PRELIMINAIRE
liaul des airs, il tombe. L*insectequi rampe ne saurait tomber. Il ne faut donc pas être surpris des inégalités qu'on voit non seulement entre ces discours comparés , mais encore dans le même discours Tout grand orateur est nécessairement inégal : quand même son génie n*aurait pas besoin de ces intervalles de repos ponr prendre haleine, les règles de Fart oratoire, qui ne permettent pas de chercher à produire sans cesse un grand effet, Tobligeraient de ralentir de temps en temps son essor ; car celui qui veut être toujours sublime ne Test jaifiais.
Il est vrai que les chutes de Bossuet > sont presque aussi étonnantes que ses plus grandes beautés. Après ces élans sublimes, où Ton trouve la majesté des idées , la progression des mouvements , la magnificence des images, le choix des expressions, Tharmonic du style, chaque période finie avec soin , liée avec la phrase qui la précède ot fondue avec celle qui la suit , on est frappé de la plus vive admiration, et Ton se dit à soi-même que nul écrivain n'égale , comme écrivain et comme orateur, Yaigle brillant de Meaux. Mais Bossuet est assez grand pour qu'il soit permis à tous ses lecteurs d'avouer .ses (autes. Il faut donc convenir qu'il devient, de loin en loin, un peu dîssertateur, et qu'il porte quelquefois la familiarité nu style jusqu'à la négligence : c'est que tous les extrêmes se touchent, et qu'entre un trait burlesque et un trait sublime, il n'y a souvent qu'une ligne. L'homme d'un ^and talent monte si haut, qu'on le perd de vue; s'il s'arrête un seul instant, il s'abat, et plus son vol était hardi, plus sa chute est profonde ; au lieu que l'écrivain médiocre est séparé de ces abîmes par l'immensité des espaces intermédiaires qui, en l'éloignant de la région du génie , le préservent nécessairement de ses écarts ; et de même qu'il s'élève sans devenir grand, il déchoit sans se trouver fort au-dessous des lieux communs qui forment son élément ordinaire. Aussi peut-on observer qu'il est beaucoup plus aisé de parodier un chef-d'œuvre plein de génie , et surtout les plus beaux endroits de ce chef-d'œuvre, qu'un ouvrage médiocre. C'est le concours d'une multitude de circonstances qui forme le sublime : changez-en une
' Je n*en citerai aucun exemple, par respect pour ce grand homme. Ha plume se refuse à relever des fautes de goût quUl aurait très-certainement corrigées , s'il cù\ publié lui-même ses sermons ; mais il me semble que les éditeurs devaient se charger de ce soin , et qu^on ne les accuserait point d'avoir altéré les originaux de Bossuet , s'ils s'estaient bornés à corriger toutes ces négligences de style, sans rien ajouter aux manuscrits de Tévêque de Meaux.
^eule, subslituez inèiiii' dans une phrase un mot à une autre expression synonyme en apparence , mais sans noblesse et sans harmonie , l'enflure, Texagération , le ridicule, vont frapper tous les esprits, et vous rirez du même trait oratoire qui enlevait votre admiration, ou qui vous arrachait des larmes.
On ne se contentera peut-être point de reprocher à Bossuet quelques intervalles d'assoupissement qui rappellent le sommeil d'lfo> mère. J'ai connu des gens de lettres qui, n'ayant jamais lu la vingtième partie des productions de ce grand honmie, établissaient dans leur étroit cerveau f comme un dogme fondamental en matière de goAt , que c'est un écrivain sans style. Si par style on entend la froide monotonie des antithèses , les énigmes qu'on appelle réticences , le ton du madrigal, les petites phrases épigrammatiques, la prétention de montrer partout de l'esprit , le néologisme à la mode , les grands Biofs alambiqués, et cette frénésie épileptique qu'on ose appeler chaleur oratoire, il laul avouer que Bossuet n'a point de style, car il n'a certainement pas celui-là. Mais si l'on attache à ce mot l'acception qu'il doit avoir en éloquence , c'est-à-dire, si le style n'est autre chose que l'art de présenter ses idées; s'il. suffit , pour bien écrire , d*ètre hardi avec sagesse , clair, simple , noble , pur, précis , varié , pittoresque, véhément, harmonieux, périodique; s'il ne faut que donner aux expressions le ton du sujet, aux métaphores la couleur de l'image, aux mouvements du discours les élans de l'âme, aux tours oratoires le caractère de la passion , l'accent et le trait du sentiment ; si le style en un mot n'est que la peinture ou plutôt la représentation de la pensée avec tous ces caractères divers, contempteurs de Bossuet, humiliez- vous devant un si grand génie que vos regards ne peuvent atteindre dans une si haute région, et lisez ses écrits jusqu'à ce que vous appreniez enfin à les sentir et à les admirer! Vos yeux, accoutumés à l'élégante symétrie de nos jardins, ne sauraient-ils donc plus contempler l'antique majesté des forêts ?
Quelque frappant ' que soit le style de Bossuet, il nen est pas
' L'éloquence de Bossuet est toujours frappante, parce que ce grand orateur n'écrit jamais sans que son esprit soit animé par une forte passion. Au lieu de ne rechercher que des beautés accessoires, il s'attache aux seules beautés principales; et il les tire toutes du fond même de ses sujets. C'est pour s'être écartés de cette dernière régie de Tart oratoire, que plusieurs écrivains , nés avec beaucoup d'esprit, et même du talent , ne produisent cependant aucun effet dans la carrière de réloquence.
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moins naturel : et malgré les digressions abstraites ' auxquelles il s'arrête quelquefois en traitant les mystères, surtout au commencement de ses premières parties , on voit qu'il a écrit de yerve tons ses sermons, et qu*il ne perd jamais l'accent d'une inspiration soudaine et involonlaire. Ses plans, partie fondamentale et la plus difficile du travail de Torateur, sont ordinairement vastes et heureux. On con-
* On ne saurait trop éviter , dans les assemblées publiques , les matières abstraites qui sont étrangères à la plupart des auditeurs , et inintelligibles pour les esprits vulgaires. Cicéron était bien convaincu de cette r^le du goùt« puisqu'il décide, dans son Traité des orateurs illustres, qu'un discours qui n'obtient point Tapprobatlun du peuple ne mérite jamais le suffrage des savants. Lorsqu'il défendit la cause du poète Arehias, il embellit cette harapgue d'une très-belle apologie de rétude, que tous les gens de lettres savent par cœur. Cependant, quoique cet éloge de la littérature fût amené naturellement par son sujet quoiqu'il fût d'ailleurs écrit d'un style clair et à la portée de tous ses auditeurs, Cicéron crut devoir demander grâce, dans son exorde, pour une digression si peu familière au peuple romain. Une pareille précaution oratoire prouve que ce grand orateur regardait toutes les dissertations métaphysiques comme très-opposées à la véritable éloquence. Voici le second paragraphe de ce plaidoyer : Sed ne eut vestrum mirum esse videatur, me in quœstione légitima , et injudido publico, quum res agatur apud prœtorem populi romani, lectissimum virum, et apud severissimos judices , tanto conventu hominum acfrequentia, hoc uti génère dicendi, quod non modo a consuetudine judicUrrum, verum etiama forensi sermone abhorreat^ quœso a vo-, bis y ut in hoc causa mihi detis liane veniarn, accommodatam huic reo, vobis, quemadmodum spero, non molestam; ut me pro summo poeta atque eruditissimo homine dicentem , hoc concursu hominum litteratissimorum, hac vestra hxvmanitatey hoc denique prœtore exercente judiciumf patiamini destudiis humanitatis ae litterarum paulo loqui iiberius; et inejusmodipersona quœ propter otitim ac studium minime im judiciis periculisque tractata est uti prope novo quodam et inusitato geuere dicendi, Quod si mihi a vobis tribut concedique sentiam, etc.
L'esprit de Cicéron était tellement préoccupé du danger auquel il s'exposait en traitant des détails abstraits , et quelquefois peut-être supérieurs à rintelligence commune de ses auditeurs, qu'il termina son plaidoyer en réclamant de nouveau l'indulgence publique pour cet épisode. Quœ de causa dixi, judices, ea confido probata esse omnibus : qua nonfori, neque judiciali consuetudine, et de hominis ingenio, et communiter de ipsius studio locutu^sum, ea,judices, a vobis spero esse in bonampartem accepta; ab eo quijudicium exertet, certe scio. Pro Ârcbia poeta.
Je ne saurais rappeler l'éloquence de Cicéron à la tête des sermons de Bossuet, sans faire observer que dans son discours sur la pénitence, où l'on admire la verve de l'orateur et l'originalité de sa cornposifion , l'évéque de Meaux a imité très-heureusement un beau morceau de Cicéron , tiré de sa harangue pour Ligarius
çoit aîsémeut que Bossuet ne peut guère se renfermer que dans ua grand espace : encore cet espace est-il souvent trop étroit , et soi génie en sort comme par bonds. G*est ordinairement dans ces épisodes, ou si Ton veut dans ces écarts , qu*il est sublime ; mais alors Tadmiration quMl inspire justifie l'irrégularité de sa marche , et fait sentir vivement le besoin qu'il avait de prendre son essor pour mettre ses sentiments ou ses idées en liberté.
On lui pardonnera donc plus aisément de perdre quelquefois son sujet de vue , que de l'annoncer avec trop de recherche. J'ai cru apercevoir de la prétention dans la manière dont il présente quelques-uns de ses sujets. Si l'éloquence sacrée tolère les divisions , elle est trop austère du moins pour souflVir en chaire les antithèses puérileSy que Fénelon appelait des (ours de passe-passe '. C'est une perte de temps que les orateurs doivent éviter, ne fût-ce que pour cacher à l'auditoire le misérable emploi qu'ils ont fait de leurs loisirs. Lors> que Bossuet composa ses discours, les divisions maniérées étaient fort à la mode. On en retrouve, mais rarement, des exemples dans cette édition , comme un monument du tribut que les plus grands hommes sont quelquefois obhgés de payer au mauvais goût de leur siècle. La Bruyère * se moque très-ingénieusement des prédicateurs qui pirouettent en quelque sorte sur leurs divisions. « Depuis trente <( années, dit-il, on prête l'oreille aux rhéteurs, aux déclamateurs, « aux énumérateurs; on court ceux qui peignent en miniature. Il « n^y a pas longtemps qu'ils avaient des chutes ou des transitions si « ingénieuses, quelquefois môme si vives et si aiguës, qu'elles pou- «. vaient passer pour des épigrammes. Ils les ont adoucies , je le veux, <( et ce ne sont plus que des madrigaux ; ils ont toujours, d'une nét cessité indispensable et géométrique , trois sujets admirables de » vos attentions; ils prouveront une telle chose dans la première K partie de leur discours , cette autre dans la seconde partie, et cette H autre dan& la troisième. Ainsi vous serez convaincus d'abord d'une « certaine vérité, et c'est leur premier point; d'une autre vérité, et <( c'est leur second point; et puis d'une autre vérité, et c'est leur « troisième point. De sorte que la première réflexion vous instruira « d'un principe des plus fondamentaux de votre religion ; la seconde, n d'un autre principe qui ne Test pas moins; et la dernière réflexion, (« d'un troisième et dernier principe le plus important de tous , qui
« est remis pourtant, faute de loisir, à une autre fois. Enfin, pour | Dial . sur réioq. \
* Chapitre des Prédicateurs,
PREblMKNAIBF. 39
««reprendre et abréger cette division et former un plan Encore,
<r dites- vous ? et quelles préparations pour un discours de trois quarts 1 d'heure!..... Il semble , à les voir s*opiniAtrer à cet usage, que la « gr&ce de la conversion soit attachée à ces énormes partitions. »
Malgré cette prétention au bel esprit, qui paraîtra sans doute fort extraordinaire dans la jeunesse même d'un écrivain tel que Bossuet, et qu'il lui aurait été facile d'éviter s'il avait revu ses sermons, je ne connais aucun livre dont la lecture, ou plutôt l'étude, puisse être plus utile à un prédicateur, que les discours de ce grand homme. Ce n'est pas que les plagiaires doivent se flatter de le mettre impu* uément à contribution ;. car leur petite manière formerait , avec le génie de Bossuet, un contraste qui averthrait bientôt du larcin. Il n'y a donc qu'à beaucoup^ admirer dans ces discours : on n'y trouve rien k prenchre. Ces corsaires de la littérature, qui parlent toujours aux dépens de ceux qui ont pensé, sont redoutables pour les auteurs riches en réflexions, mais qui n'ont pas connu le mérite du style; et en effet, il suffît de savoir bien écrire pour s'approprier leurs plus beaux traits, puisque toute idée reste à celui qui l'exprime le mieux. Mais qui s'est jamais mieux exprimé que Bossuet.' 11 est impossible de lui ravir ses pensées, sans enlever et les expressions et les images dont il les a revêtues. L'uniqjiie manière d'enrichir de ses idées nn sermon qu'on débite en chaire , consiste donc à le citer avec autant de respect que si l'on répétait le texte d'un Père de l'Église. Ëh! ne l'est-il pas en effet dans L'opinion publique.'
Toute la véhémence du génie de Bossuet éclate dans ces nouveaux sermons, où les connaisseurs découvriront une foule de grands morceaux oratoires qu'ils placeront parmi ses plus beaux titres littéraim. Un écrivain qui n'en aurait point d'autres serait sûr de 1 im- •artalité; mais Bossuet est si riche, qu'il a pu perdre, Impunément pour sa réputation , tous ces chefs-d'œuvre ; et c'est le comble de sa l^re de n'en avoir pas eu besoin jusqu'à nos jours , pour être compté avec justice parmi nos plus grands hommes.
Il n'est aucun de ses sermons , sans en excepter même les fragnefitSy dans lequel on ne reconnaisse des traces d'un écrivain origjnal, et où Ton n'admire quelques-uns de ces traits de génie qui •Murent l'immortalité aux productions oratoires. Or, dès que j'aperçois des beautés du premier ordre, je ne dispute plus contre mou' llaisir ; j'aurais honte de relever des négligences de style dans des •uvrages que L'auteur n*a jamais songé à fmir, et je m'abandonno pleinement aux transports d'admiration qui s'élèvent aussitôt dan»
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mon âme. Qu'on ne m'accuse cependant point de me laisser égarer par un aveugle enthousiasme pour Bossuet , et de me borner à des éloges vagues , au lieu d'indiquer en détail ceux de ses sermons que je regarde comme des chefs-d'œuvre ; car je n'éprouverais ici que rembarras du choix , s'il fallait déterminer les objets de ma préférence.
Indépendamment du grand chef-d'œuvre sur V Unité de V Église, dans lequel l'évêque de Meaux, s'élevant au-dessus de tous les sermons et même des siens propres , nous donne l'idée la plus savante , la plus soIi<le et la plus sublime de la constitution de l'Église, qu'il explique en présence de l'assemblée à jamais mémorable du clergé en 1681 , mon admiration peut indiquer avec une confiance- particulière, en totalité ou du moins en partie , aux amateurs de Téloquenee sacrée, un grand nombre de discours que Bossuet paratt avoir travaillés avec plus de soin ; entre autres , ses sermons sur les devoirs des rois, sur Téminente dignité des pauvres dans l'Église, fur la nécessité de travailler à son salut, sur Jésus-Christ comme objet de scandale , sur les vice^ de V honneur du monde , sur la justice , sur l'honneur, sur l'impénitence finale, sur les jugements humains, sur l'ambition, sur la vie cachée en Dieu, sur la Providence, sur la divinité de la religion {commencement de la troisième partie) , sur rincarnation , sur la nativité, sur le jugement dernier et la résurrection ( les péroraisons ) , sur la présentation , sur la passion ( la seconde par lie de la troisième passion) , sur la charité fraternelle et sur ses obligations, sur la mort, sur la pénitence, sur l'exaltation de la cix>ix ( le premier sermon) , sur la colère du Sauveur, sur les raisons de se soumettre à la parole de Dieu , sur les causes de la haine pour la vérité, sur la nécessité de la pénitence, sur Tesprit du chrtslianisme, sur les anges gardiens, sur la prédication évangélique, sur les fondements de la vengeance divine , sur la ferveur de la pénitence, sur la Visitation ( le premier ) ; ses panégyriques de saint Paul , de saint André, de saint Thomas de Cantorbéry , de saint Pierre Nôlasque, de saint Victor, de sainte Catherine; des fragments sur les humiliations du Sauveur, sur la nativité, sur les démons, sor les nécessités de la vie , sur la miséricorde , sur le bonheur du del , sor le ' culte, etc., etc. '
Outre un si grand nombre de sermons distingués dans le recueil i, beaucoup trop volumineux de dom Deforis, cet éditeur rapporte j^ encore une liste écrite de la main de Bossuet , qui nous indique ^ trente-huit autres beaux sujets traités par cet inépuisable oratenr, et Jj
PRELIMINAIKE. 31
dont nous ne connaissons que les titres '. Il ne fait cependant aucune mention des panégyriques de saint Augustin > et de saint Ignace, que l*on croit généralement avoir été composés par Tévèque de Meaux. Des critiques éclairés soupçonnent même Kéditeur bénédictin d'avoir brûlé ces deux discours, qui heurtaient trop rudement ses préventions théologiques; mais on ne peut en fournir aucune preuve. Dom Deforis ne dit pas un seul mot de ce panégyrique si regrettable de saint Augustin , dans ses longues préraces surchargées de détails inutiles et insipides. Bossuet fait entendre lui-même clairement, dans un autre de ses discours, qu'il avait composé cet éloge. L'enthousiasme avec lequel il s'exprime à cet égard ne permet guère de croire qu'en composant un si grand nombre d'éloges , il eût laissé à l'écart le sujet le plus analogue à son âme et à son génie ; un sujet dont il n'aurait probablement pas rappelé toute la richesse en chaire avec tant d'amour, s'il ne l'eût pas développé auparavant d'une manière digne à la fois de l'évêquc d'Hippone et de l'évêque de Meaux ; au sujet cnfm que ses auditeurs, frappés d'un tel tribut d'admiration , l'auraient en quelque sorte obligé de traiter, s'ils n'avaient connu dès lors ce même panégyrique, qu'il s'excusait de ne pas prononcer dans une solennité consacrée à la gloire du Père de l'Église, dont il parlait en toute occasion avec la plus juste préférence.
Voici comment il s'était exprimé dans son premier ^rmon ^ pour la vêtu re d'une postulante bernardine, qui prit l'habit religieux le jour où l'Église célébrait la fête de saint Augustin : « C'est vous que « j'entends , ô grand Augustin! car peut-on se taire de vous, au- « jourd'hui que toute TÉglise retentit de vos louanges , et que tous « les prédicateurs de l'Évangile, dont vous êtes le père et le maître, '
1 Voyez cette liste dressée par Bossuet lui-même, et consignée par l*édlt^ur à la suite de la préface du 4* vol. in-4'' des Œuvres de ce prélat.
3 Voici le témoignage qu'en a rendu Burigny dans sa vie de Bossuef, page 187 : » M. Bossuet, dit-il, voulut donner des preuves publiques de * son extrême respect pour saint Augustin , en 1689. Il célébra ronice « pontilical dans réglise des clianoines de Notre-Dame de Meaux, le «Jour de la fête de ce saint; etTaprès-diner il prononça son panégyrique. m SOD texte fut : Gratia Oei sum id qitod sum, et gratia ejus in me m vacua non fuit Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu , et la grùce m n'a point élé oisive chez moi. Ce que la grâce a fait pour saint Au- « gostin, et ce que saint Augustin a fait pour la grâce, élatent le^ar- « tage de son discours. L'abondance de la matière, et le zèle de Torateur « pour la gloire de son héros , qui est celui de TÊglise, le menèrent, ft si loin , qu'en une heure et demie de ten ps, à peine put-il achever « *on premier point. Il linif, sans avoir rien dit du second. »
» Tom. VII . in-r , page ;i50.
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« lâchent de vous témoigner leur reconnaissance? Que j'ai de dou- « leur, 6 très-saint évêque ! docteur de tous les docteurs ! de ne pouvoii* <« m'acquitfer d'un si juste hommage ! Mais un autre sujet me tient ft attaché ; et néanmoins je dirai , ma sœur, ce qui servira pour éclair «( cir cette liberté que je vous prêche. Augustin a été pécheur, Augus- <« tin a goûté cette liberté dont se vantent les enfants du monde... « Mais depuis il a bien conçu que c'était un misérable esclavage : <i J^étais , dit-il , dans la plus dure des captivités, parce que, faisant « ce que je voulais, j'arrivais où je ne voulais pas aller : qtioniam « volens, quo nollem perveneram. Coufess.lib. VFII, cap. 6. >»
Parmi les douze sermons de Bossuet pour des vètures ou des professions religieuses, où Ton retrouve souvent la verve de son génie oratoire, j'en remarque deux dont je suis plus vivement frappé , l'un pour la véture d'une nouvelle catholique, le jour de la Purification : le grand Bossuet lui-même n'a rien écrit de plus vigoureux et de plus péremptoire contre les protestants. C'est dans ce discours qu'on ne peut voir sans attendrissement la modération, les égards, la charité compatissante de Bossuet envers les prétendus réformés, dont il parie avec effusion d'amour, en combattant leur doctrine de la manière la plus triomphante. Voici le début remarquable de son premier point. (( Si. parlant aujourd'hui de nos frères, qui à notre grande '< douleur se sont séparés de nous, j'appelle leur Église une Église de «< ténèbres, je les prie de ne pas croire que, pour condamner leurs " erreurs , je sois aigri contre leurs personnes. Certes , je puis dire '( d'eux avec vérité ce que Tapôlre disait des Juifs en écrivant aux H Piomains, que le plus tendre désir de mon cœur, et la plus ardente « prière que je présente tous les jours à mon Dieu , sont pour leur « salut. Je ne puis voir sans une extrême aHliction les entrailles de « la sainte Église si cruellement déchirées; et, pour parler plus hu- « mainement, je suis touché au vif quand je considère tant d'hon* « nètes gens que je chéris , comme Dieu le sait , marcher dans la « voie des ténèbres. Mais afin qu'il ne semble pas que je veuille faire •« aujourd'hui une invective inutile , je vous proposerai une doctrine <c solide, et conduirai ce discours , si Dieu le permet, avec une telle « modération, que, sans les charger d'injures , je les presserai par « de vives raisons tirées des Écritures divines, et des Pères, leurs (( interprètes fidèles. »
L'autre sermon beaucoup plus intéressant de Bossuet, sur la même matière, fut prêché, en présence des deux reines Aune et Marie- Thérèse d'Autriche, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques , /fl 8 septembre 1668, pour la vêturc de mademoiselle de Bouillon , nièce
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cTe Turenne. Celte date est remarquable. Turenne se réuDit à l'Églist catholique le 23 octobre de la même année- Bossuet, qui préparait en silence nne si grande victoire, en avait manifestement dès lors plus qu'un simple pressentiment ; car il fallait avoir le droit de Tannoncer avec nne espèce de certitude, pour oser , six semaines d'avance , en assigner l'époque dans le courant de la même année , et pour inviter en public la jeune novice à faire descendre cette grâce du ciel sur un onde dont on ne pouvait espérer et divulguer en quelque sorte la conversion avec trop de ménagements. Ce sont les seules paroles que nous trouvions écrites dans les ouvrages de Bossuet sur cette abjuration, dont il mérita entièrement et ne s'attribua jamais la gloire. La manière dont il en parle est digne à la fois du néophyte et de Torateur.
Après avoir rappelé à mademoiselle de Bouillon quelle aurait été la joie de son illustre mère, qui n'existait plu» alors, si elle avait pu, àii- \\,étreprésente à cette action, Bossuet, dignement inspiré par ce souvenir , ajoute : « Mais que dis-je ? elle la voit du plus haut des cieux ; « et si la félicité dont elle y jouit est susceptible d'accroissement, rf vous la comblez en ce moment d'une joie nouvelle. Suivez sadé- <( votion exemplaire : et comme Dien l'avait choisie pour rétablir la K vraie foi dans votre maison , tâchez d'achever un si grand ouvrage: u Vous savez, ma sœur, ce que je veux dire ; et,, quelque illustre que « soit cette assemblée , on ne s'aperçoit que trop de ce qui lui man- «« que. Dieu veuille que l'année prochaine la compagnie soit com- « plète ; que ce grand et invincible courage se laisse vaincre une fois , n et qu'après avoir tant servi , il travaille enfin pour lui-même ! « Votre exemple peut lui faire voir que le Saint-Espnt agit dans « l'Église avec une force extraordinaire ; et du moins sera-t-il forcé M d'avouer que, dans le lieu où il est , il ne verra jamais de i)areil n sacrifice. »
Je le repète , c'était annoncer la prochaine abjuration de Turenne , que de la provoquer et de s'en flatter ainsi en public, au milieu de son iUastre famille. Voilà l'éloquence, voilà Bossuet! Lisez ses discours ; et si vous n'ète& point vivement frappé de la sublimité de ses pensées et de la véhémence de ses mouvements^, gardez- vous de porter jamais aucun jugement sur les- orateurs : la nature vous a refusé le sentiment de l'éloquence.
Qu'il me soit permis , en finissant, de proposer cette question aux gens de goût : Vart de la chaire a-tH/ait des progrès depuis un siècle P Lisez Bossuet , et prononcez .