‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 23 sur 139 · POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

Conditions nécessaires pour être heureux : n*ètre point trompés, ne rien souffrir, ne rien craindre. Elles ne se trouvent réunies que dans le ciel. Nous n*y serons plus sujets à Terreur, à la douleur, à rinquiétude ; parce que nous y verrons Dieu, que nous y jouirons de Dieu , que nous nous reposerons à jamais en Dieu.

Ut sit Deus omnia in omnibus.

J)ieu sera tout en tous, I. Cor. xv. 28.

Sire,

Ce que Toeil n^a pas aperçu , ce que Foreille n'a pas ouï , ce qui jamais n*est entré dans le cœur de l'homme , c*est ce qui doit faire aujourd'hui le sujet de notre entretien. Cette solennité est instituée pour nous foire considérer les biens infinis que Dieu a préparés à ses serviteurs, pour les rendre éternellement heureux ; et un seul mot de T Ap6tre nous doit expliquer toutes ces merveilles.

Dieu , dit-il , sera tout en nous. Que peut-on entendre de plus court? que peut-on imaginer de plus vaste ou de plus immense ? Dieu est un , e^en même temps il est tout; et étant tout à lui-même, parce que sa propre grandeur lui sufiQt, il est tout encore à tous les élus, parce qu'il remplit par sa plénitude leur capacité tout entière et tous leurs désirs. S'il leur faut un triomphe pour honorer leur victoire. Dieu est tout; s'ils ont besoin de repos pour se délasser de leurs longs travaux. Dieu est tout; s'ils demandent la consolation, après avoir saintement gémi parmi les amertumes de la pénitence , Dieu est tout. Dieu est la lumière qui les éclaire ; Dieu est la gloire qui les environne ; Dieu est le plaisir qui les transporte; Dieu est la vie qui les anime; Dieu est Fétemitéqui les établit dans un glorieux repos.

POUfi LA FETE DE TOUS LES SAINTS. 137

O laideur! ô profondeur! ô longueur sans bornes, et inaccessible hauteur! pourrai-je vous raifermer dans un seul discours ? Allons ensemble , mes frères ; entrons en cet abtme de gloire et de majesté. Jetons-nous avec confiance Mir cet océan : mais implorons Tassistance du Saint-Esprit ; et ayons notre guide et notre étoile , je veux dire la sainte Vierge , que nous allons saluer par les paroles de TAnge : Jve.

Sire, on peut mettre en question siTliomme, pour être heureux, n'a besoin de posséder qu'une seule chose ; ou si sa félicité est un composé de plusieurs parties, et le concours à» plusieurs biens ramassés ensemble. Et premièrement il paraît qu'un cœur qui se partage à divers objets confesse , en se partageant, que l'attrait qui le gagne est faible, et que celui qui est ainsi divisé cherche plutôt sa félicité qu'il ne l'a trouvée. Que s'il parait d'un côté qu'un seul objet nous doit con« tenter, parce que nous n'avons qu'un cœur; il semble aussi d'autre part que plusieurs biens nous sont nécessaires , parce que nous avons plusieurs désirs. En effet , nous désirons la santé, la vie, le plaisir, le repos, la gloire, Tabondance, la liberté, la science, la vertu ; et que ne désirons-nous pas? Comment donc peut-on espérer de satisfaire par un seul objet une si grande multiplicité de désirs et d'inclinations que nous nourrissons en nous-mêmes?

L'Apôtre a concilié ces contrariétés apparentes dans le texte que j'ai choisi , puisqu'il nous y fait trouver dans un même objet, premièrement la simplicité, parce qu'il est un ; et tout ensemble la variété, parce qu'il est infini. Dieu, dit-il, sera tout en tous. Il est un , et il est tout. Il est tout, non-seulement en lui-même par l'immensité de son essence, de sa nature ; mais encore il est tout en tous , par l'incompréhensible fécondité avec laquelle il se communique à ses créatures. ErU Deus omnia in omnibus: « Dieu sera tout en tous. »

Mais ce que l'apôtre saint Paul nous a proposé dans une idée générale , le docte saint Augustin nous l'explique en particulier, lorsqu'interprétant ce passage de l'épître aux Corin-

Page 1