NOTICE
nommée m'^* de Blois, et depuis princesse de Conli, qai élait néi en 1066, et le comte de Vermandois, né en 1667. Dans la même année , le roi érigea en duché la terre de Vaujour et deux baroniiies , en faveur de M"* de la Vallière et de la princesse sa fille.
Lorsqu'elle reçut cet honneur, et lorsque ses enfants furent Intimés, elle s'en affligea; car elle avait cru que personne ne devait connaître sa maternité. Bien différente des favorites ordinaires , elle n'abusa en aucune occasion de son crédit; elle aimait, comme le dit M'"c de Caylus , le roi et non la royauté. Ses intrigues se bornaient à solliciter vivement en faveur des personnes qui avaient déplu * à Louis , et précisément à cause d'elle et de la faveur dont elle jouissait. Elle n'était jalouse que de faire du bien à tous ceux qui avaient besoin d'être aidés ou secourus par elle. M"** de Sévigné, faisant allusion à M'"^ de Montespan, disait de M^^ delà Vallière, en 1680 : « Il faut s'imaginer précisément le contraire de cette petite violette, qui se cachait sous l'herbe, et qui était honteuse d'être mMlresse, d'être mère, d'être duchesse. Jamais, ajoutait-elle, il n'y en aura sur ce modèle. » Vertueuse, s'il est permis de s'exprimer ainsi, au milieu de ses égarements, chaque nouvelle faute lui coûtait presque autant que la première.
On lui confiait sans inquiétude les secrets les plus importants; et quoiqu'elle eût promis à son royal amant de ne hii rien cacher, elle s'exposa, dans une occasion délicate, à perdre ses bonnes grâces plutôt que de manquer à la fidélité qu'elle devait à un ami. Louis |)énélra le mystère, et fit à m"* de la Vallière des reproches si vifs de son silence, que dans son trouble, dans sa profonde consternation , elle sortit , un matin , du palais des Tuileries, où elle demeurait encore auprès de Madame, et alla se réfugier dans le couvent de Sainte- Marie, à Chaillot; mais l'époque du véritable repentir n'était pas ei^* core arrivée pour elle. Bientôt découverte, elle se laissa ramener sans résistance , et reprit ses premières chaînes. Cependant, modeste et tiiiiide , comme elle l'avait toujoui^té , elle continuait à ne voir que le roi dans les hommages publics ou paiticu!iers dont elle était l'objet. []n regard de Louis, un sourire de ce maître adoré, et ses plus fermes résolutions étaient ébranlées. Au milieu de sa faiblesse, ■ les temps déjeune et de prière, et les pieuses solennités pendant lesquelles l'usage du monde ou l'étiquette de la cour exigeait l'interruption des plaisirs, c'était comme des moments de relâche, oà elle faisait un retour sur elle-même.
Dans te temps où elle était encore maîtresse déclarée du roi , il céda au goût que lui hispirait M'"<' deMontespan. Celle-ci, en femms
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en ainante peu délicate, consentit à vivre avec M^^* de la Yallière ayant la même table et presque la même maison. Combien d'affronts, de dégoûts M^^^ de la Yallière n'eut-elle pas à essuyer pendant toiit le temps qu'elle habita ainsi Yersailles! Son cœur était ulcéré; mais à peine se plaignait-elle, se trouvant encore heureuse de voir celui qu'elle ne pouvait cesser d'aimer, comAe s'il n'avait pas changé pour elle. Un jour cependant, où elle osait lui parler avec douleur d'une communauté qu'elle trouvait si pénible , il lui répondit froidement qu'il était trop sincère pour lui cacher la vérité, et qu'elle n'i- * gnorait pas qu'un roi de son caractère n'aimait pas à être contraint. La seconde-Madame dit que le roi la traitait fort mal , à l'instigation de M"*' de M(Mitespan; qu'il était dur avec elle et ironique jusqu'à l'insulte; que la pauvre créature s'imaginait qu'elle ne pouvait faire un plus grand sacrifice à Dieu qu'en lui sacrifiant la cause même de set torts : aussi restait-elle par pénitence chez la Montespan.
Enfin en 1674 elle exécuta une résolution formée depuis longtemps. Dès le mois de février 1671 , elle s'était retirée, pour la seconde fois, au couvent de Sainte-Marie de Chaillot, voulant y pleurer en liberté. Elle écrivit au roi , qu'elle aurait quitté plus tôt Yersailles, si elle avait pu obtenir d'elle-même de ne plus le voir; que cette fai« blesse avait été si grande, qu'à peine se sentait-elle capable présentement d'en faire un sacrifice à Dieu. « Le roi pleura fort, dit M*"* de Sévigné, et envoya Golbert à Chaillot, la prier instamment de venir à Yersailles, et qu'il pût lui parler encore, v Elle s'y laissa conduire. Louis XIY causa une heure avec elle ; et M"** de Montespan l'accueillit aussi les larmes aux yeux. Celles du monarque, du moins, étaient de joie. Au bout de quelques jours, et au grand dépit de la nouvelle favorite , M^^® de la Yallière paraissait mieux auprès de lui qu'elle n'y avait été depuis longtemps. Deux années s'écoulèrent sans qu'elle fit connaître qu'elle était revenue à ses idées de retraite; mais une maladie qui la conduisit aux portes du tombeau , la ramena entièrement au dessein de réparer s^ie passée. Les réflexions sur la miséricorde de Dieu, qu'elle écrivit, dit-on, quand elle fut rétablie, sont un monument des sentiments qui l'animaient alors. Elle prit pour confident le maréchal de Bellefonds ; et elle trouva aussi dans Bossuet, alors évêque de Condom , un guide des plus éclairés et plein de zèle.
Ce fut au mois d'avril 1674 , qu'elle embrassa la ressource des Ames tendres, auxquelles il faut des sentUnents vifs et profonds. Elle crut que Dieu seul pouvait succéder à son amant. Elle se décida pour les CarméUtes, et Yînt prendre publiquement congé du roi, qui la vit partir d'un ccil sqc. Avant de s'éloigner tout à ùàt de la cour,
* ilOlblli.Y. — SEBHONS. \
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(ille disait à M"^" Scarron , depuis M"** de Maintenon , qui avait cheN ché à la détourner de s'ensevelir dans un cloître : « Quand j*aurai de la peine aux Carmélites, je me souviendrai de ce que ces geii8-I!li m'ont fait souffrir » (en parlant de M"** de Montespan et du roi). Elle était alors âgée de trente ans au plus. Bossuet ne put prononce^ le sermon d'usage pour sa prise d'habit : ce fut l'abbé de Fromentiè» res , depuis évèque d'Aire , qui s*en chargea , et il prit pour sujet la parabole de la brebis égarée, qui est ramenée dans la bergerie par le bon pasteur. Sa profession eut lieu le 4 juin 1675 , et ce fut deé mains de la reine elle-même, envers qui elle avait été si coupable, qu'elle reçut le voile noir en piésence de l'archevêque de Pari». Cette fois, ce fut l'évêque de Condom qui fit retentir sa puissante éloquence; la pieuse victime était dans une tribune à côté de la reine; et lorsque l'orateur s'écria : « Descendez, allez à l'autel....! » tous les assistants versèrent des torrents de larmes d'attendrissement et d'admiration. « La nouvelle religieuse qui avait pris le nom «( de sœur Louise de la Miséricorde , fit cette action , dit encore <i M*"*: de Sévigné, comme toutes les autres de sa vie , d'une manière <( noble et tonte cliarniante. Elle était d'une beauté qui surprenait a tout le monde. » M"^ de Caylus écrivait, beaucoup plus tard, qu'elle l'avait vue dans les demièpes aânées de sa vie, et qu'elle l'avait en* tendue avec un son de voix qui allait jusqu'au cœur, disant des choses admirables de son état et du bonhedr dont elle jouissait déjà, malgré la rigueur de sa pénitence. La reine et la duchesse d'Orléans allèrent aussi visiter, dans son couvent, la sœur Louise de la Miséricorde; et c'est à l'épouse de Louis XIV que cette fenlme, si intéressante dans son repentir, répondit, en 1676 : « Non, je ne suis pns aise ; mais je suis contente. » L'obligation dé recevoir souvent la reine et plusieurs antres personnes de la cour, qui venaient ^ disaient-elles, s'édifier près de la sainte religieuse, lui était pénible.
En 1679, M^'^ de la Yallière eut à soutenir les compliments de là cour et de la ville sur le mariage de s^fÙle. a Elle assaisonnait parfaitement, dit M"** de Sévigné, sa tendresse de mère avec celle d'épouse
de Jésus-Christ Elle était encore belle en 1680, ayant bonne gràce>
bon air, et la plus noble , la plus touchante modestie. En vérité, cet habit et cette retraite sont pour elle une grande dignité. > Au mois de novembre 1683 , Bossuet s'étant chargé de lui annoncer la mort du comte de Vermandois , elle commença par répandre beaucoup de larmes; mais, revenue tout-à-coup à elle-même : « C'est trop , dit-€lle, àrillustre prélat, pleurer la mort d'un fils dont je n'ai pas encore assez pleuré la naissance. » De 1675 à 1710, elle vécut dans les plus grandes
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austérités. Elle avait donné à Dieu tout ce qu'elle avait éprouvé pour Louis XrV , et dès lors elle n*aima plus que Dieu seul. Tant de grâces et d -attraits, tant d'irrésistibles séductions, tant de souvenirs brillants, vinrent s'ensevelir dans ce tombeau; die y mourut longuement, durant près de trente-six années, sans se rebuter jamais des rigueurs auxquelles elle était soumise. Elle avait voulu, dès son entrée, en faini l'épreuve tout entière ; elle trouva que les mortifications de ce clottre ne remplissaient pas tous les vœux et tous les besoins de son repentir : coucher sur la dure et dans la laine , porter sans linge une robe de serge, marcher pieds nus, avec le frottement douloureux de la serge sur les jambes , vivre d'une nourriture grossière et presque insufTisanté , jeûner souvent, se lever au milieu de la nuit pour clianter Tof* (Ice au chœur, supporter le froid, souffrir la chaleur non moins cruelle sous de pareils vêtements, garder le sifence, rester longtemps à genoux au pied des autels, endurer sur la peau , presque toujours ulcérée, les pointes d'un cilice, reniplir les fonctions qui paraissent les plus viles, laver et étendre le peu de linge d'absolue nécessité, vaquer aux emplois des dernières servantes, n'interrompre le travail que par la prière, être perpétuellement sous des yeux surveillants et Révères, s'entendre reprocher comme un crime le moindre signe ^e distraction, n'ei^ister, ne respirer que par la pénitence, se créer i|u enfer passager pour éviter l'enfer éternel , telles sont les peines qu'une jeune fenome accoutuniée aux délicatesses de la cour parut affronter avec joie, et qu'elle regarda comme une expiation trop faible de ses erreurs. Bien des animées après, M»»* de Montespan , chassée delà cour par Louis XWf vint aussi se réfugier aux Carmélites, où m"* de la Yallière devint pour elle un espèce de directeur.
Si de grandes, d'éclatantes et scandaleuses faiblesses peuvent être excusables, et même devenir intéressantes, c'est lorsqu'elles sont nées d'une exttên)e tendresse du cœur, et qu'elles ont fini dans les larmes du repentir : « 11 lui sera beaucoup pardonné, a dit te divin législateur des chrétiens, patce qu'elle a beaucoup aimé. » Les âmes tendres ont pris sous leur protection le souvenir de la douce et sensible la Yallière; et le monde, touché de ses (parements et de la dure et longue pénitence qui les a expiés, ne s'est pas montré plus Inexorable pour elle que l'Évangile et que le ciel. Dieu fit du repentir la vertu des mortels.
En l7lO, M^^* de la Yallière mourut, âgée de soixante-six ans, sans se départir de la rigoi^reuse loi de son ordre , qu'elle accomplit jusqu'au derniejr niomept dans toute son austérité.
SERMON
DE