‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 28 sur 139 · POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

délicieuse , ni votre soif étanchée parunplus salutaire rafraîchissement. Rien de plus harmonieux que la vérité; nulle mélodie plus douce , nul concert mieux entendu ; nulle beauté plus parfaite et plus ravissante. Quoi! me vanterez- vous toujours l'éclat de ce teint ? Vous^ vous dites chrétienne , et vous étalez avec pompe cette fragile beauté , piège pour les autres, poison pour vous-même , qui se vante de traîner après soi les âmes captives , et qui vous fait porter à vous-même un joug plus honteux! Jetez, jetez un peu les veux, chrétiens, sur cette immortelle beauté que le chrétien doit servir. Cette beauté divine ne montre à vos yeux ni une grâce artificielle , ni des ornements empruntés , ni une jeunesse fugitive , ni un éclat , une vivacité toujours défaillante. Là se trouve la grâce avec la durée : là se trouve la majesté avec la douceur : là se trouve le sérieux avec l'agréable : là se trouve l'honnêteté avec le plaisir et avec la joie. (Test ce que nous avons à considérer dans la seconde partie.

DEUXIÈME POINT

De toutes les passions , la plus pleine d'illusion c'est la joie ; et le Sage n'a jamais parlé avec plus de sens , que quand il a dit dans l'Ecclésiaste , qu'il « estimait le ris une erreur, « et la joie une tromperie : » Risuin reputavi errorem , et gaudio dixi : Quid/rtcstra deciperis ' } Depuis notre ancienne désobéissance. Dieu a voulu retirer à soi tout ce qu'il avait répandu de solide contentement sur la terre; et cette petite goutte de joie qui nous est restée pour rendre la vie supportable , et tempérer par quelque douceur ses amertumes infinies , n'est pas capable de satisfaire un esprit solide. Et certes il ne faut pas croire que ce lieu de confusion , où les bons sont mêlés avec les mauvais , puisse être le séjour des joies véritables. « Autres sont les biens que Dieu aban- <t donne pour la consolation des captifs ; autres ceux qu'il a ré- « serves pour faire la félicité de ses enfants : » Àlivd solU' tium capHvorum, alivd gaudium liberorum ».

* Eccle. II. 2. — » S. Aug. io Ps. gxxxvi, u. 5; tom. iv, col. 1616.

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