‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 5 sur 139 · DUCHESSE DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE LA VALLIÈRE

Née en 1644, d'une famille distinguée , qui était originaire du Bourbonnais, M^^* de la Yallière avait six ans de moins que Louis XIV. Sa mère s'étant remariée à M. de Saint-Rémi , premier maître d*bôtel de Gaston , duc d'Orléans, elle fut élevée à la cour de ce prince. Tous les mémoires du temps s'accordent sur le caractère de sagesse et de bonté qui la faisait remarquer dès ses premières années. Quand le frère unique de Louis XIV épousa Henriette d'Angleterre, M"*^ de la Yallière fut placée auprès d'elle en qualité de fille d'honneur. Prenant part aux plaisirs d'une cour jeune et galante, elle y obtint !*estime par sa droiture, son amour inné de sa vertu, sa douceur, sa sincérité , et sa naïveté. « Ses regards avaient un clrnrme inexprimable, dit la duchesse d'Orléans. .Elle avait une taille fme; ses yeux me paraissaient bien pins beaux que ceux de M"^ Montespan. Tout son maintien était modeste. Elle boitait légèrement; mais cela ne lui allait pas mal. » Ce cceur tendre et sensible devait bientôt trouver un maître. Louis XIV, qui venait de prendre les rênes de l'État , avait alors vingt-trois ans : paré de tout Téclat de la jeunesse, et comblé de tous les dons extérieurs de la nature, il était le plus bel homme de son royaume, comme il allait être le plus grand roi de l'Europe; il semblait donner au trône plus de majesté qu'il n'en recevait ; la vigueur de sa constitution s'annonçait en lui par la beauté des formes et par la noblesse des proportions; la hauteur de son âme et la fierté de son caractère se peignaient sans rudesse dans sa physionomie toute royale : une grâce polie en adoucissait l'expression ; son coup d*œil , toujours imposant , n'était jamais m menaçant ni farouche; la conscience de sa supériorité, qui respirait dans toute sa personne , produisait dans ce jeune roi, comme dans tous les hommes véritablement supérieurs, une modération pleine de dignité; le respect qu'il avait pour toutes les convenances était un frein à l'impétuosité de ses passions. Son cœur était enclin à l'amour ; mais ses vœux ne commençaient jamais à se manifester que par ces égards délicats qui sont toujours dus aux femmes, et par cette galanterie de bon goût dont sa cour était devenue le modèle.

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