‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 36 sur 139 · SUB LA DIVINITE DE LA EELIGION · texte numérisé non relu

SUB LA DIVINITE DE LA EELIGION

tnent libérale aux hommes , et de ne trouver toutefois dans le genre humain qu'une perpétHelle opposition à ses volontés , et un mépris injurieux de toutes ses grâces.

Saint Pieire a égalé , surpassé en deux mots les éloges des plus pompeux panégyriques, lorsqu'il a dit du Sauveur, « qu'il « passait en bienfaisant et guérissant tous les oppressés : » Periransiit bei^faciendo eê sanande omnes opfiressosK Et eartea il n'y a rien de plus magnifique et de plus digne 4'im Dieu, que de laisser partout où il passe des effets de sa bonté; que de marquer tous ses pas par ses bienfaits; que éè parcourir les bourgades , les villes et les provinces , non par ses victoires , comme on a dit des conquérants , car c'est tout ravager et tout détruire ; ma» par ses libéralités.

Ainsi Jésus-Christ a montré aux hommes sa divinité comme elle a accoutumé de se déclarer, à savoir par ses grâces et par ses soins paternels; et les hommes l'ont traité aussi comnae ils traitent la Divinité, quand ils Font payé, selon teur coutume, d'ingratitude et d'impiété : Et heatus est qui nonfuerit scandalizatus in me !

Voilà en peu de mots ce qui nous est proposé dans notre évangile ; mais pour en tirer les instructions , il faut un plus long discours, dans lequel je ne puis entrer qu^après avoir imploré le secours d*en haut. Jlve.

Cxci vident y elaudi ambulant , leproH mumianiur: et heatus est qui non fuerit scandalizatus in me! • Les aveu- « gles voient, les boiteux narchent, Itfslépreixx sont purifiés : « et bienheureux est ediui qui B'est point scandi^ifiéeu moi ! » Ce n'est plus en illuminant les^ aveugles, ni e» Msmt marcher les estropiés , ni eB purifilaot les lépreux , ni eu ressuscitant les morts , que Jésus<€hiist autorise sa missioft, el fait coBuattre aux hommes sa divinité. Oes éhoses ont' élé faites durant les jours de sa vie mortelle , et ttks a eeutmuées dans sasainte Église tant qu'il a été nécessatre pour peser les fondements de la foi naissante. Mais ces miracles sessiMes qui

* Act X. 38.

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ont été fiaits par le Fils <le Dieu sur des personnes partioitliè-^ res, cit pendant un temps limité , étaientles signes sacrés d'aiK très mirades spirituels quin'oQt point debomes semblaMes,. ni pour les temps , ni p(wr l€S personnes , puisopi'ils re§ar-^ dent également tous les hommes et tous les s^1«s.

En effet , ce ne sont point seulement des particuliers ayeii-^ glés , estropiés et lépreux , gui demandant au Fils de Dieui le secours de sa main puissante. Mais plut6t tout le gmre hy^ main , si nous le savons comprendre , est ce sourd et oet avoh^ gle qui a perdu la connaissance de Dieu., et ne peut plus entendre sa voix. Le genre humain est ce boiteux qui, n'ayant aucune règle des mœurs , ne peut plus ni marcher droit , ni se soutenir. Enfin le genre humain est tout ensemble et celépreux et ee mort , qui , faute de trouver quelqu'un qui le letire du péché ,. ne peut ni se puriGer de ses taclies , ni évi^ ter sa corruption. Jésus-Christ a rendu Touïe à ce sourd et la clarté à cet aveugle, quand il a fondé la foi : Jésus-Christ a redressé ce boiteux ,^ quand il a réglé les mœurs : Jésus-Christ a nettoyé ce lépreux et ressuscité ce mort,. quand il a établi dans sa sainte Église ia rémission des péchés. Voilà les trois* grands mirades par lesquels Jésus-Christ nous montre sa dis* vinité ; et en iwMci te moyen.

Quiconque fait voir aux hommes une vérité souveraine «t toute-puissuite , une droiture infaillibte , une bonté sans mesure, fait voir en même temps ta IMvinité. Or est-il que le Fils de Dieu nous montre en sa personne une vérité souve» raine par l'établissement de la foi, une équité infaillible par la direction des moeurs , une bonté sans mesure par la rémia» sion des péchés : il nous montre donc sa divinité. Mais ajoo» tons , s'il vous plaît , pour achever l'explication de notre évangile, que tout ce qui prouve la divinité de Jésus-^hda^ prouve aussi notre ingratitude. Beatus qui non fuerit «c«ndidi%ahis in me! « Heureux celui qui ne sera pas scandaliaé « à mon sujet! » Tous ses mirades nous sont un scandale;, toutes ses grâces nous deviennent un empêchement. Il a voulu, chrétiens , dans ia foi que les vérités dissent hautes ,.

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dans la règle des mœurs que la voie fût droite , dans la rémission des péchés que le moyen fût facile. Tout cela était fait pour notre salut : cette hauteur pour nous élever ; cette droiture pour nous conduire; cette fedlité pour nous inviter à la pénitence. Mais nous sommes si dépravés , que tout nous toome à scandale , puisque la hauteur des vérités delà foi fait que nous nous soulevons contre l'autorité de Jésus-Christ; que Texactitude de la règle qu'il nous donne nous porte à nous plaindre de sa rigueur; et que la facilité du pardon nous est une occasion d'abuser de sa patience.

PREMIER POINT

La vérité est ime reine qui habite en elle-même et dans sa propre lumière , laquelle par conséquent est elle-même son trdne, elle-même sa grandeur, elle-même sa félicité. Toutefois, pour le bien des hommes , elle a voulu régner sur eux, et Jésus-Christ est venu au monde pour établir cet empire par la foi qu'il nous a prêchée. J'ai promis , messieurs, de vous faire voir que la vérité de cette foi s'est établie en souveraine , et en souveraine toute-puissante ; et la marque assurée que je vous ea donne , c'est que sans se croire obligée d'alléguer aucune raison , et sans être jamais réduite à emprunter aucun se* cours, par sa propre autorité, par sa propre force, elle a Eût ce qu'elle a voulu , et a régné dans le monde. C'est agir, si je ne me trompe , assez souverainement : mais il faut appuyer ce que j'avance.

Tai dit que la vérité chréti^ne n'a point cherché son appui dans les raisonnements humains , mais qu'assurée d'ellemême , de son autorité suprême et de son origine céleste, elle a dit, et a voulu être crue : elle a prononcé ses oracles^ et a exigé la sujétion.

Elle a prêché une Trinité , mystère inaccessible par sa hauteur : elle a annoncé un Dieu-homme , un Dieu anéanti jusques à la croix , abîme impénétrable par sa bassesse. Comment a-t-elle prouvé? Elle a dit pour toute raison qu'il faut que la raison lui cède, parce qu'elle est née sa sujette. Wo'ici

SUfi LÀ DIVINITE DE LÀ BELIOIOR. KTl

quel ^t son langage : Hxc dicit Dominas : « Le Seigneur Cl a dit. >^ Et en un autre endroit : Il est ainsi , « parce que j'en a ai dit la parole : » Quia verbum ego hcutus sum , dicit Dominns^, Et en effet, chrétiens, que peut ici opposer la raison humaine? Dieu a le moyen de se faire entendre; il a aussi le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira, la vérité à découvert : il peut par son autorité souveraine nous obliger à nous y soumettre , sans nous en donner Tintelligence. Et il est digne de la grandeur, de la dignité , de la majesté de ce premier Être, de régner sur tous les esprits , soit en les captivant par la foi , soit en les contentant par la claire vue.

Jésus-Christ a usé de ce droit royal dans rétablissement de son Évangile ; et comme sa sainte doctrine ne s*est point fondée sur les raisonnements humains , pour ne point dégénérer d'elle même, elle a aussi dédaigné le soutien de l'éloquence. Il est vrai que les saints apôtres qui ont été ses prédicateurs ont abattu aux pieds de Jésus la majesté des faisceaux romains , et qu^ils ont fait trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels ils étaient cités. « Paui traite devant Félix « de la justice, de la chasteté, du jugement à venir : » Disputante illo dejustitia, et castitate, etjvdiciofuturo. [Félix tremble], quoique infidèle; nous écoutons sans être émus Lequel est le prisonnier? lequel est le juge? Trentefacius Félix respondit : Quod nuncattinet, vade; tempore opportuno accersam fe » : « Félix effrayé répondit : « C'est assez pour cette heure , retirez- vous ; quand J'aurai le « temps , je vous manderai. » Ce n'est plus l'accusé qui demande du délai à son juge , c'est le juge effrayé qui en demande à son criminel. Ainsi les saints apôtres ont renversé les idoles, ils ont converti les peuples. « Enfin ayant affermi, « dit saint Augustin, leur salutaire doctrine, ils ont laissé à « leurs successeurs la terre éclairée par une lumière céleste : » Confirmata saluberrima disciplina, illtiminatas terras

* Jerem. xxxiv. 5. — 2 AcI. x\it. 25.

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peëferis rdiquerunt '. Mais œ n'est point par Tart du bien dire, par Tarrangement des paroles, par des figures artificielles, qu'ils ont opéré tous ces grands effets. Tout se fait par une secrète vertu qui persuade contre les règles , ou plutôt qw ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements ; vertu qui , venant du del , sait se conserva tout entière dans Ja bassesse modeste et familière de leurs expressions , et dans la simplicité d'un style qui paraît vulgaire : comme on voit un fleuve rapide qui retient , coulant dans la plaine , cette force violente et impétueuse qu'il a acqidse aux montagnes d'où il tire son origine , d'où ses eaux sont précipitées.

Concluons donc, chrétiens , que Jésus-Christ a fondé son saint Évangile d'une manière souveraine , et digne d'un Dieu ; et ajoutons , s'il vous plaît , que c'était la plus convenable aux besoins de notre nature. Nous avons besoin parnû nos erreurs , non d'un philosophe qui dispute , mais d*un Dieu qui nous détermine dans la recherche de la vérité. La voie du raisonnement est trop lente et trop incertaine : ce qu'il faut chercher est éloigné ; ce qu'il faut prouver est indécis. Cependant il s'agit du principe même et du fondement de la conduite , sur lequel il faut être résolu d'abord : il faut donc nécessairement en croire quelqu'un. Le chrétien n'a rien à chercher, parce qu'il trouve tout dans la foi. Le chrétien n'a rien à prouver, parce que la foi lui décide tout, et que Jésus-Christ lui a proposé de sorte les vérités nécessaires, que s'il n'est pas capable de les entendre, il n'est pas moins disposé à les croire : Talia populis persuaderet, credenda saUem, si percipere non valerent *.

Ainsi , par même moyen , Dieu a été honoré, parce qu'on l'a cru , comme il est juste, sur sa parole ; et l'homme a été instruit par une voie courte , parce que, sans aucun circuit de raisonnement, l'autorité de la foi l'a mené dès le premier pas à la certitude.

Mais continuons d'admirer l'auguste souveraineté de la vérité chrétienne. Elle est venue sur la terre comme une

» S. Aug. de Vera Rel. n. 4; tom. i . col. 7i9. — » Ibid. n" i.

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