POUE LA FETE OB TOUS LES SAINTS
de votre âme; les détourner un moment de ces images vagues et changeantes que les sens impriment, et les accoutumer à porter la vue de la vérité toute pure? Tentons, essayons, voyons. Je vous demande pour cela, messieurs, que vous soyez seulement attentifis à ce que vous faites, et que vous pensiez à l'action qui nous rassemble dans ce lieu sacré. Je vous prêche la vérité, et vous Técoutez; et celle que je vous propose en particulier, c*est que celui-là est heureux qui n'est point sujet à Terreur et qui ne se trompe jamais. Cette vérité est sûre et incontestable : elle n'a pas besoin de démonstra« tion, et vous en voyez Févidence. Mais, messieurs, où la voyez-vous? Ce peut être dans mes paroles : nullement, ne le croyez pas. Car où la vois-je moi-même? Sans doute dans une lumière intérieure qui me la découvre , et c'est là aussi que vous la voyez. Je vous prie , suivez-moi , messieurs, et soyez un peu attentifs à l'état présent où vous êtes. Car comme si je vous montre du doigt quelque tableau ou quelque ornement de cette chapelle royale , j'adresse votre vue; mais je ne vous donne pas la clarté, ni je ne puis vous inspirer le sentiment : je fais à peu près le m^me dans cette chaire. Je vous parle , je vous avertis , j'excite votre attention ; mais il y a une voix secrète de la vérité qui me parle intérieurement, et la même vous parle aussi : sans quoi toutes mes paroles ne feraient que battre l'air vainement et étourdir les oreilles. Selon la sage dispensation du ministère ecclésiastique , les uns sont prédicateurs et les autres sont auditeurs; selon l'ordre de cette occulte inspiration de la vérité , tous sont auditeurs , tous sont disciples : si bien qu'à ne regarder que l'extérieur, je parle , et vous écoutez ; mais au dedans , dans le fond du cœur, et vous et moi écoutons la vérité qui nous parle et qui nous enseigne. Je la vois, et vous la voyez; et tous ensemble nous voyons la même, puisque la vérité est une; et la même se découvre encore par toute la terre à tous ceux qui ontles yeux ouverts à ses lumières.
On ne peut donc déterminer où elle est, quoiqu'elle ne niffnque mille part. Elle se présente à tous les esprits.; mais
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elle est en même temps au-dessus de tous. Que les hommes tombent dans Terreur, la vérité subsiste toujours ; qu'ils profitent ou qu'ils oublient, que leurs connaissances croissent ou décroissent, la vérité n*augmente ni ne diminue. Toujours ose, toujours égale, toujours immuable, elle juge de tout, et ne dépend du jugement de personne ; « chaste et fidèle , n propre à chacun, quoiqu'elle soit commune à tous : » Et omnibus communis est, et singulis casta est, dit saint Augustin '. On est heureux quand on la possède ; on ne nuit qu'à soi-même quand on la rejette. Elle fait donc également la béatitude et le supplice de tous les hommes ; parce que « ceux « qui se tournent vers elle sont rendus heureux par ses lumiè- « res, et que ceux qui refusent de la regarder sont punis par « leur propre aveuglement et par leurs ténèbres : » Cvm intégra et incorrupta, et conversas lœtificet iumine, etaverxos puniat csecitate >.
Voilà ce que c'est que la vérité ; et , mes Frères , cette vérité, si nous l'entendons, c'est Dieu même. O vérité! ô lumière I ô vie ! quand vous verrai-je ? quand vous connattrai-je ? Connaissons-nous la vérité parmi les ténèbres qui nous environnent? Hélas ! durant ces jours de ténèbres , nous en voyons luire de temps en temps quelque rayon imparfait. Aussi notre raison incertaine ne sait à quoi s'attacher, ni à quoi se prendre parmi ces ombres. Si elle se contente de suivre ses sens , elle n'aperçoit que Fécorce; si elle s'engage plus avant, sa propre subtilité la confond. Les plus doctes, à chaque pas, ne sont-ils pas contraints de demeurer court .^ Ou ils évitent les difficultés, ou ils dissimulent et font bonne mine, ou ils hasardent ce qui leur vient sans le bien entendre , ou ils se trompent visiblement, et succombent sous le faix.
Dans les affaires même du monde , à peine la vérité estelle connue. Les particuliers ne la savent pas , quoique toutefois ils se mêlent de juger de tout, parce qu'ils n'ont pas rétendue et les relations nécessaires. Ceux qui sont dans les grandes charges, étant élevés plus haut, découvrent sans
« Dr lib. Arbil. lib u, n. :J7; tom. i, col. 601. - » Ibid. n. 34, col. 600.
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doute de plus loin les choses; mais aussi sont-ils exposés à des déguisements plus artlGcieux. « Que vous ôtes heureux, « disait un ancien a sou ami tombé en disgrâce ! oui , que « vous êtes heureux maintenant de n'avoir plus rien en votre <i fortune qui oblige à vous mentir et à vous tromper ! » Felicem te, qui nihilhabes propter quod tiài mentiatur ^\ Que ferai-je, où me toumerai-je, assiégé de toutes parts par Topinion ou par Terreur? Je me défie des autres, et je n'ose croire moi-même mes propres lumières. A peme crois-je voir ce que je vois et trair ce que je tiens , tant j'ai trouvé souvent ma raison fautive !
Ah ! j'ai trouvé un remède pour me garantir de l'erreur. Je suspendrai mon esprit, et, retenant en arrêt sa mobilité indiscrète et précipitée, je douterai du moins, s'il ne m'est pas permis de connaître au vrai les choses. Mais , ô Dieu , quelle faiblesse et quelle misère \ de crainte de tomber, je n'ose sortir de ma place, ni me remuer! Triste et misérable refuge contre l'erreur, d'être contraint de se plonger dans Tincertitude et de désespérer de la vérité ! O félicité de la vie future! Car écoutez ce que promet Isaïe à ces bienheureux citoyens de la Jérusalem céleste : Non occidet ultra sol tuus, et luna tua non minuetur > : « Votre soleil n'aura jamais de « couchant , et votre lune ne décroîtra pas ; » c'est-à-dire nonseulement que la vérité vous luira toujours, mais encore que voire esprit sera toujours uniformément et paiement éclairé. O quelle félicité de n'être jamais déçu , jamais surpris , jamais tourné, jamais détourné, jamais ébloui par les apparences, jamais prévenu ni préoccupé !
Je ne m'étonne pas , chrétiens, si saint Grégoire de Nazianze les appelle dieux ^, puisque ce titre leur est bi^ mieux dû qu'aux princes et aux rois du monde , à qui David Tattribue. « Je l'ai dit , vous êtes des dieux, et vous êtes tous en- « fents du Très-Haut : » Ego dixi, dii estis, etfiUi Excelsi omnes 4. Mais remarquez ce qu'il dit ensuite. Toutefois,
' Senec. ad Lucil. Episl. xlvi. — » Is. x. 20. — ^ Orat. xl- — ♦ P». LXXXI. 6, 7.