SUR LA VÉRITÉ EVANGÉLIQUE
PRÊCHÉ DEVANT LE ROI
Vérité étangélique : ignorance, oubli, mépris des hommes à son égard : ses différents états, afTaibHssement qn'eUe ^roure, son efficacité : attention qui loi est due : diq[K>sitioDS aéoessaires pour récottler avec fruit.
Non in solo pane Tirit homo, sed in omnr verbo quod procedit de ore Dei.
Vhomme ne vit pas seulement de pain .
mais il vit de toute parole qui sort ée la bouche de Dieu. Mattb. iv, 4.
Cest une chose surprenante que oe grand siletioe de Dieu parmi les désordres du genre humain. Tous les jours ses commandements sont méprisés, ses vérités blasphémées, les droits de son empire violés ; et cependant son sdeil ne s'édipse pas sur les impies ; la pluie arrose leurs champs ; la terre ne s'ouvre pas sous leurs pieds ; il voit tout, et il dissimule ; M considère tout , et il se tait.
Je me trompe , chrétiens , il ne se ^t pas ; H sa bonté , ses bienfaits , son silence même est une voti publique qui invite tous les pécheurs à se reconnaître. Mais comme nos cœurs oidurcis sont sourds à de tels propos , il Ml résonner une voix plus daire , une voix nette et intelligible , qui nous appelle à la pénitence. Il ne parle pas pour nous juger, mais il parle pour nous avertir; et cette parole d'avertissement, qui letentit en ces temps dans toutes les chaires , doit servir de préparatif à son jugement redoutable. Cest, messieurs , cette parole de vérité que les prédicateurs de l'Évangile sont chargés de vous annoncer durant cette sainte quarantaine; c'est elle qui nous est présentée dans notre évangile , pour nous servir de nourriture dans notre jeûne, de délices dans notre abstinence y et de soutien dans notre faiblesse ; Non in solo
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pane vivit homo , sed in omni verbo quod pt^ocedil du ore Dei, J'ai dessein aujourd'hui de vous préparer à recevoir saintement eette nourriture immortelle. Mais , ô Dieu , que serviront mes paroles, si vous-même n'ouvrez les coeurs, et si vous ne disposez les esprits des hommes à donner l'entrée à votre Esprit saint? Descendez donc, ô divin Esprit, et ve» nez vous-même préparer vos voies. Et vous, ô divine Vierge, donnez-nous votre secours charitable , pour accomplir dans les cœurs l'ouvrage de votre Fils bien-aimé. Nous vous en prions humblement par les paroles de l'ange : Ave.
Jésus-Christ, Seigneur des seigneurs, et Prince des rois de la tenre ; quoique élevé dans un trône souverainement indépendant , néanmoins , pour donner h tous les monarques qui relèvent de sa puissance l'exemple de modération et de justice , il a voulu lui-même s'assujettir aux règlements qu'il a &its et aux lois qu'il a établies. Il a ordonné, dans son Évangile, que les voies douces et aimables précédassent toujours les voies de rigueur , et que les pécheurs fussent avertis avant que d'être jugés. Ce qu'il a prescrit, il Fa pratiqué-, ear « ayant, comme dit l'Apôtre, établi un jour «( dans lequel il doit juger le monde en équité, il dé- « nonce auparavant à tous les pécheurs qu'ils fassent une « sérieuse pénitence : » Nunc annuntiat omnibus hominibus itt omnes iibique pœnitentiam agant, eo qttod statuU iiem in quo jiidicaturus est orbem m œquitate ' : c'est-àdire qu'avant que de monter sur son tribunal pour condamner les coupables par une sentence rigoureuse , il parle premièrement dans les chaires , pour les ramener à la droite voie par des avertissements charitables.
C'est en ce saint temps de pénitence que nous devons une attention extraordmaire à eette voix paternelle qui nous avertit. Car encore qu'elle mérite en tout temps un profond respect , et que ce soit toujours un des devoirs des plus importants de la piété chrétienne , çic de donner audience aux dis-
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cours sacrés; ça été toutefois un sage conseil de leur consacrer un temps arrêté par une destination particulière, afin ^ue si tel est notre aveuglement, que nous abandonnions presque toute notre vie aux pensées de vanité qui nous emportent, il y ait du moins quelques jours dans lesquels nous écoutions la vérité qui nous conseille charitablement , avant que de prononcer notre sentence , et qui s'avance à nous pour nous éclairer, avant que de s'élever contre nous pour nous confondre.
Paraissez donc, à vérité sainte ! faites la censure publique des mauvaises mœurs ; illuminez par votre présence ce siècle obscur et ténébreux ; brillez aux yeux des fidèles , afin que ceux qui ne vous connaissent pas vous entendent , que ceux qui ne pensent pas à vous vous regardent , que ceux qui ne vous aiment pas vous embrassent.
Voilà , chrétiens , en peu de paroles trois utilités principales de la prédication évangélique. Car ou les hommes ne connaissent pas la vérité , ou les hommes ne pensent pas à la vérité , ou les hommes ne sont pas touchés de la vérité. Quand ils ne connaissent pas la vérité , parce qu'eUe ne veut pas les tromper, elle leur parle pour éclairer leur intelligence. Quand ils ne pensent pas à la vérité , parce qu'elle ne veut pas les surprendre , elle leur parle pour attirer leur attention. Quand ils ne sont pas touchés de la vérité, parce qu'elle ne veut pas les condamner, elle leur parle pour échauffer leurs désirs , et exciter après elle leur affection languissante. Que si je puis aujourd'hui mettre dans leur jour ces trois importantes raisons, les fidèles verront clairement combien ils doivent se rendre attentifs à la prédication de l'Évangile; parce que , s'ils ne sont pas bien instruits , elle leur découvrira ce qu'ils ignorent ; et s'ils sont assez éclairés , elle les fera penser à ce qu'ils savent ; et s'ils y pensent sans être émus, le Saint-Esprit agissant par l'organe de ses ministres , elle fera entrer dans Je fond du cœur ce qui ne fait qu'effieurer la surface de leur esprit. Et comme ces trois grands effets comprennent tout le fruit des discours sacrés , j'en ferai aussi le sujet et le par-
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tage (le cclui-d, qui sera , comme vous le voyez, le prëparatif Déc^ssaire et le fondement de tous les autres.
PREMIER POINT
Comme la vérité de Dieu , qui est notre loi immuable , a deux états différents, Tun qui touche le siècle présent, et Tau* tre qui regarde le siècle à venir; Tun où elle règle la vie humaine , et Tautre où elle la juge , aussi le Saint-Esprit nous la fait paraître dans son Écriture sous deux visages divers , et lui donne des qualités convenables à Tun et à l'autre. Dans le psaume cent dix-huitième , où David parle si bien de la loi de Dieu , on a remarqué , chrétiens , qu'il l'appelle tantôt du nom de commandement, tantôt de celui de conseil; quelquefois il la nomme un jugement, et quelquefois un témoignage. Mais encore que ces quatre titres ne signiOent autre chose que la loi de Dieu , toutefois il faut observer que les deux premiers lui sont propres au siècle où nous sommes, et que les deux autres lui conviennent mieux dans celui que nous attendons. Dans le cours du siècle présent, cette même vérité de Dieu, qui nous paraît dans sa loi , est tout ensemble un commandement absolu et un conseil charitable. Elle est un commandement, qui enferme la volonté d'un souverain; elle est aussi un conseil , qui propose l'avis d'un ami. Elle est un commandement , parce que ee souverain y prescrit ce qu'il exige de nous pour les intérêts de son service ; et elle mérite le nom de conseil, parce que cet ami y expose en ami sincère ce que demande le soin de notre salut. Les prédicateurs de TÉvangile font paraître la loi de Dieu dans les chaires en ces deux augustes qualités : en qualité de commandement , entant qu'elle est nécessaire et indispensable ; et en qualité de conseil , en tant qu'elle est utile et avantageuse. Que si , manquant par un même crime à ce que nous devons à Dieu et à ce que nous nous devons à nous-mêmes, nous méprisons tout ensemble, et les ordres de ce souverain , et les conseils de cet ami , alors cette même vérité prenant en son temps une nouvelle forme, elle sera un témoignage pour nous convaincre, et une
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