rois aussi bienfaisants que religieux , loin de profiter de la faiblesse des papes toujours réfugiés dans leur royaume, se relâchaient volontairementde quelques-uns de leurs droits, plutôt que de troubler la paix de TÈglise ; et pendant que saint Thomas de Cantorbéry était banni d'Angleterre comme ennemi des droits de la royauté, la France, plus équitable, le recevait dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques. Nos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers. L'Église , qu'ils honoraient , les honorait à son tour; et l'égalité, tant recommandée par l'Apôtre, s'entretenait par de mutuelles reconnaissances.

La piété se ralentissait, et les désordres se multipliaient dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France : au milieu de la barbarie et de l'ignorance elle produisit saint Bernard , apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants, et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince ; jamais prêtre ne fut plus soumis à Tépiscopat; jamais enfant de l'Église ne défendit mieux l'autorité apostolique

> Alex. III Epist xxx, tom. x Conc. col. 1212. Iddoc. m, Greg. ix, t. XI CoQC. part, i , col. 27, 367.

120 suB l'unité

de sa mère TÉglise romalue. Il regardait dans le pape seul tout ce qu*il y avait de plus grand dans Tun et l'autre Testament; un Abraham, un Melchisédech , un Moïse, un Aaron, un saint Pierre, en un mot Jésus-Christ même >. Mais aGn qu'une autorité, sur laquelle F Église est fondée, fût plus sainte et plus vénérable à tous les peuples, il ne cessa d*en séparer, autant qu'il pouvait, ce qui semblait plutôt la déshonorer queFagrandir.

Tout esta vous , disait-il * , tout dépend du chef; mais c'est avec un certain ordre. On ferait un monstre du corps humain, si on attachait immédiatement tous les membres à la tête : c'est par les évêques et les archevêques qu'on doit venir au saint-siége : ne troublez point cette hiérarchie, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est vrai; mais un de vos ancêtres disait : « Tout m'est permis , mais tout n'est « pas convenable 3. » Vous avez la plénitude de la puissance; mais rien ne convient mieux à la puissance que la r^le. Enfin l'Église romaine est la mère des Églises ^, mais non une maîtresse impérieuse ; et vous êtes , non pas le seigneur des évêques , mais l'un d'eux : paroles que ce saint homme n'a pas proférées pour affaiblir une autorité qu'il a fait révérer à toute la terre, mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine, que Jésus-ChrLst, qui l'a élevé à une si grande puissance, n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de l'épiscopat; afin que, dans cette haute élévation , il prit soin de conserver dans tous les évêques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux, et qu'il songeât qu'il y a toujours, avec une grande autorité, quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique; puisque si lé pape doit gouverner les évêques, il les doit aussi gouverner par les lois communes que le saint-siége a faites siennes en les confirmant. C'est ce que disent tous les papes; et encore qu'ils puissent

* s. Bern. de Consid. lib. ii , cap. viii , et lib. iv, cap. vu , tom. i , «ol. 433,444. — » Ibid. lib. m, cap. iv, col. 433. — 3 I. Cor. x. 22. — * S fiern. de Consid. lib. iv, c. ?u « col. 444.

DE l'Église. 121

dispenser des lois pour rutilité publique ' , le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disait saint Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. CTest aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne , le plus soumis au saint-siége , et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnaissez saint Louis), à persévérer dans ces maximes , et à publier une Pragmatique pour maintenir dans son royaume « le droit commun et la « puissance des ordinaires , selon les conciles généraux et les « institutions des saints Pères '. »

Ne demandez plus ce que c'est que les libertés de l'Église gallicane. Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint Louis ; nous n'en voulons jamais connaître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons ; et plût à Dieu que l'exécution en fût aussi effective dans la pratique que cette profession est magnifique dans nos livres ! Quoi qu'il en soit , c'est notre loi ; nous faisons consister notre liberté à marcher, autant qu'il se peut, « dans le « droit commun, » qui est le principe, ou plutôt le fond de tout le bon ordre de l'Église; « sous la puissance Canonique « des ordinaires , selon les conciles généraux et les instituc tions des saints Pères : » état bien différent de celui où la dureté de nos cœurs, plutôt que l'indulgence des souverains dispensateurs , nous a jetés ; où les privilèges accablent les lois ; où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun , tant elles se multiplient ; où tant de règles ne subsistent plus que dans la formalité qu'il faut observer d'en demander la dispense : et plût à Dieu que ces formules conservent du moins, avec le souvenir des canons, l'espérance de les rétablir 1 C'est l'intention du saint-siége; c*en est l'es* prit : il est certain. Mais s'il faut, autant qu'il se peut, ten-

' s. Bcrn. de Consid. lib. iv, c. vii , col 444 ; llb. ui , cap. iv, col. 433.

- * Png. S. Lud.

122 SUB l'unité

dre au renouvellemeut des anciens canons, combien religieusement faut-il conserver ce qui en reste , et surtout ce qui est le fondement de la discipline ? Si vous voyez donc vos évéques demander humblement au pape Finviolable conservation de ces canons et de la puissance ordinaire dans tous ses degrés , souvenez-vous qu'ils ne font que marcher sur les pas de saint Louis et de Gharlemagne , et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n'est pas nous diviser d'avec le saintsiége, à Dieu ne plaise ! c'est au contraire conserver avec soin jusqu'aux moindres fibres qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n'est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : TOcéan même a ses bornes dans sa plénitude ; et,s'illes outre-passait sans mesure aucune, sa plénitude serait un déluge qui ravagerait tout l'univers.

Au reste, la puissance qu'il faut reconnaître dans le saintsiège est si haute et si éminente , si chère et si vénérable à tous les fidèles , qu'il n'y a rien au-dessus que toute l'Église catholique ensemble : encore fiaut-il savoir connaître les besoins extraordinaires et les extrêmes périls où il faut que tout s'assemble et se réunisse. Ces maximejs sont de tous les siècles; mais dans l'un des derniers siècles , un besoin pressant de l'Église , un grand mal , un schisme effroyable , obligea toute l'Église à les expliquer, et à les mettre en pratique d'une façon plus expresse dans le saint concile de Pise et dans le saint concile de Constance. La France fut la plus zélée à les soutenir; mais la France fut suivie de toute l'Église. Ces maximes, supposées comme indubitables du commun consentement des papes , de tous les évêques et de tous les fidèles, rétablirent l'autorité du saint-siége, affaiblie par les divisions. Ces maximes mirent fin au schisme, extirpèrent les hérésies que le schisme fortifiait , et firent espérer au monde , malgré la dépravation des mœurs , la réforme universelle de la discipline dans toute la chrétienté, sans rien (excepter.

Ces maximes demeureront toujours en dépôt dans l'Église catholique. Les esprits inquiets et turbulents voudront s'en

DE l'bglise. 123

servir pour brouiller; mais les humbles, les pacifiques, les vrais enfants de l'Église, s'en serviront toujours selon la règle, dans les vrais besoins et pour des biens effectifs. Les cas où on le doit faire seraient aisés à marquer, puisqu'ils sont si clairement expliqués dans les décrets du concile de Constance ' ; mais il vaut mieux espérer que la déplorable nécessité de réfléchir sur ces cas n'arrivera pas , et que nos jours ne seront pas assez malheureux pour avoir besoin de tels remèdes. Ah ! si le nom de concile œcuménique, nom si saint et si vénérable, doit être employé, que ce ne soit pas en matière contentieuse, et pour faire durer de funestes divisions , mais plutôt pour réunir la chrétienté déchirée par tant de schismes , et pour travailler à l'œuvre de réformation , qui jamais n'est achevée durant cette vie ! Cependant conservons ces fortes maximes de nos pères , que l'Église gallicane a trouvées dans la tradition de TÉglise universelle , que les universités du royaume, et principalement celle de Paris , ont apprises des saints évéques et des saints docteurs qui ont toujours éclairé l'Église de France , sans que le saintsiège ait diminué les éloges qu'il a donnés à ces fameuses universités >. Au contraire, c'est en sortant du concile de Bâle , où ces maximes avaient été renouvelées avec l'applaudissement de tout le royaume , que Pie II , qui le savait, puis* qu'il avait autrefois prêté sa plume à ce concile , s'adressant à un évéque de Paris , dans l'assemblée générale de tous les princes chrétiens, lui parla ainsi de la France^ : « La France « a beaucoup d'universités, parmi lesquelles la vôtre, mou « vénérable frère , est la plus illustre , parce qu'on y ensei- « gne si bien la théologie , et que c'est un si grand honneur \ « d'y pouvoir mériter le titre de docteur ; de sorte que le flo- * « rissant royaume de France, avec tous les avantages de la « nature et de la fortune, a encore ceux de la doctrine et de « la pure religion. » Voilà ce que dit un savant pape , qui n'ignorait pas nos sentiments , puisqu'ils étaient alors dans

« Sess. V. — > Urban. vi EpUt ii , t. xi Conc col. 2048. — ' Pius ii in Gonv. Mant. t xui Conc col. 177 1.

124 SUB l'unité

leur plus grande vigueur ; et je puis dire qu*il en approuve le fond dans la buUe' où , en révoquant oe qu'il avait dit avant son exaltation en faveur du concile de Bâle, il déclare qu'il n'en révère pas moins le concile de Constance, dont il embrasse les décrets, et nommément ceux où Tautorité et la puissance des conciles est expliquée.

Il savait bien que la France n'abusait point de ces maximes , puisque même elle venait de donner un exemple incomparable de modération dans la célèbre assemblée de Bourges , où , louant les Pères de Bâle qui soutenaient ces maximes, elle rejeta l'application outrée qu'ils en firent contre le pape Eugène lY. Nos libertés furent défendues ; le pape fut reconnu ; le schisme fut éteint dans sa naissance ; tout fut pacifié : qui fit un si grand ouvrage ? un grand roi, fidèlement assisté par le plus docte clergé qui fut au monde.

Jamais il ne fut tant parlé des libertés de l'Église , et jamais il n'en fut posé un plus solide fondement que dans ces paroles immortelles de Charles VII : « Comme c'est * , dit-il , « le devoir des prélats d^annoncer avec liberté la vérité qu'ils « ont apprise de Jésus-Christ, c'est aussi le devoir du prince « et de la recevoir de leur bouche , prouvée par les Écritures, « et de l'exécuter avec efficace. » Voilà en effet le vrai fondement des libertés de l'Église : alors elle est vraiment libre quand elle dit la vérité , quand elle la dit aux rois qui l'aiment naturellement, et qu'ils l'écoutent de leur bouche; car alors s'accomplit cet oracle du Fils de Dieu : « Vous connaîtrez la « vérité, et la vérité vous délivrera , et vous serez vraiment « libres ^. »

Nous sommes accoutumés à voir agir nos rois très-chrétiens dans cet esprit. Depuis le temps qu'ils se sont rangés sous la discipline de saint Remy , ils n'ont jamais manqué d'écouter leurs évéques orthodoxes. L'empire romain vit succéderaupremier empereur chrétien un empereur hérétique. I^ succession des empereurs a souvent été déshonorée

« Bulla retract. Pii ii, ibid. col. i407. — » Prag. Car. vu. — ' Joan. Tin. 33, 36.

Dfi L EGLISE. 125

par de semblables désordres. Mais , pour ne point reprocher aux autres royaumes leur malheureux sort , contentons-nous de dire, avec humilité et actions de grâces^ que la France est le seul royaume qui jamais , depuis tant de siècles, n'a vu changer la foi de ses rois : elle n'en a jamais eu , depuis plus de douze cents ans, qui n'ait été enfant de l'Église catholique : le trône royal est sans tache et toujours uni au saintsiége; il semble avoir participé à la fermeté de cette pierre : Grattas Deo super inenarrahili dono ejus ! « Grâces à Dieu « sur ce don inexplicable de sa bonté > ! «

En écoutant leurs évéques dans la prédication de la ifraie foi , c'était une suite naturelle que ces rois les écoutassent dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique. Loin de vouloir faire en ce point la loi à l'Église , un empereur, roi de France, disait aux évéques > : « Je veux qu'appuyés de notre « secours et secondés de notre puissance, comme le bon or- « dre le prescrit : » Famulante, ut decet, potestate nostra ( pesez ces paroles , et remarquez que la puissance royale , qui partout ailleurs veut dominer, et avec raison , ici ne veut que servir ) : « Je veux donc, dit cet empereur, que , secondés « et servis par notre puissance, vous puissiez exécuter ce que « votre autorité demande : » paroles dignes des maîtres du monde , qui ne sont jamais plus dignes de l'être , ni plus assurés sur leur trône , que lorsqu'ils font respecter l'ordre que Dieu a établi.

Ce langage était ordinaire aux rois très-chrétiens ; et ce que faisaient ces pieux princes , ils ne cessaient de l'inspirer à leurs officiers. Malheur, malheur à l'Église, quand les deux juridictions ont commence à se regarder d'un œil jaloux ! O plaie du christianisme! Ministres de l'Ëglise, ministres des rois, et ministres du Roi des rois les uns et les autres, quoique établis d'une manière différente, ah ! pourquoi vous divisez-vous ? l'ordre de Dieu est-il opposé à l'ordre de Dieu ? hé! pourquoi ne songez-vous pas que vos fonctions sont unies, que servir Dieu

• 11. Cor. IX. 15. — » Lad. Pios, Capil. an. 823. Balaz. 1. 1 , p. 634. Ep. Vcnil. Scn. ad Amul. Lugd. Conc. Gall. t. m, p. 67.

126 SUR L^UNITB

c'estscrvir l'État, que servir l'État c'est servir Dieu ? Mais l'autorité est aveugle; l'autorité veut toujours monter, toujours s'étendre; l'autorité se croit dégradée quand on lui montre ses bornes. Pourquoi accuser l'autorité? Accusons l'orgueil, et disons comme l'Apôtre disait de la loi : « L'autorité est sainte « et juste et bonne '. » Sainte , elle vient de Dieu; juste , elle conserve le bien à un chacun ; bonne , elle assure le repos public. « Mais l'iniquité, afin de paraître iniquité , se sert » de l'autorité pour mal faire; en sorte que l'iniquité est souverainement inique, quand elle pèche par l'autorité que Dieu a établie pour le bien des hommes.

Nos rois n'ont rien oublié pour empêcher ce désordre. Leurs capitulaires ne parlent pas moins fortement pour les évéques que les conciles. Cest dans les capitulaires des rois qu'il est ordonné aux deux puissances, au lieu d'entreprendre Tune sur l'autre , « de s'aider mutuellement dans leurs fonc- « tions; » et qu'il est ordonné en particulier aux comtes , aux juges , à ceux qui ont en main l'autorité royale , « d'être obéis- « sants aux évéques. » C'est ce que portait l'ordonnance de Gharlemagne; et ce grand prince ajoutait « qu'il ne pouvait « tenir pour de fidèles sujets ceux qui n'étaient pas fidèles h^ « Dieu , ni en espérer une sincère obéissance , lorsqu'ils na « la rendaient pas aux ministres de Jésus-Christ, dans ce qui « regardait les causes de Dieu et les intérêts de l'Église'. ». C'était parler en prince habile, qui sait en quoi l'obéissance est due aux évéques , et ne confond point les bornes des deuTç puissances : il mérite d'autant plus d'en être cru Selon se^ ordonnances , on laisse aux évéques l'autorité tout entièra dans les causes de Dieu et dans les intérêts de l'Église , et avec raison, puisqu'en cela l'ordre de Dieu, la grâcç attachée à leur caractère, l'Écriture, la t^radition, les canons et les lois , parlent pour eux.

» Rom. VII. 12. ~ ' Cap. \y C£|f. M. an. 806. Baluz. t. i, p. 450. Capit. ap. Tbeod. de hon. Episc. et rel. Sacerd. ibid. pag. 433. Coll. Anse^. jib. vr, cap. ccxlix, ibid. pag. 965. Conc Arel. vi, siib Car. M. can IJii, tom. II Conc. Gall. pag. 271. Capit. Car. M. au. 813. Baluz. tom. I , pag. W-i.

Qu'est-il besoin d'allouer les autres rois? Que ne doivent point lés évéques au grand Louis ? que ne fait point ce religieux prince pour les intérêts de FÉglise? pour qui a-t-il triomphé , si ce n'est pour elle ? quand tout en un moment ploya sous sa main , et que les provinces se soumirent comme àTenvi, n'ouvrit-il pas autant de temples à FÉglise qu'il força de places? mais l'hérésie de Calvin fut la seule confondue en ce temps. Aujourd'hui le luthéranisme, la source du mal et la tête de l'hérésie , est entamé ; heureux présage pour l'Église! il commence à rendre les temples usurpés. L'un des plus grands de ces temples, celui qui de dessus les bords du Rhin élève le plus haut et fait révérer de plus loin son sacré sommet, par la piété de Louis est sanctifié de nouveau. Que ne doit espérer la France , lorsque, fermée de tous côtés par d'invincibles barrières , à couvert de la jalousie , et assurant la paix de l'Europe par celle dont son roi la fera jouir, elle verra ce grand prince tourner plus que jamais tous ses soins au bonheur des peuples, et aux intérêts de l'Église, dont il fait les siens ? Nous , mes frères , nous qui vous parlons , pous avons ouï de la bouclie de ce prince incomparable , à la veille de ce départ glorieux qui tenait toute l'Europe en suspens , qu'il allait travailler pour FÉglise et pour l'État , deux choses qu'on verrait toujours inséparables dans tous ses desseins. France, tu vivras par ces maximes; et rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Église que pieu soutient! Combien devons-nous chérir un prince qui unit tous ses intérêts à ceux de FÉglise ! N'est-il pas notre consolation et notre joie , lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par tant de conversions ? Pouvonspous n'être pas touchés, pendant que par son secours nous raipenons tous les jours un si grand nombre de nos enfants dévoyés? Et qui ressent plus de joie de leur changement que l'Église romaine leur mère commune, qui dilate son sein pour les recevoir ? La main de Louis était réservée pour achever de guérir les plaies de FÉglise. Déjà celles de l'épiscopat ne nous paraissent plus irrémédiables. Outre cent arrêts favora-

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bleSy sous les auspices d*un prince qui ne veut que voir la raison pour s*y soumettre, on ouvre les yeux : on ne lit plus les canons et les décrets des saints Pères par pièces et par lambeaux , pour nous y tendre des pièges ; on prend la suite des antiquités ecclésiastiques : et si on entre dans cet esprit , que verra-t-on à toutes les pages , que des monuments éter< nels de notre autorité sacrée ?

« Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, quand nous « parlons de cette sorte; mais nous prêchons Jésus-Christ « qui nous a établis ses ministres , et nous prêchons tout « ensemble que nous sommes en Jésus-Christ dévoués à votre « service >. » Car qu'est-ce que Fépiscopat, si ce n*est une servitude que la charité nous impose pour sauver les âmes? et qu'est-ce que soutenir Fépiscopat, que soutenir la foi et la discipline? Il ne faut donc pas s'étonner si Louis, qui aime et honore FÉglise, aime et honore notre ministère apostolique. Que tarde un si saint pape à s'unir intimement au plus religieux de tous les rois? Un pontificat si saint et si désintéressé ne doit être mémorable que par la paix et par les fruits de la paix, qui seront, j'ose le prédire, Fhumiliation des infidèles, la conversion des hérétiques, et le rétablissement de la discipline. Voilà Fobjet de nos vœux ; et s'il fallait sacrifier quelque chose à un si grand bien , craindrait-on d'en être blâmé?

TROISIÈME POINT

C'a toujours été dans FÉglise un commencement de paix , que d' assembler les évêques orthodoxes. Jésus-Christ est Fauteur de la paix , Jésus-Christ est la paix lui-même : nous ne sommes jamais plus assurés d'être assemblés en son nom , ni par conséquent de l'avoir, selon sa promesse, au milieu de nous, que lorsque nous sommes assemblés pour la paix; et nous pouvons dire avec un ancien pape * « que nous som- « mes véritablement ambassadeurs pour Jésus-Christ , quand

* II. Cor. III. 6. IV, 6. — » Joan. vin Eptet. Lxxx , lom. i« Conc.

QOl. GO.

DE l'Église. 129

« nous travaillons à la paix de FÉglise : » Pro Christo legatione fungimur, quum pctd Ecclesiœ studium impendere procuramus. L'épiscopat, qui est un, aime à s'unir : c*est en s'unissant qu'il se purifie, c'est en s'unissant qu'il se règle , c'est en s'unissant qu'il se réforme; mais surtout c'est en s'unissant qu'il attire dans son unité le Dieu de la paix ; et « les apôtres étaient assemblés, dit l'évangéliste ', » quand Jésus-Christ leur vint dire , ce qu'ils disent ensuite à tout le peuple : Fax vobis , « La paix soit avec vous. »

Saint Bernard, l'ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Élise et l'État, écrivit à Louis VII : « Il « n'y a rien de plus nécessaire que d'assembler les évéques et en ce temps : » et une des raisons qu'il en apporte , c'est , dit-il à ce sage prince ' , « que s'il est sorti de la rigueur de « l'autorité apostolique quelque chose dont Votre Majesté se « trouve offensée , vos fidèles sujets travailleront à faire qu'il « soit révoqué ou adouci, autant qu'il le faut pour votre hon- « neur. »

Et pour ce qui est de la discipline, quand nous la voyons blessée , nous nous assemblons pour proposer les canons , bornes naturelles de la puissance ecclésiastique , qu'elle se fsiit elle-même par son exercice. Le saint-siége aime cette voie; le langage des canons est son langage naturel ; et , à la louange immortelle de cette Église, il n'y a rien de plus répété dans ses Décrétales , ni rien de mieux établi dans sa pratique, que la loi qu'elle se fait d'observer et de faire observer les saints canons.

Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta , dans un concile de la province de Lyon, un privilège de Rome qu'on crut contre l'ordre. Nos pères dirent aussitôt , selon leur coutume : « Relisant le saint « oondle de Chalcédoine, et les sentences de plusieurs autres « pères authentiques, le saint concile a résolu que ce privilège « ne pouvait subsister, puisqu'il n'était pas conforme, mais « contraire aux constitutions canoniques 3. »

« Joan. XX. 19. — » S. Bern. Epist CCLV , tom. i , col. 267. — ' Conc ADsan. ao. 1026. t. ix Conc. col. 869.

ISO sua l'unité

Vous reconnaissez dans ces paroles Tancien style de TÉgllse : ce concile est pourtant de Fonzième siècle; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions , et la conduite toujours uniforme de TÉglise gallicane. Elle ne 8*élève pas contre le saint-siége , puisqu'elle sait au contraire qu*un siège qui doit régler tout l'univers n'a jamais intention d*affaiblir la règle : mais comme dans un si grand siège , où un seul doit répondre à toute la terre , il peut échapper quelque chose même à la plus grande vigilance , on y doit d'autant plus prendre garde, que ce qui vient d'une autorité si éminente pourrait à la fin passer pour loi, ou devenir un exemple pour la postérité.

C'est pourquoi dans ces occasions toutes les É^ses , mais principalement celle de France , ont toujours représenté au saint-siége, avec un profond respect, ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second concile de Limoges , qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise et contre Tordre canonique , par le pape Jean XVIII '. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle « qu'ils avaient reçue, « disaient-ils , des pontifes apostoliques et des autres Pères. » Us ajoutèrent ensuite , comme un fondement incontestable , « que le jugement de toute l' Église paraissait principalement « dans le saint-siége apostolique *. » Ce ne fut pas sans remarquer l'ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées, afin que ce jugement eût toute sa force; et la conclusion fut que « les pontifes apostoliques ne devaient pas « révoquer les sentences des évéques, » contre cet ordre canonique; « parce que, comme les membres sont obligés à « suivre leur chef, il ne faut pas aussi que le chef afOige ses « membres. »

Comme c'a toujours été la coutume de l'Église de France de proposer les canons, c'a toujours été la coutume du saint-siége d'écouter volontiers de tels discours; et le même concile nous en fournit un exemple mémorable. Un évêque 3 s'était plaint

' Conc. Lemov. ii. Sess. ii. t. ix Conc. — « ïbid. col. 90«. - ^ Etienne , évoque de Clermont.

DE L ÉGLISE. 18t

de tous les apôtres , de tous les conciles , elle eu exécute , avec autant de force que de discrétion, les salutaires décrets ! Quelle a été sa puissance, lorsqu'elle Ta fait consister principalement à tenir toute créature abaissée sous l'autorité des canons , sans jamais s'éloigner de ceux qui sont les fondements de la discipline ; et qu'lieureuse de dispenser les trésors du ciel , elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas mises en sa main !

Dans cet état glorieux où vous paraît l'Église romaine , et les rois et les royaumes sont trop heureux d'avoir à lui obéir. Quel aveuglement , quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir, en secouant, disaient-ils, le joug de Rome^ qu'ils appelaient un joug étranger ! comme si l'Église avait cessé d'être universelle ; ou que le lien commun , qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ, pût devenir étranger à des chrétiens ! Quelle erreur, quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion! au lieu que la religion , dont l'autorité rend leur majesté inviolable , ne peut être pour leur propre bien trop indépendante ; et que la grandeur des rois est d'être si grands qu'ils ne puissent, non plus que Dieu dont ils sont l'image, se nuire à eux-mêmes , ni par conséquent à la religion qui est l'appui de leur trône. Dieu préserve nos rois très-chrétiens de prétendre à l'empire des choses sacrées, et qu'il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner! Ils n'y ont jamais pensé. Invincibles envers toute autre puissance , et toujours humbles devant le saint-siége , ils savent en quoi consiste la véritable hauteur. Ces princes, également religieux et magnanimes , n'ont pas moins méprisé que détesté les extrémités auxquelles on ne se laisse emporter que par désespoir et par faiblesse.

L'Église de France est zélée pour ses libertés ', elle a raison; puisque le grand concile d'Éphèse nous apprend ' que ces libertés particulières des Églises sont un des fruits de

* Conc. Bitur. cap. de Elect. tom. \i Conc. col. 1018. — ' Conc. Ephes. Act. vu; t. m CoDcU. col.

132 SUB l'unité

au même pape Jean XVIII, d*ttne absoluliqa que cepapeavait mal donnée, au préjudice de la sentence de cet évéque. Le pape lui fit cette réponse vraiment paternelle , qui fut lue avec une incroyable consolation de tout le concile ' : « Cest « votre Êiute, mon très-cher firère, de ne m'avoir pas instruit; « j'aurais confirmé votre sentence, et ceux qui m'ont surpris « n'auraient remporté que des anathèmes. A Dieu ne plaise , « poursuit*il , qu'il y ait schisme entre moi et mes co-évé- « ques : je déclare à tous mes firères les évéques , que je veux « les consoler et les secourir, et non pas les troubler ni les « contredire dans l'exercice de leur ministère. » A ces mots, « tous les évéques se dirent les uns aux autres : C'est à tort « que nous osons murmurer contre notre chef; nous n'avons « à nous plaindre que de nous-mêmes , et du peu de soin « que nous prenons de l'avertir. »

Vous le voyez , chrétiens : les puissances suprêmes veulent être instruites, et veulent toujours agir avec connaissance. Vous voyez aussi qu'il y a toujours quelque chose de paternel dans le samt-siége, et toujours un fond de correspondance entre le chef et les membres, qui rend la paix assurée; pourvu qu'en proposant la règle, on ne manque jamais au respect que la même règle prescrit. L'Église de France aime d'autant plus sa mère TÉglise romaine , et ressent pour elle un respect d'autant plus sincère , qu'elle y regarde plus purement l'institution primitive et l'ordre de Jésus-Christ. La marque la plus évidente de l'assistance que le Saint-Esprit donne à cette mère des Églises , c'est de la rendre si juste et si modérée , que jamais elle n'ait mis les excès parmi les dogmes. Qu'elle est grande l'Église romame, soutenant toutes les Églises, «portant, « dit un ancien pape*, le fardeau de tous ceux qui souffrent, » entretenant l'unité, confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs , omTant et fermant le ciel ! Qu'elle est grande , encore une fois, lorsque, pleine de l'autorité de saint Pierre ,

' Conc. Lemov. ii. Sess. u. t. ix Conc. col. 908. — ' Jtoan. viii , Episl Lxxx , tom. ix Conc. col. 66.

DE L*ÉGLISE. lS3

la rédemption , par laquelle Jésus-Christ nous a affranchis : et il est certain qu'en matière de religion et de conscience , des libertés modérées entretiennent Tordre de FÉglise, et y affermissent la paix. Mais nos pères nous ont appris à sou« tenir ces libertés sans manquer au respect ; et, loin d*en vouloir manquer, nous croyons au contraire que le respect inviolable que nous conserverons pour le saint-siége nous sauvera des blessures qu'on voudrait nous faire , sous un nom qui nous est si cher et si vénérable.

Sainte Église romaine, mère des Églises et mère de tous les fidèles , Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité , nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. « Si je foutt blie, Église romaine, puissé-je m'oublier moi-même! que « ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, « si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je « ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de « réjouissance : » Adhxreat lingua mea faucibus meU, si non fneminero tuî, si non proposuero Jérusalem in principio lœtitix mex '.

Mais vous qui nous écoutez , puisque vous nous voyez marcher sur les pas de nos ancêtres , que reste-t-il , chrétiens, sinon qu'unis à notre assemblée avec une fidèle correspondance, vous nous aidiez de vos vœux? « Souvent, dit un an- « cien Père >, les lumières de ceux qui enseignent viennent des « prières de ceux qui écoutent : » Hoc accipit doctor quod rneretur auditor. Tout ce qui se fait de bien dans TÉglise , et même parles pasteurs, se fait, dit saint Augustin 3, par les secrets gémissements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre.

Ames simples , âmes cachées aux yeux des hommes , et cachées principalement à vos propres yeux , mais qui connaissez Dieu , et que Dieu connaît ; où êtes-vous dans cet auditoire , afin que je vous adresse ma parole? Mais, sans qu'il soit be-

» Ps. cxxxTi. 6. — * S. Pet. Chrysol. Serm. lxxxvi — ' De Bapt. oont. Donat. lib. m, n. 22, 23; t. ix.col. 117, lis.

soin que je vous connaisse , ce Dieu qui vous connaît , qui habite en vous, saura bien porter mes paroles, qui sont les siennes, dans votre cœur. Je vous parle donc sans vous connaître, âmes dégoûtées du siècle. Ah ! comment avez-vous pu en éviter la contagion ? comment est-ce que cette face extérieure du monde ne vous a pas éblouies? quelle grâce vous a préservées de la vanité, de la vanité que nous voyons si universellement régner? Personne ne se connaît ; on ne connaît plus personne : les marques des conditions sont confondues : on se détruit pour se parer ; on s'épuise à dorer un édiGce dont les fondements sont écroulés , et on appelle se soutenir que d'achever de se perdre. Ames humbles , âmes innocentes , que la grâce a désabusées de cette erreur et de toutes les illusions du siècle, c'est vous dont je demande les prières : en reconnaissance du don de Dieu dont le sceau est en vous , priez sans relâche pour son Église; priez, fondez en larmes devant le Seigneur. Priez, justes; mais priez , pécheurs ; prions tous ensemble : car si Dieu , exauce les uns pour leur mérite , il exauce aussi les autres pour leur pénitence : c'est un commencement de conversion que de prier pour l'Église.

Priez donc tous ensemble, encore une fois , que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez à l'ombre même de la division : songez au malheur des peuples qui, ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux , et ne voient plus dans leur religion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. Ah ! prenons garde que ce mal ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi nous de ces esprits libertins , qui , sans savoir ni la religion, ni ses fondements, ni ses origines, ni sa suite , « blasphèment ce qu'ils ignorent , et se corrompent « dans ce qu'ils savent : nuées sans eau , » poursuit l'apôtre saint Jude ', docteurs sans doctrine, qui pour toute autorité ont leur hardiesse , et pour toute science leurs décisions précipitées : « arbres deux fois morts et déracinés ; » morts premièrement parce qu'ils ont perdu la charité; mais doublement morts, parce qu'ils ont encore perdu la foi; et entière-

* Jad. 10, 12.

SUR l'unité de l'Église 135

ment déracinés , puisque , déchus de Tune et de l'autre , ils ne tiennent à l'Église par aucune flbre : « astres errants » qui se gloriOent dans leurs routes nouvelles et écartées , sans songer qu'il leur faudra bientôt disparaître. Opposons à ces esprits légers , et à ce charme trompeur de la nouveauté, la pierre sur laquelle nous sommes fondés , et l'autorité de nos traditions où tous les siècles passés sont renfermés, et l'antiquité qui nous réunit à l'origine des choses. Marchons dans les sentiers de nos pères ; mais marchons dans les anciennes moeurs, comme nous voulons marcher dans Tancienne foi.

Allez , chrétiens , dans cette voie d'un pas ferme : allons à la tête de tout le troupeau , messeigneurs , plus humbles et plus soumis que tout le reste : zélés défenseurs des canons; autant de ceux qui ordonnent la régularité de nos mœurs, que de ceux qui ont maintenu l'autorité sainte de notre caractère , et soigneux de les faire paraître dans notre vie , plus encore que dans nos discours ; afin que quand le Prince des pasteurs et le Pontife étemel apparaîtra , nous puissions lui rendre un compte fidèle et de nous et du troupeau qu'il nous a commis , et recevoir tous ensemble l'éternelle bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

SERMON

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