NOTICE SUE MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE
M^'*" de la Vallière, acco'itumée à voir sans cesse Louis XI V, ronrut d'abord la plus vive admiration , puis une afiection non moins vive pour ce monarque, que la gloire et l'amour semblaient élever au-dessus du reste des hommes. Elle aurait voulu pouvoir se cacher à elle-même des sentiments qui n'étaient pas légitimes : la force lui manquait pour les combattre avec constance et succès. Il est permis de dire que sa lutte entre sa faiblesse et la conviction qui la pénétrait de ses devoirs fut courageuse; mais le triomphe d'un jeune roi tel que Louis XIY pouvait-il être longtemps difficile ! il goûta avec cettit jeune beauté, si attachante à tous égards, le bonheur, bien rare pour les princes, d'être aimé uniquement pour lui. A travers les bouillantes passions qui Tenti-alnaient , il revenait toujours à celle qui par sa ten> dresse si vraie, plus encore que par les grâces de sa personne, l'avait subjugué sans art et sans étude, m''^ de la Vallière fut pendant deux ans l'objet caché de tous les amusements et de toutes les fêtes qui se donnaient à la cour. Parmi les divertissements publics, qui forent autant d'hommages de Louis XIV à sa jeune maîtresse, il faut citer le carrousel de 1662, qui eut lieu devant lechàteau des Tuileries.
En 1664, à Versailles, dans une fête encore plus belle, où le roi était le principal acteur, il ne distingua parmi tant de regards fixés sur lui, que ceu\ de M"* de la Vallière. Toute cette pompe, cette représentation si brillante, étaient pour elle seule, qui en jouissait confondue dans la fouie. Louis Tidolàtrait; mais, observe Saint-Simon avec raison , ce prince , si faible alors , eut cependant assez de force pour se défendre de l'entraînement d'un amour qui eût pu l'empêclier d'aimer autant la gloire; Ce n'était ni par vanité ni par ambition que m"* de la Vallière préférait à- tout le maître de la France : elle avait pour lui une véritable passion , et ne conçut pas dans toute sa vie d'autre attachement. L'ombre et Tobscurité, qu'elle; aimait , lui furent ménagées avec délicatesse par le prince dont elle était adorée : le mystère étendit son voile sur leurs amours. Peudant près de deux années ils dérobèn^t avec soin leur intelligence aux yeux des courtisans; loin de faire tn^phée de sa brillante conquête, m''^ de la Vallière tremblait sans cesse d'être devinée; elle jouissait, avec une sorte d'inquiétude, de ces fêtes magnifiques et de ces divertissements pleins de galanterie, que prodiguait Louis XIV, et qui tous, en secret, se rapportaient à elle. Mais rien ne peut toujours demeurer caché, surtout à la cour; et les fruits de cette uuion achevèrent d'ailleurs d'en trahir l'existenc-e: des quatreenfants qu'elle rut de Louis XIV deux seuls vécurent : Marie-Anne de Bourbon,