‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 29 sur 139 · POUB LA FETE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

POUB LA FETE DE TOUS LES SAINTS

Mais , pour vous douner une forte idée de ces plaisirs vériln* blés qui euivreat les bieulieureux , philosophons un peu avant toutes choses sur la nature des joies du monde. Car, mes Frères , c'est une erreur de croire qu'il £ûUe indifféremment recevoir la joie, de quelque coté qu'elle naisse , quelque main qui nous la présente. Que m'importe, dit FépiciHrien, de quoi je me réjouisse , pourvu que je sois content? Soit erreur, soit vérité , c'est toujours être trop clia^rin que d« vefuser la joie, de quelque part qu'elle vienne. Ceux qui le pensent ainsi , ennemis du progrès de leur raison, qwleuf foit voir tous les jours la vanité de leurs joie^ , estiment leur âme trop peu de chose, puisqu'ils croient qu'elle peut être heureuse sans posséder aucun bien solide , et qu'ils mettent son bonheur, el par conséquent sa perfection, dans un songe ( remarques qu'il ne faut pas distinguer le bonheur de l'âme d'avec sa perfec* tion : grand principe). Mais le Saint-Esprit prononce an eo»traire que celui-là est insensé , qui se réjoiût dans les choses vaines; que celui-là est abandonné » maudit de Dieu , cpii se réjouit dans les mauvaises ; et qu'enGn on est malheureux , quand on n'aime que les plaisirs que la raison condamne ou qu'elle méprise.

Il faut donc avant toutes choses considéra d'où nous vient la joie, et quel en est le sujet. Et premièrement, chrétiens, toutes les joies que vous donnât les biens de la terre sont pleines d'illusion et de vanité. C'est pourquoi , dans les affaires dii monde, le plus sage est toujours celui que h^ joie emporte le moins; Écoutez la belle sent^oe que prononce TEcclésiastique : « Le fou, dit-il, indiscret , inconsidéré, fait sans cesse « éclater son ris; et le sage , à peine rit-il doucement : •» Fatuus in risu excUtat vocem suam; virautem, sapiens vix tacite ridebit '. En effet , quand on voit un homme emporté, qui , ébloui de sa dignité ou de sa fortune , s'abandonne à la joie sans se retenir , c'est une marque certaine d'une âme qui n'a point de poids , et que sa légèreté rendra le jouet étemel de toutes les illusions du monde. Le sage au contraire, tou-

^ Eccle. x\i. 2.1.

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